Bénin : les sociétés d’État à l’épreuve de la mauvaise gouvernance

Au Bénin, presque tous les responsables à la tête d’une société d’État sont proches du pouvoir, ou d’une chapelle politique ou religieuse.

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Vue de Cotonou au Bénin (Crédits : Shubert Ciencia, licence CC-BY 2.0, via Flickr)

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Bénin : les sociétés d’État à l’épreuve de la mauvaise gouvernance

Publié le 1 mai 2014
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Par Kassim Hassani [*], depuis le Bénin.

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La mauvaise gouvernance dans les sociétés d’État au Bénin a atteint ces dernières années son point culminant. Les commissions d’enquêtes se succèdent mais rien ne change dans la gestion des finances publiques en proie à la mauvaise gestion, la malversation, le manque de rigueur, le clientélisme, la corruption voire la complaisance au sommet de l’État.

Érigée en « mode » de gestion généralisée dans l’administration publique béninoise, la mauvaise gouvernance apparait d’abord comme la conséquence d’une politisation de toute la sphère administrative au Bénin. Une administration qui favorise le copinage et l’appartenance politique ou religieuse. Or, ce mode de gestion ne peut produire que de piteux résultats. Sur ce point et spécifiquement sur la question de la désignation des responsables de ces entreprises, quelques questions méritent bien d’être soulevées. Sur la nomination des directeurs de sociétés, tient-on compte de leur compétence et de leur probité avant de les porter à ces postes ? Existe-t-il des critères objectifs de choix ? Les entreprises disposent-elles d’un manuel de procédure clair ? Les directeurs ont-ils les coudées franches pour travailler et assainir leur environnement ? À toutes ces questions la réponse est négative. Au Bénin, presque tous les responsables à la tête d’une société d’État sont proches du pouvoir, ou d’une chapelle politique ou religieuse. Et pour conserver son juteux fauteuil, tout responsable nouvellement nommé à la tête d’une société ou office important, organise les jours suivants un meeting de remerciement qui n’est ni plus ni moins qu’un meeting de soutien politique. Or le champ politique et la gestion ne doivent pas être confondus.

La mauvaise gouvernance dans les sociétés d’État est aussi une conséquence de l’absence d’incitations liée à la structure des droits de propriété des sociétés se trouvant dans l’escarcelle de l’État. Avec une propriété étatique, les fonctionnaires ne se sentent pas directement responsables. Cet état de fait installe dans les structures qu’elles soient d’économie mixte ou purement étatique, une absence presque permanente d’obligation de résultats et de la reddition des comptes. Dès lors, il n’est pas rare de constater dans ce système que tout le monde est responsable mais que personne ne l’est réellement. L’absence de mécanismes de pertes et profits et de la discipline de marché que l’on retrouve dans le secteur privé est un vrai obstacle à la culture de performance. La prise de risques injustifiés est fréquente et la société se met en frais de laisser aller le gaspillage, l’inefficacité, le laxisme, l’absentéisme, etc.

Ainsi, la situation au niveau de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop), dont l’ancien directeur général est en prison depuis un an pour malversations, n’est guère enviable. L’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB), Bénin Télécom Sa, la Société Béninoise d’Énergie Électrique (SBEE), le Port de Cotonou connaissent aussi les mêmes problèmes de gestion. En somme, aucune société d’État n’échappe à la gangrène de la mauvaise gouvernance.

Ces derniers jours, le régime au pouvoir en République du Bénin s’active à renforcer le contrôle au niveau de la gestion de plusieurs sociétés d’État où des faits avérés ou supposés de mauvaise gouvernance ont agité l’opinion publique. Ainsi, le Conseil des ministres du 26 mars dernier a décidé de prendre un décret instituant une commission pour approfondir l’enquête initiale effectuée par des auditeurs sur la gouvernance des anciens directeurs de l’ORTB, Bénin Télécom Sa, la SBEE et le Port de Cotonou.

Si d’aucuns voient en ce décret l’avènement prochain d’un rayon de soleil pour éclairer les ombres épaisses de la mal gouvernance dans la gestion des deniers publics, il convient de s’interroger sur l’efficacité de ce mode opératoire. Sans être pessimiste, et au regard des nombreuses commissions qui se sont déjà succédées depuis plusieurs décennies, on peut oser affirmer que cette mesure est bien loin d’apporter un soupçon de lumière sur les responsabilités directes ou indirectes dans la gestion ténébreuse des fonds publics. Dans le meilleur des cas, le rapport de la commission d’enquête dressera l’immensité de la saignée. Sûrement que quelques personnes, surtout les menus fretins, seront privés de leur liberté pour donner l’impression que des sanctions ont été prises. Et le même cercle vicieux reprendra tel le destin de Sisyphe.

Afin qu’au Bénin, un petit pays aux ressources très limitées, la promotion à de hautes fonctions cesse d’être une affaire de fibres népotiques ou de clientélisme politique, on doit envisager, au-delà des commissions, des réformes profondes pour la mise en place d’une procédure qui établit clairement des critères de désignation, à la suite d’un appel à candidature et la présentation d’un mémoire. Le pouvoir doit également manifester un intérêt particulier pour la lutte contre l’impunité au Bénin. Les proches du pouvoir ne doivent pas être épargnés. Les mesures disciplinaires prises à l’encontre des contrevenants ne doivent pas être sélectives ni levées de façon fantaisiste. Dans ce combat, point n’est besoin de rappeler le rôle majeur que doit jouer la justice.

Le salut, pour les sociétés et offices d’État au Bénin n’est pas envisageable sans l’adoption de mécanismes institutionnels visant à responsabiliser les dirigeants, à les obliger à rendre des comptes. Il s’agit d’une part de sortir de façon définitive de l’hypocrisie de la transparence, et d’autre part de revoir la gestion selon le modèle du secteur privé de manière à créer de la valeur ajoutée.


Sur le web.

[*] Kassim Hassani est un journaliste béninois.

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