Droite 2.0 : Sortir la France du déclin et renouer avec le progrès

Droite 2.0, par Jonas Haddas & Michael Miguères (Crédits : L'Harmattan, tous droits réservés)

Un ouvrage politique au ton vif et clair qui propose une analyse pertinente et quelques réformes originales.

Par Philippe Bouchat.

Droite 2.06 mai 2012. François Hollande est élu président de la République. À la Bastille, ses partisans font la fête. Parmi les jeunes, pas de drapeaux français, uniquement du rouge, du vert et du blanc. Choqués, les deux jeunes auteurs voient dans ce problème identitaire une des causes du déclin de la France. Telle est la genèse du livre. Leur souci ? Répondre à l’invitation de Nicolas Sarkozy, lancée lors de son premier discours de campagne présidentielle en 2012 : « Un ancien monde a du mal à mourir, un nouveau monde a du mal à naître, tout est à réinventer. »

En résumé

L’ouvrage s’ouvre sur un constat : la France est en crise. Non pas seulement une crise due aux conséquences de la crise des subprimes qui a secoué le monde depuis 2008, mais surtout parce que son modèle est dépassé : l’État dépense trop, n’économise pas assez et s’endette pour payer la différence ; la méthode de l’État-providence qui n’a de cesse de prélever pour redistribuer ne fonctionne plus ; la mondialisation et la construction européenne ont fait voler la cadre de l’État-nation en éclat ; les jeunes émigrent massivement. Bref, la France est en déclin, alors que de nombreux pays ont su s’adapter et se réformer. La cause du déclin ? La gauche et son idéologie dominante – relayée par les médias. Après la lutte des classes, la gauche continue de monter les Français les uns contre les autres : les homos contre les hétéros, les immigrés contre les autochtones, les hommes contre les femmes, etc. Cette méthode clivante de la gauche, les auteurs lui donnent un nom : le « minoritarisme ». C’est la méthode Terra Nova : après avoir perdu l’électorat ouvrier classique, la gauche agrège des minorités qu’elle crée pour avoir une majorité. Conséquence ? Les Français se sentent paumés dans un pays qu’ils ne reconnaissent plus et c’est la montée des extrêmes, du FN d’abord, du Front de Gauche ensuite. La solution ? En revenir au génie français, en inventant une nouvelle voie : le « patriotisme moderne » que seule une nouvelle droite peut proposer.

La France est en déclin. La cause ? La gauche et son idéologie dominante : le « minoritarisme ». Conséquence ? La montée des extrêmes. La solution ? Le « patriotisme moderne » d’une nouvelle droite.

Pour ce faire, la droite doit s’affirmer. Elle doit prendre ce qu’il y a de meilleur dans l’héritage laissé par les présidents depuis Charles De Gaulle, avec une place particulière pour le credo pompidolien d’une France entreprenante et inventive, industrieuse et dynamique, « fidèle à ses traditions les meilleures et fière de son histoire, mais résolument tourné vers l’avenir et la jeunesse ».

Concomitamment, la droite doit redonner foi dans l’avenir en renouant avec l’idée de Progrès telle que conçue par Condorcet1 – à savoir : « la destruction de l’inégalité entre les nations ; les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme » – et s’en servir comme boussole politique.

Concrètement

Ainsi, comme postulat progressiste de leurs propositions, les deux auteurs proposent que la France ne sera grande que si chacun de ses enfants, sans exclusion, est en mesure de se réaliser, d’où l’idée centrale que l’emploi, objectif humaniste de l’idée de Progrès, participe également au « patriotisme moderne ».

Pour atteindre cet objectif, il est d’abord proposé, comme première mesure choc, de réduire le taux des charges patronales sur les salaires à zéro2. Le but ? Transformer notre croissance atone en une croissance durable située entre 4 et 5%, ce qui permettra au pays de sortir du chômage et d’enrayer le déclin. Concrètement, cette mesure permettrait, d’une part, aux employeurs d’économiser jusqu’à 1/3 en moyenne de leur masse salariale, ce qui dégagerait un montant colossal pouvant être consacré à la baisse des prix et à une meilleure rémunération des travailleurs et, d’autre part, que la France redevienne attractive pour les entreprises étrangères. Autre mesure phare pour atteindre cet objectif : réduire drastiquement les dépenses improductives, c’est-à-dire celles finançant notamment les droits acquis – qui ne le seraient donc plus –, et valoriser la prise de risque en taxant avantageusement les capitaux et les entreprises. Enfin, les auteurs proposent que les activités de Pôle Emploi et des Centres d’Information et d’orientation (CIO) soient privatisées.

Citons encore, en vrac, parmi une liste de 40 propositions concrètes : la fin du statut des fonctionnaire et du financement public des syndicats, l’établissement de la morale (laquelle ?) comme socle de l’Éducation et de l’Instruction publique, la responsabilisation des directeurs de lycées et collèges en contrepartie d’une autonomie accrue, la suppression des aides sociales pour les familles de délinquants, l’arrêt de l’immigration massive et l’élaboration d’une immigration « éclairée », c’est-à-dire en accord avec la volonté du peuple, ses capacités d’accueil et ses besoins et réorientée vers les pays de l’Union européenne, la lutte contre le communautarisme, la réforme de la construction européenne en préférant l’inter-gouvernementalisme au fédéralisme, en définissant une identité européenne et en ayant présent à l’esprit que l’Europe est un moyen, non une fin en soi, ou encore la création d’un fonds souverain chargé d’investir dans « les pépites du nouveau monde », à l’instar des fonds souverains scandinaves qui investissent massivement dans les nouvelles technologies.

Analyse

D’emblée, on ne peut que se réjouir que les auteurs fassent le lien entre patriotisme et progrès, deux thèmes assimilés – à tort – respectivement à l’extrême-droite et à la gauche. En liant ainsi la grandeur de la France à l’épanouissement de chacun et, inversement, l’épanouissement de chacun à la grandeur de la France, ils ouvrent le patriotisme revendiqué sur l’humain dans toute sa diversité (nulle question donc de nationalisme exclusif) et le progrès aux réalités du monde moderne (pas d’idéologie aliénante, comme le socialisme et le conservatisme). De même, en faisant référence à Condorcet, ils rappellent que le progrès implique la liberté et que l’égalité n’est pas l’égalitarisme. Pour le dire autrement – même si cela n’est pas exprimé ainsi – les deux jeunes auteurs militent pour une égalité des chances qui est l’égal accès au progrès. Sur un plan de stratégie politique, l’angle d’attaque est donc intéressant. Toutefois, là ne se trouve pas l’originalité de leur œuvre, car cette stratégie n’est ni plus ni moins celle du gaullisme dont le président Pompidou – auquel se réfèrent explicitement les auteurs – fut le meilleur héraut.

L’originalité réside plutôt dans les réformes concrètes proposées qui sont autant de changements de paradigmes salutaires. Ce n’est, en effet, pas à la marge qu’ils entendent agir, mais à la racine. Quelques exemples suffisent à (dé)montrer ce changement culturel fondateur qu’ils appellent de leurs vœux :

  • Les syndicats sont devenus conservateurs et empêchent les réformes ? Supprimons leur financement public !
  • L’économie française est administrée à plus de 50% ? Gelons les embauches de fonctionnaires, supprimons le statut, opérons des privatisations, supprimons les dépenses improductives et le caractère acquis des droits sociaux !
  • Les entreprises françaises n’embauchent plus et les étrangères n’investissent plus ? Supprimons les réductions patronales et adoptons une taxation risk-friendly !

Le ton est vif et clair ; l’analyse est pertinente et les réformes proposées originales. Toutefois, l’œuvre manque de structure et de clarté.

Les deux auteurs posent les vraies questions, formulent de vraies propositions radicales, et ce, sans tabou ! Ainsi, sur le plan toujours délicat de l’immigration, ils n’hésitent pas à plaider pour l’intégration contre le communautarisme et à revendiquer une immigration intelligente selon nos besoins et capacités. La ligne est donc claire, contrairement à celle de la droite actuelle qui navigue entre l’immigration zéro, adoptant ainsi et légitimant le discours frontiste, et le statu quo qui n’engendre que misères humaines, incompréhensions et violences. Alain Finkielkraut n’est pas loin, même s’il n’est pas cité.

Deux reproches cependant. Primo : même si le style est vif et clair, la structure laisse à désirer. La succession de chapitres sans liens apparents entre eux laisse, en effet, le lecteur sans guide, lui rendant ardue la tâche de la nécessaire synthèse opérationnelle3, sans laquelle il n’est pas de réflexion possible. L’ouvrage aurait ainsi gagné en articulant ses chapitres autour d’axes clairement identifiés. Il est aussi piquant de constater qu’il n’y a pas de conclusion. Secundo : la volonté des auteurs à vouloir faire œuvre exhaustive avec l’abondance des thèmes abordés engendre de la confusion qui n’aide pas davantage à déterminer les objectifs prioritaires des auteurs. Se limiter à 3-4 thèmes maximum approfondis eût été plus pertinent en matière d’impact.

En conclusion

Sur les plans économique, social et de la gouvernance, les auteurs se démarquent nettement des recettes éculées proposées par leur parti (l’UMP) en particulier et la droite en général ; on peut ainsi affirmer sans crainte de se tromper que leurs propositions sont, sur ces points, libérales. Sur le plan sociétal et de l’identité nationale, en revanche, ils s’inscrivent dans la droite ligne du gaullisme en ce qu’il a de moins libéral : morale comme socle commun des différentes idées politiques, rétablissement des frontières et de l’État-nation, immigration sélective et refus des communautarismes. Bilan mitigé donc sous l’angle libéral (sauf à considérer qu’il existe un libéral-conservatisme, ce qui constitue un oxymore à mes yeux). En outre, le livre manque d’impact, par son caractère trop confus et non structuré. Dommage, car les idées sont novatrices !

Au final, cette Droite 2.0 mériterait une version… 2.0 pour être un grand livre politique !

Jonas Haddad4 et Michaël Miguères5, Préface : Jean-Pierre Raffarin, Droite 2.0 : Sortir la France du déclin et renouer avec le progrès, L’Harmattan, 2014, 206 p.

  1. Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794), philosophe, mathématicien et homme politique français. Il défend les droits de l’homme et en particulier le droit des minorités (femmes, Juifs, Noirs, etc). Député girondin, il est pour une réforme rationaliste de la société. Opposé à la peine de mort, il soutient Louis XVI. Les Jacobins le font condamner pour trahison ; il meurt dans sa cellule.
  2. Les auteurs proposent de financer cette mesure par un relèvement de la TVA de 3 à 4%, ce qui, selon eux, ne devrait pas augmenter les prix, étant donné la baisse de la masse salariale.
  3. Les habitués de la littérature scientifique, économique ou politique anglophone disposent ainsi toujours d’un executive summary dans les articles qu’ils appréhendent.
  4. Secrétaire national de l’UMP, en charge de l’entrepreneuriat et délégué national des Jeunes Populaires.
  5. Secrétaire national de l’UMP travaillant sur les dépenses publiques.