La richesse cachée des pauvres

Le célèbre économiste péruvien Hernando de Soto a déjà démontré l’impact des droits de propriété sur le recul de la pauvreté. Cette idée n’est donc pas nouvelle.

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La richesse cachée des pauvres

Publié le 11 avril 2014
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Par Dimitiri Goubot [*] pour Audace Institut Afrique.

pauvrete-afriqueChaque année, les Nations unies évaluent le taux de pauvreté dans le monde et réalise un classement des pays. Cela permet aux populations de se situer par rapport au reste du monde et incite les gouvernements à prendre conscience de la profondeur du problème, et à engager une réflexion sur les moyens de faire reculer la pauvreté dans leurs pays. On peut cependant s’interroger sur le mode de calcul de ce taux. Quelles sont les variables prises en compte dans la détermination de cet indicateur et de sa pertinence pour rendre compte de la réalité de la pauvreté en Afrique ?

Dr Diarra Ibrahim, enseignant chercheur à l’université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, dans son analyse sur « La pauvreté en milieu rural ivoirien » éditée par les Cahiers ivoiriens de recherche économique et sociale, N°1 2013, fait une analyse critique du mode de détermination de l’indicateur de pauvreté. Parti du constat que seules les variables monétaires (PIB/habitant) étaient prises en compte dans la détermination du niveau de pauvreté, il propose une analyse dépassant l’aspect monétaire, une approche appelée approche patrimoniale qui permettrait de déterminer le niveau de pauvreté en incluant des critères nouveaux. Pour cela, Dr Diarra a réalisé une étude en milieu rural ivoirien. Son approche a pris en compte des variables telles que les actifs fonciers, le capital humain, le capital social, les actifs économiques et financiers et enfin les actifs physiques. Ainsi, sur un échantillon de 4164 ménages issus du milieu rural agricole, les résultats de l’étude montrent que les ménages dans ces zones sont moins exposés à la pauvreté patrimoniale (22% de pauvres) qu’à la pauvreté monétaire (50,5%). Ainsi la comparaison de ces deux approches indique bien que, sur un total de 2104 ménages considérés comme pauvres par l’approche monétaire, seulement 456 (soit 21,7%) le sont par la méthode patrimoniale. En outre, sur 918 ménages pauvres par la méthode patrimoniale, près de la moitié (49,7%) le sont également par la méthode monétaire.

De ces résultats, il ressort que l’évaluation de la pauvreté par l’approche monétaire est insuffisante. En effet, un ménage peut détenir des actifs de grande valeur et avoir une faible propension à dépenser dans les besoins alimentaires ou non. En milieu rural, la détention d’actifs tels que la terre, les troupeaux, est une richesse négligée dans l’évaluation de la pauvreté par l’approche purement monétaire.

Ainsi, un mélange des deux approches d’évaluation dans la détermination de l’indicateur de pauvreté serait souhaitable et permettrait la formulation de politiques différenciées et contextualisées car la pauvreté revêt un caractère multidimensionnel.

La marginalisation des valeurs patrimoniales s’explique, en ce qui concerne les biens, en partie, par le flou qui existe dans de grandes parties du monde et singulièrement en Afrique autour de la propriété privée. Les titres de propriété sont coûteux et les démarches pour leur obtention sont longues, complexes, soumises à la corruption de l’administration. Cela explique, par exemple, que moins de 3% des terres rurales bénéficient d’un titre en Côte d’Ivoire. Pour les heureux propriétaires formels, il reste la galère juridique. Il est difficile de protéger son bien dans un environnement judiciaire peu efficient et corrompu. Sans protection juridique, le titre de propriété reste un papier à faible valeur, c’est un capital mort.

Ainsi, pour redonner une place aux populations rurales et lutter efficacement contre la pauvreté, il est important de résoudre en priorité les problèmes liés à la terre en accélérant la délivrance des titres, en sensibilisant le milieu rural à l’importance de ces démarches et en diminuant drastiquement les coûts. Dans l’hypothèse où toutes les terres seraient identifiées, les gouvernements africains tireraient des ressources substantielles d’un impôt foncier même très faible. Aujourd’hui, ils auraient donc tout intérêt à délivrer gratuitement ces titres. Cela permettrait aux populations rurales de sortir du grand groupe des pauvres. Un banquier ne prête pas à un pauvre, il prête cependant à un propriétaire entrepreneur. Tout crédit accordé dans le cadre d’un projet d’investissement permettra de créer  de la richesse en milieu rural et aura un impact sur le recul de la pauvreté.

Il serait donc important qu’au delà des classements de façade marginalisant une partie des populations rurales dans des analyses restrictives et fatalistes, la communauté internationale fasse pression pour que les gouvernements africains s’attaquent au problème crucial de la propriété, en les incitant également à mettre en place un cadre juridique sain pour la protéger. Le célèbre économiste péruvien Hernando de Soto a déjà démontré l’impact des droits de propriété sur le recul de la pauvreté. Cette idée n’est donc pas nouvelle. Il suffit de sortir de la logique de l’aide publique internationale pour entrer dans une logique constructive, à défaut de se lamenter sur des indicateurs erronés.

[*] Dimitri Goubo, statisticien, membre du comité scientifique d’Audace Institut Afrique


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  • Remarque essentielle, et donc bienvenue !

    Autre levier statistique idiot, le « seuil de pauvreté » qui se calcule sur la richesse moyenne … Ainsi, dans un pays où la moyenne gagnerait 1 million/an, un type qui ne gagnerait que 400.000 euros serait considéré comme « pauvre ».
    Ces choix ne sont pas innocents, bien entendu !

  • L’apport majeur de Hernando de Soto est la démonstration de l’importance de l’accès au capital comme facteur de réduction de la pauvreté, valable autant dans les pays sous développés que dans les pays développés.

    Typiquement, en France, le logement social, avec la multiplication des HLM, est un piège enkystant de nombreux ménages dans la pauvreté. Si elle a pu être justifiée compte tenu de l’urgence de l’époque, Il importe désormais de mettre fin à cette politique, notamment par la cession des HLM à leurs occupants. En outre, la politique du logement est un gouffre financier sans fond ni fonds alimentant le déséquilibre des finances publiques. Incidemment, la réduction de la pauvreté contribue à terme à l’attrition des dépenses d’aides sociales, ce qui est éminemment favorable à l’emploi. L’abandon de la politique du logement social engendre un cercle vertueux profitable à l’ensemble du pays.

    • Le logement social est une plaie affreusement onéreuse, mal gér&e, mais qui permet de caser des « clients » politiques.

      Il est démontré depuis longtemps que le chèque-logement revient bien moins cher, évite que les « pauvres » se concentrent en ghettos, permet de changer d’appartement selon les besoins, alors su’en HLM, personne n’ose quitter …

      Oui, on remarque qu’une fois vendus à leurs occupants, les HLM se dégradent bien moins, et que la délinquance disparait comme par miracle.

      C’est sans doute en raison de ces « inconvénients » sue la gauche veut HLMiser toute la France, même là où aucun attributaire ne se pointe …

  • En voici une idée qu’elle est révolutionnaire !
    Si personne ne possède plus rien, tout est à tout le monde, et il n’y aura donc plus de riches, donc plus de pauvres. CQFD
    L’auteur ignorerait-il la relativité de la richesse et de la pauvreté, et que l’une existe par l’autre et réciproquement ?
    En tout cas, un certain La Palisse n’aurait pas dit mieux.

    Pour approfondir cette réaction, voir attentivement :
    http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com

    • « Si personne ne possède plus rien, tout est à tout le monde, et il n’y aura donc plus de riches, donc plus de pauvres. CQFD »

      WTF ?

    • Claudec, vous prêchez une convaincue. Depuis le funeste rapport Sauvy, les gens imaginent que la dénatalité est la pire des tares, comme si une famille de 15 gosses vivait mieux en en faisant un 16ème …

      Nous avons bondi à l’aide des « pauvres » du monde entier, avec nos antibiotiques et nos vaccins , réduisant fortement la mortalité, mais sans introduire symétriquement la contraception.

      Les oasis, qui faisaient vivre 30 familles et leurs troupeaux, sont devenues de lieux de morts quand la population y a décuplé. Et les bonnes âmes réclames des bouteilles de Contrex et font appel à notre sens de la solidarité …

    • @Claudec Faudrait peut-être lire l’article, il dit juste l’inverse. Pathétique.

      • Le droit de propriété est parmi ceux qui auront le plus à souffrir du nombre. Mais sa réforme, quelle qu’en soit le sens, n’est en rien la solution aux problèmes posés par la pauvreté.
        Pourquoi ?
        Tout simplement parce que plus sont nombreux ceux qui veulent se partager une richesse, moins la part de chacun est importante. Or chaque jour 200 à 250 000 êtres humains supplémentaires déferlent sur une terre déjà saturée.
        Tout se ramène à un contrôle démographique.
        Pour approfondir cette réaction, voir :
        http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com

  • pourquoi un impôt « foncier » ? quand vous parlez de propriété privée

  • Bah oui cela rejoint la fumisterie consistant à parler de populations vivant avec moins d’un Euro par jour, ce qui ne veux strictement rien dire en matière de pauvreté…

  • Les commentaires sont fermés.

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