Le Pearl Harbor de l’industrie française

La relance de l’économie ne passera pas par la défense des « champions nationaux » mais par un climat attractif favorable au développement des PME.

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Alstom (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

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Le Pearl Harbor de l’industrie française

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 13 mai 2014
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Par Jean-Luc Ginder.

img contrepoints298 alstom

Le cas Alstom, comme d’autres, rend compte de l’état de crise de l’industrie française. La caractéristique – et une des spécificités de l’économie française et de son industrie en particulier par rapport aux autres pays européens – était le nombre remarquable de très grandes entreprises mondialisées. La popularité de la France tenait à sa notable représentation dans les classements mondiaux.

D’un côté, la France avait de très belles entreprises (dites du CAC 40) qui prospéraient et elles étaient sa spécificité, et de l’autre, des PME en mal de croissance qui ne parvenaient pas à croître et à se développer. La France avait une caractéristique d’économie duale.

Le drame qui se joue aujourd’hui est la chute de nos grandes entreprises, la chute de nos champions du CAC 40. Ils tombent l’un après l’autre.

Nous avons de légitimes raisons de nous inquiéter. Nos PME ne parviennent pas à se développer et dans un même temps, nos grandes entreprises passent sous contrôle étranger ou sont démembrées. La part de l’industrie française devient dérisoire. Nous détenons le triste record de décroissance industrielle, en termes de valeur ajoutée et pour les parts de marché à l’exportation. Ce n’était pourtant pas une attaque surprise, 15 années de décroissance. L’érosion est lente mais régulière : la part de la valeur ajoutée de l’industrie ne représente plus que 12%, celle des effectifs n’est même pas de 10%.

La résistance doit s’organiser. Il est important de favoriser une approche de territorialité et d’attractivité et placer dans un plan secondaire la nationalité du capital des entreprises. Pour organiser cette résistance, il faut réagir en appliquant une règle importante en économie, la localisation des activités sur un territoire.

Mais cela n’a jamais été et n’est pas la vision française. On a fabriqué des champions nationaux avec des états-majors français, avec du capital français car l’industrie en France a une dimension de souveraineté nationale. Et lorsque les grands groupes passent sous contrôle étranger, il y a un arrière-goût de trahison traumatisant.

Le capital des grands groupes français est en situation de dévitalisation, il est souvent sous capitalisé. La relance de l’économie doit passer par des PME capables d’absorber les pertes d’emplois qui s’annoncent. Le souci économique majeur est que la France souffre du manque de PME.

Le bilan est déjà lourd et la débâcle industrielle française ne sera pas enrayée. Les indicateurs sont à la baisse depuis 15 ans. La France a tout eu : évolution des parts de marché, évolution des taux de marge, évolution de la productivité, relation entre l’état de la productivité et des salaires. Et les indicateurs se dégradent continuellement depuis 15 ans.

Imaginez les grands groupes industriels français, bloqués dans le port de Pearl Harbor. Imaginez le terrible vrombissement des escadres. Je n’ose imaginer la suite… ou que trop.

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  • Pearl Harbour était à des milliers de kilomètres du continent US, qui a donc pu se réorganiser à l’abri du risque d’attaques nippones.

    Les forces vives qui ont permis la reconquête étaient à l’abri.

    Quel sursaut pourrions-nous attendre après que notre escadre de grands bâtiments de guerre ait été coulée ? De qui, avec quels moyens ?

    Parlant d’Alstom, dans le domaine ferroviaire notre champion s’est fait tailler des croupières sur le marché national par Bombardier, laquelle conçoit en France, produit en France, et, dirigée depuis un « petit » pays (par la population et le PIB national, pas par la taille ni la performance), ne prend jamais rien pour acquis et sait respecter ses clients.

    La première qualité des PMEs en général et par example du Mittlestand allemand est l’humilité.

    Une entreprise mondialisée qui a encore son âme et sa tête, et sait qu’il n’y a pas de filet de sécurité, gagnera toujours contre un champion national dirigé par des nationaux, noyauté par des fonctionnaires, et soumis au diktat de nos syndicats « représentatifs » et de nos politiques.

  • en tout cas, ce n’est pas le secteur agricole français qui va compenser les pertes d’emploi dans l’industrie.

    considèrant ce que je vois autours de moi , je prévois une capitulation en rase campagne de l’agriculture française dans les 20 prochaines années ( ou avant ) !

    • 20 ans ?
      joke !

      Un particulier qui perd 3% de ses revenus chaque année peut se serrer la ceinture chaque année et se paupériser un peu plus. Et incidemment, ne pas broncher – c’est comme cela que l’on peut faire bouillir les grenouilles. On fait gazouiller les bisounours français comme on fait frémir l’eau tu thé, avec les bisous républicains que nous recevons tous les jours. Bisounours que nous payons sans pouvoir nous y opposer.

      Une entreprise qui dégagerait 10% de marge nette avant impôts (= un salaud de riche) et qui ne peut pas répercuter cette pression sur son personnel ou ses fournisseurs (essayez un peu avec EDF ou un fournisseur de matières premières), et qui se ferait confisquer 3% de son chiffre d’affaires chaque année, elle passerait au rouge dans les 4 ans. Et ensuite consommerait ses fonds propres.

      Qui serait assez fou pour investir dans quoi que ce soit avec son propre argent ?

    • Le terme « capitulation en rase campagne » est inapproprié, en ce que le mécanisme est progressif, mais le résultat sera effectivement le même. Avec un peu de bol il restera quelque grosses fermes dans quelques zones privilégiées encore capable de tirer quelque profit, et quelques chanceux qui feront du … « commerce équitable ».

      • mais c’est déja le cas … le nombre de fermes n’a pas cesser de diminuer depuis 20 ans, sans que la raison puisse en etre la mécanisation, puisque elle s’est déroulé essentiellement durant les 70 premières années du 20ième siècle. à ce sujet, les conseils généraux, que les politiques de merde qui crèchent à paris veulent supprimer, commencent à s’inquièter un peu partout de l’enfrichement de certaines zones.
        pour un agriculteur de moins, on estime que 3 ou 4 emplois induits disparaissent : jusqu’aux années 80, il y avait un réparateur de machine agricole dans chaque village. maintenant, un dans chaque canton, certe plus gros, mais pour un tracteur de 150 chevaux vendu en 2014, c’était 3 ou 4 qui étaient vendu dans les années 80 : le calcul économique est vite fait ( d’ailleur on s’en fout, il n’ y a plus de constructeur de tracteur en france … )

  • Pardon , le signal de l’hallali de l’industrie a été donné par Mitterrand qui a fait désarmer les avions lors du salon international de l’aviation au Bourget en juin 1981 entrainant 80 milliards de francs d’annulations de commandes de la part de nos alliés.
    C’est si vrai que certaines encyclopédies sont truffées d’inexactitudes ordonnancées par les petites mains mitterrandolâtres par exemple.

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