Enseignement de la programmation : Une journée au collège avec Arthur…

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Enseignement de la programmation : Une journée au collège avec Arthur…

Publié le 15 mai 2014
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Par Thierry Berthier.

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Nous sommes en 20xx quelque part en France, Arthur du haut de ses onze ans, nous parle de sa journée d’élève en classe de sixième au collège Alan Turing.

Je vais vous raconter ma journée type en classe de sixième. Je sais que cette journée est bien différente de celle que pouvaient vivre mes parents ou les collégiens et lycéens français jusqu’en 2014 avant que la grande réforme de l’enseignement appelée plus simplement « Rupture » ne soit acceptée et appliquée en urgence par le ministère de l’Éducation nationale.

Il en a fallu du temps pour que les enseignants s’accordent et mesurent à sa juste valeur le poids stratégique du numérique dans notre société et son impact dans la construction de notre avenir !

Il en a fallu du temps pour qu’ils acceptent tous de se former au codage, d’inclure de façon systématique la programmation au cœur de leurs disciplines et de leurs séances d’enseignement !

Aujourd’hui, comme pour la lecture et le calcul, le codage est devenu une composante à part entière de l’enseignement au collège et au lycée, il intervient partout, dans chaque matière et est accepté par chaque enseignant qui a reçu une solide formation en programmation toujours adaptée à sa discipline.

Mes cours de français et de langues étrangères associent les contenus pédagogiques traditionnels à une mise en pratique de l’étude des textes par la programmation. Avec mes camarades, nous avons développé nos propres petites applications qui servent à analyser les textes que nous étudions. Nous utilisons pour cela un langage de programmation qui s’apprend très rapidement et qui a transféré les obstacles de syntaxes vers l’interface graphique. Ainsi, deux heures suffisent à un débutant pour commencer à produire ses premiers programmes (et qui tournent sans erreur).

Ces langages simplifiés existent depuis longtemps, l’un des premiers a été Graphic-Starlogo, développé par une équipe de chercheurs du MIT dans les années 2008-2010. Ce langage, orienté multi-agents, était parvenu à résoudre les soucis de syntaxe pour le jeune débutant en codant chaque instruction algorithmique par une pièce graphique de puzzle. Lorsque vous tentiez d’associer deux pièces de puzzle qui n’allaient pas ensemble, l’erreur était immédiatement visible. Dans ce type de langage, la programmation est graphique et vous « voyez » les erreurs de syntaxe sur la géométrie des pièces. C’est une idée de génie qui n’a pas fait beaucoup de bruit à l’époque car il me semble que l’informatique était presque absente des écoles françaises. Aujourd’hui, ce codage graphique est très utilisé dans les langages de programmation dédiés aux débutants.

Pour revenir à mon cours de français de ce matin, nous allons faire passer une fable de La Fontaine dans notre « moulinette numérique» puis dans celle qui a été développée par le centre de ressources pédagogiques. Nous comparerons ensuite les résultats. Le code que ma classe a développé cette année tente de reconnaître automatiquement un auteur par identification des mots et des phrases qui font son style. Cela a l’air compliqué quand on le raconte, mais en fait c’est assez simple à coder car on commence sur des petites reconnaissances à partir de quelques mots-clés, et les programmes que nous écrivons sont très courts. Notre professeur de français aime nous montrer les limites et les faiblesses des algorithmes par rapport à une bonne analyse humaine. Il maîtrise parfaitement le code utilisé dans les matières littéraires mais reste également attaché à l’enseignement traditionnel et à la maîtrise de l’orthographe (ce n’est pas incompatible nous répète-t-il, car l’orthographe, c’est de la syntaxe, que ce soit pour La Bruyère ou pour mon ami Antoine qui n’a toujours pas corrigé son dernier code).

Certains de mes camarades, qui éprouvent de grandes difficultés en français, en écriture, en dictée préfèrent l’activité de codage car ils réussissent toujours à produire quelque chose de personnel qui finit par fonctionner. La récompense arrive lorsqu’ils appuient sur la touche ENTER pour lancer leur propre code (pas celui du prof !) et que le programme s’exécute correctement.

On a longtemps sous-estimé cette motivation et ce plaisir chez l’élève : créer son propre code et le voir fonctionner pour la première fois. Aujourd’hui, c’est un principe pédagogique majeur qui figure dans tous les programmes officiels.

Nous utilisons aussi des générateurs de textes développés par l’industrie du journalisme (des codes algorédacteurs), nous détectons leurs réussites et ce qu’ils n’arrivent pas encore à restituer ou à capter. Sur des textes anciens, c’est encore plus marrant car le style et les tournures de phrases du XVIIIeme siècle conduisent les algorithmes à de mauvaises interprétations et à des erreurs d’analyse souvent très rigolotes. Pour tout vous dire, on cherche toujours à les piéger et à voir leurs limites.

Notre production de programmes de toute l’année est mise en ligne et permet à des élèves d’autres collèges de les faire progresser ou de les critiquer. On organise des concours entre établissements afin de récompenser le meilleur code appliqué à l’enseignement du français.

Le mode collaboratif agit à toute échelle, les Mooc ludiques complètent les cours du collège et nous guident pour faire les devoirs du soir à la maison. Mes parents ne m’ont jamais payé un seul cours particulier simplement parce que je trouve tout ce qu’il faut dans l’extension numérique disponible sur le web et fournie par mon collège…

Je viens de vous expliquer en détail ma séance de français de 8h30 à 10h30, ensuite, j’ai un cours d’art plastique avec un prof super cool. Lui, son truc c’est l’impression 3D. Il a fait acheter au collège du bon matériel. Nous imaginons et créons tout ce que l’on veut, il n’y a pas de limite à part la durée des séances. On a commencé par sortir des pièces imprimées à partir de codes déjà écrits puis, très rapidement, nous avons créé nos propres codes et donc nos propres pièces. Elles sont toujours inédites. Bien entendu, il y a des productions super moches, cela n’a pas changé en une génération, mes parents étaient capables de produire des trucs super laids en art plastique sans l’aide d’une imprimante 3D mais avec du papier mâché. Aujourd’hui, c’est pareil mais avec le code en plus. Comme dit mon prof, c’est le code qui est moche ou qui engendre le beau…

Heureusement que le coût des résines utilisées dans l’impression 3D a fortement baissé car on gaspille énormément de matière. On code, on teste et on jette l’horrible truc que l’on vient de produire, on corrige ensuite le code et là, le truc devient plus acceptable. On admire tous Monsieur César Arman, notre prof pour sa capacité à produire du beau code rapidement…

On a créé un site web sur lequel on stocke les photos et les codes des objets produits dans l’année et il arrive que l’on vende assez cher certains d’entre eux (à nos parents).

Cette après-midi, je débute par deux heures de logique et programmation. Mes parents appellent cela le cours de mathématiques, mais aujourd’hui, il est interdit d’employer ce terme car trop de collégiens et de lycéens ont souffert et se sont cassé les dents sur les maths avant la réforme de rupture. Pour simplifier, l’ancien cours de mathématiques a été ré-organisé vers des activités d’apprentissages d’algorithmes et des notions mathématiques qui s’y rattachent.

img contrepoints305 programmationAprès des siècles d’absence dans les programmes du collège, le cours de logique a été construit en différenciant la progression des élèves. Ceux qui aiment l’abstraction associée à la programmation progressent selon leur propre rythme et font plus de logique que de code. Ceux au contraire qui éprouvent des difficultés en logique, débutent par le code qui est utilisé ensuite pour mettre en lumière les enchaînements logiques. Chacun y trouve son compte, par contre, les enseignants de cette matière ont été confrontés à une révolution culturelle qui a été difficile à accepter pour certains… Le coût de l’enseignement différencié est élevé mais il est compensé par une baisse de l’échec scolaire et des redoublements fondés sur des lacunes mathématiques.

C’est un cours assez difficile, mais qui sait lutter dans sa forme et dans sa progression différenciée contre l’échec des élèves. Cela n’a rien à voir avec ce qui se passait, parait-il, dans les années 2010, lorsque plus de la moitié des élèves d’une classe de sixième avouaient détester les mathématiques…

Mes parents m’ont expliqué que la majorité des élèves s’étaient détournés peu à peu de cette matière pourtant fondamentale et qu’ils avaient appris à la détester dès le plus jeune âge. Ce désamour était devenu un obstacle majeur au développement technologique de la nation. Les mathématiciens étaient systématiquement recrutés à l’étranger, il n’en existait plus en France !

Aujourd’hui, les choses ont évolué et certains de mes camarades souhaitent approfondir leur premier cours de logique et programmation par le suivi d’un enseignement spécialisé en mathématiques.

À 15h30, je poursuis ma journée par un cours de sciences physiques. Je dois rendre le code développé avec deux de mes camarades réalisant une petite simulation d’une avalanche. Le programme a été écrit sur une plate-forme de développement multi-agents graphique. Il reprend un modèle très simplifié du comportement des flocons de neige (ou de sable).

On programme le comportement d’un petit flocon de neige (un agent), comment il évolue dans le temps et dans l’espace et on fait tourner la simulation. C’est trop marrant quand le tas s’écroule tout seul. On peut augmenter le débit de la chute des flocons, et également préciser si la neige a tendance à fondre ou à geler. On code après avoir réalisé des expériences réelles en salle de TP de physique sur la neige, la glace. Dans ma classe, d’autres groupes d’élèves travaillent sur le sable et les glissements de terrains, cela fonctionne presque comme une avalanche… Les codes des groupes neige et sable sont proches sans être identiques. Le plus dur pour le prof c’est de trouver de la vraie neige pour nos expériences.

Je termine ma journée avec un cours de biologie. Comme pour les autres matières, l’enseignement se termine toujours par la production d’un code de programmation. J’ai choisi un sujet sur la simulation d’un aquarium avec plusieurs niveaux de proies et de prédateurs. La programmation utilise la même plate-forme graphique qu’en physique, c’est facile à écrire et en plus, cela ressemble à un petit jeu vidéo que l’on peut modifier. Si j’ajoute beaucoup de plancton, les poissons de première espèce se développent vite mais les poissons prédateurs plus gros également. Il faut alors trouver des situations d’équilibre afin d’éviter la surpopulation dans l’aquarium. Il existe depuis des années beaucoup de jeux sur smartphone qui simulent ces situations, mais dans ce cas, c’est mon propre code qui produit la simulation et je peux le modifier à tout instant…

Demain mon cours de géographie nous fera utiliser la géolocalisation dans un programme graphique très simple. On a tous un GPS, mais on se demande toujours comment il marche. Mon professeur de géographie va nous parler de cela. En histoire, il nous apprend à gérer les masses de données disponibles sur internet qui concernent un événement historique et à en extraire celles qui sont importantes.

* * *

Revenons maintenant en 2014 et lisons attentivement le rapport présenté ce mercredi 14 mai à l’Assemblée Nationale « Agir pour une France Numérique : de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace » supervisé par Corine Ehrel, députée socialiste des Côtes d’Armor et Laure de La Raudière, députée UMP d’Eure et Loir. Le rapport passe en revue l’écosystème numérique français et met en lumière ses faiblesses. Il met l’accent en particulier sur l’extrême retard français dans le domaine de l’apprentissage de la programmation à l’école…

Sources :

Sur le rapport parlementaire : frenchweb.fr

Sur Graphic Starlogo – MIT :

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  • « On a longtemps sous-estimé cette motivation et ce plaisir chez l’élève »

    Il ne s’agit pas de sous-estimation, mais au contraire de qualités qui ne se développent pas sans stimulation, et seulement chez quelques uns qui déparent dans le groupe où chacun ouvre le bec pour réclamer sa bouillie pré-digérée. Je suis d’accord sur l’intérêt de former à la programmation, mais je pense que vous sous-estimez lourdement les difficultés à renverser le sens de l’histoire qui va vers le choix sans effort d’applications pré-existantes dans un vaste catalogue, dont il n’est pas sûr qu’il continue à croître beaucoup dans le futur autrement qu’en facilités cosmétiques.

  • qu’apporte l’enseignement de la programmation de plus que la musique la peinture ou la sculpture pour la créativité ?
    le numérique n’est pas l’avenir de l’homme contrairement a ce que vous pensez c’est déjà du passé , le numérique n’est qu’un outil tel un marteau , on n’a pas besoin de millions de programmeurs dans le monde seulement quelques génies et des plombiers .

    • Il me semble que l’enseignement des activités artistiques et celui de la créativité « pratique » n’ont pas grand chose à voir l’un avec l’autre. C’est bien d’avoir des génies, et on les a de toute façon, mais on a besoin d’avoir des gens autonomes et non des assistés et des changeurs d’ampoules électriques.

      • je suis un fou d’informatique , vous savez pourquoi ? parce que cette activité est bien moins fatigante que d’aller pécher a la ligne ou de laver des pinceaux .
        je ne suis pas certain que l’autonomie ne soit pas un gros défaut , l’autonomie c’est ne plus avoir besoin des autres , c’est la fin de la vie en société , pourquoi pas !.

        • « Ne plus avoir besoin des autres » ce n’est pas l’autonomie, c’est l’indépendance.
          L’autonomie (de « auto » : soi-même et « nomos » : loi, gouvernement) c’est pouvoir choisir quand, comment et avec qui on en comblera le besoin qu’on a des autres. Ça suppose juste d’avoir assez de réserves pour attendre la bonne occasion (la bonne personne, le bon moment, …)
          L’autonomie n’est pas la fin de la vie en société, c’est son début : sans autonomie on est pas un membre de la société, on est une chose gouvernée, moins qu’un esclave.

      • Je suis plutot d’accord avec Reactitude. L’article me laisse preplexe au point d’avoir douté qu’il doive être pris au premier degré et non comme de l’humour.

        Il est certain qu’un « vernis numérique » ne peut faire de mal dans l’instruction générale comme la musique et les arts plastiques. Sauf que les élèves seront en moyennes plus « évolués » que les enseignants dans le domaine dès l’adolescence.

        Mais en ce qui concerne l’utilisation d’outils informatique, ces outils évoluent tellement vite au niveau du concept et de l’interface que cela présente peu d’intérêt de les étudier avant d’en avoir besoin dans une formation professionelle. C’est de l’argent jeté par la fenêtre par l’éducation nationale.

        La programmation est de la logique pure. Apprendre un language informatique a le même intérêt que les mathématiques : 10 ans après, soit on a tout oublié et il ne reste que la conscience que ça existe et c’est compliqué, soit on est passé au niveau supérieur et le peu qu’on a pu apprendre à ce moment la semble ridicule et une perte de temps.

        Est-il utile autrement que pour la culture générale d’apprendre l’anatomie à l’école ? Oui, car cela permet d’expliquer à son médecin où l’on a mal. Mais à la limite, en apprendre trop sur la médecine sans faire de vraies étudesde médecine n’est pas forcément un bien si vous sur-estimez vos connaissances.

        A l’école, on n’apprend que la base des connaissances à une époque donnée. Or, dans un domaine qui évolue aussi rapidement, on peut être sur que cette base même sera obsolète dans les 20 ans à venir. Certaines connaissances sont même plus des « modes » que des bases. On confond allègrement produits logiciels, outils logiciels, interface homme-machine, ergonomie, programmes, technologie logicielle. Que prétend-on enseigner aux enfants, alors que ces produits, outils, interfaces, ergonomie, programmes, technologies ne sont pas figés, évoluent constamment et indépendamment, et ne sont souvent à un moment donné qu’une offre commerciale ou une errance passagère.

    • Le numérique, c’est déjà du passé ? fichtre !

  • J’enseigne la programmation (entre autres) depuis quelques années. Et les étudiants ont de plus en plus eu des cours d’informatique, et de moins en moins de cours de maths de français d’histoire dignes de ce nom.

    Et bien quel est le résultat ? Il est de plus en plus difficile de leur apprendre à programmer même basiquement.
    Ce n’est pas des cours de codages qui rendront l’apprentissage du français et des maths meilleurs, mais justement l’inverse.

    Cher Thierry, ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi vous qui n’avez certainement pas appris à coder avant d’avoir une vingtaine d’années (voir comme moi n’avez jamais eu de cours de programmation) arrivez à coder bien mieux et à optimiser bien mieux vos codes que ces étudiants qui ont pourtant « baigné dans l’informatique » depuis toujours ? La réponse pour moi est simple : Algèbre, Analyse, Géométrie, réellement enseignés, appuyés par des cours de langues (français et langues étrangères) insistant sur grammaire, syntaxe et vocabulaire.

    • Coder est une question d’habitude et de maîtrise de son language informatique. Ecrire du bon code est une question de rigueur, d’où l’importance des mathématiques.

      Ecrire un bon programme est une question d’architecture du code, comprendre ce que l’on fait et pourquoi et avoir une vision d’ensemble (ça ne s’apprend pas à mon avis, c’est une capacité à appréhender l’abstrait) ; le copier – coller qu’on apprend maintenant à l’école en faisant ses devoirs avec wikipedia est une catastrophe pour la qualité du logiciel.

      Enfin, faire un (nouveau) programme utile réclame en plus une vision, un concept nouveau, une idée de génie (inventer ne s’apprend pas à l’école). Et ce n’est pas en copiant les autres, en réinventant la roue et en assemblant des routines d’une bibliothèque pour faire une jolie IHM que l’on risque de révolutionner l’informatique.

      Bref, je suis également très étonné de l’optimisme de l’auteur quand à l’enseignement de l’informatique dès le jeune age : la programmation est un jeu, mais un jeu d’esprit comme les échecs ou les mathématiques.

      • L’exposition des jeunes à des notions de code, même avec des langages qui seront obsolètes n’enlève rien à cette expérience positive d’autant qu’il est beaucoup question d’inter-disciplinarité dans ce billet, ce qui manque énormément dans le collège français. Honnêtement je vous trouve très élitiste sur le coup, que les plus brillants suivent un cursus académique à base de maths et d’échecs de haut niveau soit, mais il y a des écoles qui ont suivit la voie de la pédagogie de projet (42…). Ceci permet à des populations à qui la voie académique n’a pas forcément réussi de devenir développeurs, en tous les cas ceux qui manquent aux entreprises françaises. Que ce principe puisse s’appliquer à des collégiens me paraît plutôt aller dans le bon sens, après on on peut ergoter sur les modalités.

        • « Ceci permet à des populations à qui la voie académique n’a pas forcément réussi de devenir développeurs »

          Les millions de lignes de codes que nous utilisons tous les jours ont été écrites en majorité par des gens qui n’ont pas appris l’informatique à l’école. Mais les « développeurs » peu doués sont juste capables d’écrire des programmes bon à jeter. Je suis peut-être élitiste, mais j’ai suffisamment perdu de temps avec des programmes buggés et irrécupérables car mal conçus pour me le permettre.

          Voie académique ou pas peu importe : il y a les bons et les mauvais programmeurs, et quand on calcule ce que les mauvais programmes peuvent coûter à une entreprise, on peut s’en passer.

          • Je peux comprendre votre position car j’ai connu aussi ce type de situation, mais en quoi cela empêche d’exposer les plus jeunes à des notions de base dans ce domaine ? Que ceux qui ont envie de persévérer à titre personnel ou professionnel le fasse ensuite, il y aura les bons et les mauvais mais peut-être un poil plus « initiés » que les autodidactes, dont je suis, et/ou les ingénieurs. Je vous trouve très « cassant » en fait, même si je partage une certaine forme de pensée sur la grande expérience que requiert le développement informatique.

            • Je l’ai dit plusieurs fois : que chacun qui poursuit des études jusqu’au bac ait des notions de programmation, tout comme on leur donne des notions de sciences naturelles, de musique ou d’arts plastiques est une bonne chose.

              Mais ça ne sert à rien pour former des développeurs utiles au développement de l’économie numérique. En conséquence, il serait stupide que cela coûte plus d’argent à l’éducation nationale que l’enseignement des autres matières.

          • Une chose que j’ai appris, tous les programmeurs détestent le code qu’ils n’ont pas eux-même fait 😀

            Rien de plus sévère qu’un programmeur envers un autre programmeur. Parfois on a envie de refaire des passages entiers même s’il « fonctionne » :S

      • Grrr, il n’y a pas que les mathématiques pour apprendre la rigueur!
        Et ce n’est pas de faire des maths qui apprend à être rigoureux, il faut apprendre la rigueur avant d’aborder n’importe quel domaine.
        Pour le reste, je suis d’accord.

    • Cher Franz,
      premier code à 12 ou 13 ans sur TI57, puis sur HP41, basic sur VIC20, basic, pascal sur Apple II, PetCBM,
      puis calcul intensif sur gros systèmes HP, bref, effectivement , pas de cours de programmation mais un vrai plaisir à construire un programme rudimentaire qui tourne après quelques échecs.
      Les maths ? demandez aux étudiants de DUT informatique ou de BTS informatique ce qu’ils en pensent…
      Idem avec des élèves ingénieurs en informatique.

      Pour information :

      http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/05/15/25002-20140515ARTFIG00333-axelle-lemaire-veut-que-les-enfants-apprennent-a-coder.php

      • C’est bien le problème si on demande aux étudiants ce qu’ils veulent, on fait des petits jeux rigolos et ça n’avance pas bien loin.
        Depuis qu’on enseigne la programmation et plus les maths, ils savent de moins en moins bien programmer. Ceux qui se débrouillent c’est qu’ils ont appris par eux même et que la logique, la rigueur etc. leur plaisait. Souvent… ils étaient bons en maths et même aimaient ça.

        Je constate juste empiriquement que faire comprendre la logique de programmation la plus simple m’est désormais bien plus difficile qu’il y a simplement une dizaine d’années. Et que cette difficulté est fortement corrélée avec la faiblesse de plus en plus marquée en maths. Et particulièrement le fait qu’on ne fait plus désormais réellement de maths avant le master1 ou 2. Avant, on applique bêtement, on « admet » et il n’y a plus de démonstration, de construction du savoir.

        Et de façon non surprenante, si les étudiants arrivent toujours à pondre un bout de code qui marche c’est l’optimisation qui pêche le plus. Ils n’arrivent pas à voir du tout comment ça marche.

        Tout cela procède de ce mouvement permanent vers de plus en plus d’application dans l’enseignement. Cela demande moins d’effort aux enseignants, satisfait l’étudiant à court terme… Et le rend incapable de conduites adaptatives après ses études, voire même pendant, notamment aux examens.

    • je ne souhaite pas « énerver d’avantage » les enseignants qui postent des commentaires sur ce billet, amis il me semble que l’enseignement des mathématiques au collège -lycée est un échec absolu, un accident industriel qui perdure depuis des décennies (CF dernier rapport PISA, classement français et niveau des élèves de 15 ans en maths) . l’apprentissage de la programmation ouvre une porte sur une pédagogie qui pour une fois a une chance de s’adapter aux évolutions technologiques mondiales.

      pour info :
      http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/05/15/25002-20140515ARTFIG00333-axelle-lemaire-veut-que-les-enfants-apprennent-a-coder.php

      • Effectivement.
        C’est une catastrophe qui prend de plus en plus d’ampleur. Et « apprendre à coder pour apprendre les maths » va directement dans le sens de ce qui a été fait ces dernières décennies : abandon de la rigueur, de la démonstration formelle, de la logique formelle la plus « rébarbative » pour passer par le pratique, l’appliqué, le concret.

        Bref, ça va mal et comme mettre des sangsues n’aide pas réellement et que la tension baisse, faisons d’urgence des saignées, ça permettra que le malade se relève (seulement s’il est un vampire ou un zombie).

        • vous avez raison sur le fond.
          Pourtant, nous n’avons plus les moyens aujourd’hui de nous montrer intransigeants ou dogmatiques sur l’apprentissage des mathématiques et de l’informatique.
          Il faut du pragmatisme. il s’agit d’un choix de société, d’un choix stratégique pris au regard de la position de la France et de l’Europe dans la compétition technologique mondiale.
          25 % des codes actuels ont été créés en Israël : Cette nation technologique grande comme la Bretagne a fait le choix de l’insertion de la programmation dans l’enseignement collège-lycée.
          Les territoires palestiniens imitent l’orientation israélienne et vont réussir dans cette entreprise.
          Ne parlons pas des hubs technologiques liés directement aux premiers cycles universitaires qui se développent partout.

          L’entrée du code à l’école est un prérequis, il faudra se faire violence, l’accepter, modifier nos réactions et lutter contre les biais qui figent l’éducation depuis si longtemps en France.
          TB

          • Le plus simple c’est de laisser les écoles (en accord avec les parents, les universités, les écoles, les entreprises) décider des programmes.
            On pourrait avoir des écoles avec de la programmation partout. D’autre avec un peu de programmation en plus d’autres disciplines, d’autres encore avec uniquement des maths et de la philosophie, etc.

            Finalement les élèves iraient là où leurs parents et eux même penseront trouver ce qui leur correspondra la mieux, leur garantira le meilleur avenir, etc. Et de leurs choix libres découleront les changement de programmes que nous devrions avoir en permanence, de façon à converger vers des solutions dominant celles qu’on observe aujourd’hui.

            Nous pouvons être intransigeants. Nous devons même l’être. Car c’est en exigeant le meilleur de nos étudiants qu’on en obtient le meilleur,. Et ceux qui ne sont pas intéressés par le code ne feront pas de code. Vous vous servez d’électricité d’origine largement nucléaire, maitrisez-vous complètement la production de cette énergie ? Sans doute non et ce n’est pas important. Certains atomistes ne maitrisent qu’en passant la programmation (style un peu de Matlab et rien d’autre), et ce n’est pas grave.

            Un des problèmes actuels que vous avez bien perçu c’est l’uniformité décalée de la réalité des besoins. Ne la remplaçons pas par d’autres uniformités, de grâce, elles seront bien vite elles aussi décalées.

  • Hum, c’est gentillet comme tout… Pour information, on ne parle pas de codage mais de code… Il n’existe pas de codeur, mais des développeurs… La programmation « visuelle » a été abandonnées dans les années 90 et on a en a démontré l’impossibilité conceptuelle dans les années 2000 avec uml, la génération de code et plus violemment avec les tentatives pour avoir un générateur de service web universel… La programmation est l’utilisation des seuls langues non parlées et tout comme il existe des romans de gare et de la littérature qui vous souffle, il y a du code de « merde » et du code géniale qui vous retourne le cerveau…. et je ne rentre pas dans le débat quand au choix du meilleur language de programmation
    Votre histoire est totalement bidon, car pour coder, il n’y a qu’une règle…. man
    Man? man man…
    Vous ne comprenez pas… bienvenu dans le vrai monde des développeurs… google est ton ami…

    Après vous comprendrez une autre chose… le monde des développeurs n’est pas une démocratie bisournous, mais une méritocratie… un monde où la reconnaissance se mérite et où seul reste les meilleurs… et dans ce monde la réponse à ce billet est… « Au lieu de rêver, sort toi les doigts du cul et monte là ton école… »
    Plus fondamentalement, ce que montre ce billet, c’est ce paternalisme malsain, héritage mal digéré de catholicisme et de communisme dégénéré le tout macéré dans la sauce jalousie, cette fameuse égalité de la novlangue… La France a de très bon développeurs, la question qu’il faut se poser, c’est pourquoi ils ne restent pas, pourquoi ils finissent tous par quitter le pays…
    Parce qu’un développeur a le pouvoir de faire réussir votre entreprise ou de la couler et ça il le sait, alors au lieu de lui dérouler le tapis rouge, au lieu de faire comme Bill Gate qui leur a permis de coder jour et nuit et en a fait des millionnaires, en France, les développeurs on les méprise, on les rabaisse dans l’espoir vain de les garder sous contrôle… « Comment ça tu ne va pas rester développeur toute ta vie, il faut prendre l’ascenseur social et devenir CP…. mort de rire »… .Alors ils se font la main dans les SSII, dans les start-up et quand ils ont compris comment ça marchait, alors ils partent discrètement… et Monsieur Kosio machin-truc se retrouve avec une entreprise montée à l’arrache, un truc qui tombe en panne toute les 5 minutes, il finit par revendre et rejoindre toutes ces grosses têtes (grosse chevilles) qui contrairement aux développeurs qui ont de l’or au bout des doigts, n’ont eux que de l’argent plein les poches… de l’argent dont les apprentis développeurs se font un plaisir à cramer… Le problème avec ces gens là, c’est qu’ils sortent tous du même moule écoles de commerce qui leur inculque que pour faire du profit, il faut soit arnaquer le client (la loi du marché est leur excuse) ou réduire les coûts (en exploitant les employés à la sauce Marx), mais mettre en place une production, organiser la division du travail, ça connais pas, normal ça n’est pas dans le manuel appris à l’école, c’est un détail opérationnel, un truc pour ingénieur…. franchement, les 2 premières pages de la richesse des nations, pas plus à lire et pourtant, ils osent citer Adam Smith…
    Alors, impuissant à reconnaître leurs limites, incapables d’admettre qu’ils ne sont pas cette race supérieur auto-promu élite, trop pauvre pour croire en l’avenir et investir dans leurs équipes, pas seulement les développeur mais toute l’équipe car c’est tous ensemble, derrière un vrai chef qui vous défend que l’on peut faire des miracles et réussir…. Impuissant, il en appel à conditionner les enfants pour avoir de bon esclaves à exploiter dans leurs start-up…
    SI vous me permettez, je confirme, ce pays est…. bien mal.

    • Vous pensez sincèrement que c’est en prenant les gens de haut comme vous le faites en début de votre commentaire que cela va les inviter à s’intéresser au code ? Je ne pense pas que la finalité soit de transformer tous les collégiens en développeurs révolutionnaires mais juste de les initier pour éviter de les laisser avec cette pensée magique que les « non initiés » véhiculent au sujet de l’informatique (à ce sujet voir le billet de H16 sur Benjamin Bayart), après que le meilleur gagne, ok nous sommes d’accord ! Mais que l’école publique sorte de son carcan et s’y intéresse, plutôt d’accord aussi et je suis TRES LOIN d’être un admirateur de l’Ednat.

      ~#man man =>
      « man – interface de consultation des manuels de référence en ligne »
      ça sort pas de Google, mais du shell d’un de mes serveurs sous Debian, mais je crois que tout le monde s’en fout !

      • Que l’on utilise des outils informatiques d’apprentissage et qu’on enseigne les bases de la programmation à l’école est très bien, à condition de ne pas négliger les autres matières et surtout de ne pas fabriquer une génération d’imbéciles qui ne sait plus écrire (car il ne sait utiliser qu’une souris) ni réfléchir (car habitué à jouer avec un ordinateur qui « pense » pour lui.

        En revanche, avez vous une idée de combien ont coûté au contribuables les TO7 qui sont partis à la benne.

    • « conditionner les enfants pour avoir de bon esclaves à exploiter dans leurs start-up… »

      Oui, c’est l’impression que me donne ces écoles pour « fabriquer » des développeurs. Etrange approche de la part de créateurs de start-up que d’embaucher d’autres éléments que les meilleurs pour réussir.

      J’investirais pas un radis dans une boite de « high-tech » qui n’a pas cette approche de l’excellence au niveau de la conception du code informatique.

    • cher toto,
      Il faudrait trouver le temps de discuter de tout cela.
      La programmation visuelle est l’un des chantiers pédagogiques majeurs du MIT ( 2012- …) quant au code codé par les codeurs selon des principes de codage, je revendique !
      Une de vos phrases m’interpelle : « …. et monte la ton école ! », c’est effectivement un bon conseil, d’autres l’ont fait (42)

      le paternalisme malsain ? communisme ? Eclairez-moi svp !

  • Je suis surprise de ne voir jamais apparaître la matière Technologie quand on parle de …. technologies !
    Serait-ce que l’on reste encore sur de vieux schémas des matières datant d’au moins 40 ans, « on » n’étant pas les professeurs mais les décideurs de l’E.N ???
    Je suis un ex-informaticien et maintenant professeur de technologie en collège. Pitié arrêtez de systématiquement confondre informatique et mathématique ! ok pour des études longues, mais stop pour les collégiens ! N’allez pas leur parler de mathématiques quand on veut les intéresser aux informatiques ! si, si, je vous assure, essayez avec vos propres ados, c’est possible d’aborder l’informatique sans cela ! Pour certains ados, cela est même indispensable !

  • Alors là on est en plein délire…..

    Pour le collège des années 20XX, moi je parie pour 2114 !!

    Je ne sais pas qui a écrit cet article, mais il devrait écrire des romans.

    C’est bien mal connaitre le monde de l’education et surtout les politiques qui le font et le défont.

  • mam'selle Scarlett
    19 mai 2014 at 6 h 23 min

    Décidément, les trolls de Contrepoints me font rire !
    Merci pour cet article formaté pour les moteurs de recherche et tout à fait imbuvable à lire pour un humain. Il me paraît évident à sa lecture que le fond importe peu pour peu que le SEO ait son ivresse.
    A propos d’ivresse, l’auteur était-il à jeun lorsqu’il a écrit cet article ? A moins qu’il s’agisse d’un article automatique rédigé par un programme composé par un collégien revenu du futur.

  • Voici mon opinion après ce qui vient d’être écrit.
    La faiblesse de la FLL est un symptôme de la mauvaise approche française face au numérique et aux sciences. Pour s’apercevoir du retard de la France en la matière, il faut aller sur le site de la FLL : http://www.firstlegoleague.org/
    Exercice de benchmarking :
    Comparer l’organisation française avec les autres organisations.
    Que remarquez vous ?


    Mes conclusions :
    La faiblesse de la FLL en France depuis le début (2003) est du au cloisonnement entre profs/assos/entreprises, entre approche cadré, académique & structurée (voire administré) face à une approche hors cadre, créative & enthousiaste (voire libérale & anglo-saxonne).
    Il n’y a pas que l’EN qui fasse fausse route. Les entreprises françaises et syndicats professionnels sont aussi coupables d’avoir des idées pré-conçue sur l’éducation (sciences, techniques,et numériques, »c’est au gouvernement de faire çà ») et de ne pas voir le potentiel et les « signaux faibles » de l’enthousiasme généré par la FLL partout ailleurs. Mais « On va pas investir dans un truc pour enfants avec des gagne-petits et des fonctionnaires ! »
    Bref :
    Négatif : on est des gaulois : chacun dans son village. Pas de médias et de storytelling crédible = pas intéressant.
    Positif : il faut de l’engagement, de l’enthousiasme, du décloisonnement et de l’interdisciplinaire, et ça tombe bien, nous avons tous ces ingrédients avec nous !
    http://fesc.asso.fr/
    CQFD.

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