Fermer la centrale de Fessenheim coûterait deux milliards par an

Fessenheim

Fermer la centrale nucléaire de Fessenheim coûterait 2 millards € par an en impôts supplémentaires selon la Commission de régulation de l’énergie.

Par Rémy Prud’homme [*].

FessenheimDeux milliards par an pour fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Cette estimation n’est pas un calcul personnel : elle provient des chiffres de la très officielle et indépendante CRE (Commission de Régulation de l’Énergie). Alourdir les charges des ménages (surtout les plus pauvres) et des entreprises (surtout industrielles), c’est exactement le contraire de ce que tout le monde, à commencer par le gouvernement, dit vouloir faire.

Les deux réacteurs de Fessenheim produisent annuellement un peu moins de 13 TWh d’électricité. Le gouvernement décide leur mise à mort. Un instant, Monsieur le bourreau ! Si Fessenheim ferme, cela fait 13 TWh d’électricité en moins. Il faudra les produire autrement. La solution alternative à la mode, c’est l’éolien en mer. Un premier appel d’offres pour la construction de centaines d’éoliennes en mer supposées produire annuellement un peu moins de 7 TWh a été lancé en 2011 et a abouti en 2012. Un deuxième appel d’offres pour la construction d’autres éoliennes a été lancé en 2013 et suit son cours.

Combien coûte l’électricité éolienne qui remplacera l’électricité de Fessenheim ? On dispose d’une réponse solide, émanant d’une source officielle indépendante et indiscutable, la Commission de régulation de l’énergie (CRE). La CRE a donné son avis sur ce premier appel d’offre : « Les charges de service public en résultant atteindraient environ 1,1 milliard par an ». On savait que l’éolien coûte cher, on sait maintenant combien. Ces charges de service public (Ah qu’en termes choisis ces choses-là sont dites !) sont la différence entre le prix auquel EDF sera obligée d’acheter l’électricité de ces éoliennes et le prix auquel EDF pourrait acheter de l’électricité sur le marché.

C’est le surcoût de l’éolien : le mot est  employé dans l’avis de la CREE. Ce surcoût est un impôt. Il se traduit par une augmentation de nos factures d’électricité, comme chacun peut le constater en examinant la sienne. Cet impôt est assis sur la consommation d’électricité, et payé par tous les consommateurs d’électricité, ménages et entreprises. L’impôt qui finance l’éolien est pour les ménages un impôt régressif, puisque la part du revenu consacrée à l’électricité augmente lorsque le revenu diminue. Pour les entreprises, et particulièrement pour les entreprises industrielles, un coup de canif de plus à leur compétitivité.

Si 7 TWh d’électricité éolienne engendrent un impôt de 1,1 milliard d’euros, remplacer les 13 TWh de Fessenheim engendrera un impôt d’environ 2 milliards d’euros. Chaque année.

En réalité, ce chiffre est une forte sous-estimation, pour deux raisons. La première est que l’électricité produite par Fessenheim l’est à un coût bien inférieur au prix de marché utilisé par la CREE. Fessenheim est amortie depuis belle lurette, et son coût de production est un coût marginal (entretien, uranium, chargement-déchargement) très faible. Il n’a rien à voir avec le coût de production de l’EPR de Flamanville. La seconde est que l’électricité de Fessenheim est bien « meilleure » que celle des éoliennes maritimes : celle-ci n’est disponible que lorsque le vent daigne souffler, alors que celle-là est produite quand on en a besoin.

Fermer Fessenheim, c’est augmenter les impôts de plus de 2 milliards par an. Pris dans les poches des Français, surtout les plus pauvres ; et des entreprises, surtout  industrielles. Est-ce bien là ce que cherche notre gouvernement, désespérément ?


Sur le web.

[*] Rémy Prudhomme est professeur d’économie. Il a longtemps enseigné à l’Institut d’Urbanisme de Paris, à l’Université Paris XII où il est maintenant professeur émérite.