Renouvelables : votre frigo s’éteindra pour les pics de demande

Frigidaire réfrigérateur (Crédits Christopher Penn, licence Creative Commons)

Tout ce dont les appareils ont besoin, ce sont des capteurs de fréquence assez basiques.

Par Richard North, de Bradford, Royaume Uni.

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Dans la série « ce n’est pas une nouvelle tant que nous ne l’avons pas découverte », nous arrive un texte si boiteux que c’en est stupéfiant, de la part de la « chroniqueuse énergie » du Telegraph, Emily Gosden. Il traite de la réponse par la demande et du rôle des appareils domestiques, y compris les réfrigérateurs, dans l’équilibrage des variables côté approvisionnement introduites par l’éolien.

C’est un sujet que nous avons traité il y a un an, et on nous avait même demandé d’écrire pour le Mail, à peu près au même moment. Ce qu’il y a, cependant, c’est que vous ne saurez pas qu’il s’agit de réponse par la demande en lisant l’article du journal. Gosden n’est pas indélicate au point d’utiliser des termes techniques dans un journal familial, ou encore moins au point d’essayer d’éduquer ses lecteurs.

Le manque presque complet de détails est la raison pour laquelle on ne risque pas de se tromper en dénonçant la baisse de niveau qu’a subi le Telegraph. Gosden parle des compteurs intelligents et des champs éoliens, mais ne nous dit vraiment rien des aspects techniques passé un niveau purement comique.

Peut-être plus troublant encore est le fait que l’article se base sur un rapport de l’Académie Royale des Ingénieurs, qui ne rentre pas tellement dans les détails non plus. Il commet aussi l’erreur de ne lier la réponse par la demande et les appareils domestiques que par le biais de compteurs intelligents exclusivement. Par ce moyen, l’Académie fait plus ou moins la promotion du système, même si ses avantages sont loin d’être démontrés.

img contrepoints117 éolienneCependant, le point crucial est que la réponse par la demande dans le cadre domestique est possible en utilisant des appareils comme les réfrigérateurs, en ayant recours à ce qui est connu comme réponse par la fréquence, faisant elle-même partie de la réponse dynamique. Tout ce dont les appareils ont besoin, ce sont des capteurs de fréquence assez basiques (et bon marché) intégrés dans leurs contrôles électroniques, qui les éteignent quand la fréquence chute sous un niveau pré-réglé, ce qui se produit quand la demande dépasse l’approvisionnement.

De tels équipement ne nécessitent pas les communications à deux sens qu’on trouve dans les compteurs intelligents. Ça rend ces appareils relativement « bêtes » et donc, malgré les Unes effrayantes, c’est une façon assez rusée d’écrêter les pics, couper provisoirement la demande pour réduire les pointes. Ça diminue le besoin de recourir à des générateurs de secours onéreux, et devient donc un moyen au rabais d’améliorer la fiabilité du système. Ça en améliore aussi massivement la flexibilité.

Vous n’aurez aucune compréhension réelle de tout cela en lisant l’article du journal, même en prétendant qu’avec une telle technologie, le réseau de distribution sera capable de supporter des niveaux de pénétration d’éolien de l’ordre de 20% environ, au moins jusqu’en 2020. Ce qu’on ne vous dit pas, c’est que 20%, c’est à peu près deux fois ce qu’on pensait que le système était capable de supporter, avant qu’on y introduise une sérieuse instabilité.

L’Académie Royale des Ingénieurs estime désormais que les problèmes techniques impliqués dans l’équilibrage du système sont « gérables si on leur accorde une attention suffisante », ce qui signifie que tout sens d’une crise immédiate se dissipe, au moins dans un secteur de l’industrie électrique. Ça aussi, vous ne le trouvez pas dans le journal, mais comme les médias ont vraiment du mal pour donner ces informations en premier lieu, ce n’est pas surprenant.

Cependant, on peut affirmer que l’après 2020 est une autre histoire, mais il s’agit d’un cycle électoral complet loin de nous. Ça devra attendre son tour. Toutefois, longtemps après que ce qui va se passer se sera produit, le Telegraph vous dira que c’est sur le point d’arriver. C’est à ce moment là que ça deviendra une nouvelle.


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