Arrestation politique en Grande-Bretagne. Mais que font les libéraux ?

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Le week-end dernier au Royaume-Uni, un candidat a été arrêté pour la simple raison qu’il s’adressait à ses électeurs potentiels.

Par Daniel Hannan, depuis le Royaume-Uni.

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Le week-end dernier, un candidat a été arrêté pour la simple raison qu’il s’adressait à ses électeurs potentiels. Mettez de côté les détails imprévus, grattez les circonstances atténuantes, et pondérez les faits élémentaires. Paul Weston, en course à l’élection pour le Parlement Européen (contre moi, semblerait-il, dans le Sud-Est), a été arrêté au beau milieu d’un de ses discours sur les marches de la Winchester Guildhall.

Lorsqu’un événement de la sorte arrive au Myanmar, en Biélorussie ou au Bahreïn, on en parle avec le ton choqué approprié. Et pourtant, cela arrive aujourd’hui en Angleterre, sans explications dans le Today Programme, sans vigile d’Amnesty International, sans protestations de Liberty. Je répète, un candidat a été arrêté pour avoir fait un discours de campagne électorale.

Il est parfaitement exact que le candidat cherchait à provoquer. Il a même certainement lancé cette démarche dans l’intention de s’attirer des ennuis, et de fait faire un peu de publicité à son message et gagner les votes de sympathie. Il citait, via un mégaphone, un passage écrit par le jeune Winston Churchill en 1899, qui tenait des propos controversés au sujet des Musulmans. Bien sûr, tout comme Weston devait l’espérer, les quelques gros titres présents ont fait le focus sur cet aspect de l’histoire : « Un homme arrêté pour avoir cité Winston Churchill ».

Il ne s’agit pas tant de la provenance du discours pourtant. Les mots de Churchill ne sont pas parole d’évangile. Il était un auteur extrêmement prolifique, et était tout aussi capable d’écrire des billevesées que n’importe qui. Pas plus qu’il ne s’agit de savoir si vous êtes d’accord avec Weston. Certaines personnes le sont – certains d’entre eux semblent même troller mon blog depuis la cave de leurs parents – mais, comme j’espère que nous pourrons le constater le jour des élections, leur nombre est négligeable.

De même qu’il ne s’agit pas de la bienséance du comportement de Weston. La plupart des citoyens britanniques se montrent réservés lorsque le sujet de la religion est abordé, et considèrent qu’insulter une croyance dans son ensemble comme le comble de la rustrerie. Weston aime se poser comme le défenseur des valeurs britanniques ; mais la pluralité religieuse est l’une de ces valeurs qui est, honnêtement, comme la courtoisie.

Rien de cela n’est pertinent. Dans une société libre, nous tolérons l’excentricité jusqu’au point de folie, la grossièreté jusqu’au point d’intimidation, l’hostilité jusqu’au point d’incitation à la violence. Même en admettant que le comportement de Weston était narcissique, on ne peut estimer qu’il incitait à la violence.

Pourquoi me mets-je à le défendre ? Où sont passés les libéraux au cœur de lion qui sont si prompts à dénoncer les arrestations politiques dans les dictatures lointaines ? Je réalise bien qu’ « arrestation politique » est un terme fort, mais il est difficile d’imaginer une autre façon de décrire un candidat en lice pour une élection publique, emmené par la police en garde à vue à cause d’oppositions au contenu de son discours.

Ce n’est pas la première fois que la police a inventé un droit à ne pas se sentir offensé et a choisi de le placer au-dessus des libertés fondamentales que nous prenions pour acquises. Je me pose régulièrement la question, en tant que contribuable du Hampshire, si les forces de l’ordre locales ne devaient pas passer pas moins de temps en politique et plus à attraper des criminels (On a atteint le fond quand durant la période de Noël, ils ont choisis d’enquêter sur le supposé racisme de l’homme qui avait étendu cette banderole).

Le but d’avoir élu des commissaires de police est de donner des priorités aux agents de l’ordre locaux en ligne avec la communauté qu’ils servent. Je n’ai constaté aucune réaction de la part du Commissaire du Wight et Hampshire, Simon Hayes, à ce sujet, malgré le fait que je lui ai demandé via Twitter. Vous souhaiterez peut-être lui demander vous-même.

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Sur le net. Traduction: Virginie Ngo.