Déculottée municipale à Paris : les 3 erreurs de NKM

Nathalie Kosciusko-Morizet NKM en campagne à Paris (Crédits Nathalie Kosciusko-Morizet, licence Creative Commons)

Paris reste dans les mains de la gauche par défaut. Anne Hidalgo peut remercier la droite et le centre de leurs erreurs stratégiques.

Par Aurélien Véron.

NKM

La défaite de Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris apparaît limitée avec la prise du 9e arrondissement. Il s’agit pourtant bien d’un échec lourd avec 44,06% des voix contre 53,34% pour Anne Hidalgo. « Échec collectif » comme l’a rappelé Pierre-Yves Bournazel, tête de liste NKM dans le 18e.

J’y vois trois raisons : entretien des divisions, poids prépondérant des appareils de parti et faiblesse du projet. Paris reste donc dans les mains de la gauche par défaut. Anne Hidalgo peut remercier la droite et le centre de leurs erreurs stratégiques.

1. Beigbeder, Delsol, les divisions de trop

Loin de rassembler, Nathalie Kosciusko-Morizet a engendré des divisions inutiles qui lui ont coûté cher. Entre les deux tours, la tentative ratée de sortir Franck Margain de la liste du 12e arrondissement sans le prévenir a révélé un réel amateurisme dans les basses manœuvres.

En décembre déjà, l’éviction de l’entrepreneur Charles Beigbeder avait déclenché une première salve de critiques contre sa gestion chaotique des listes parisiennes. Le retrait de l’investiture d’Hélène Delsol dans le 2e arrondissement à trois semaines du scrutin, incompréhensible pour le commun des électeurs, a aussi ajouté à la confusion.

Les profils sacrifiés dans des conditions chaque fois douteuses étaient tous des candidats de conviction. Leur rejet constituait une condamnation implicite de leurs valeurs, de leur vision. Il a par conséquent choqué la partie de l’électorat parisien qui partageait leur sensibilité respective bien au-delà des arrondissements concernés. Ces incidents ont renvoyé l’image d’un désordre général contrastant avec l’image des troupes en ordre de marche d’Anne Hidalgo.

2. Les alliances et les parachutages

Nathalie Kosciusko-Morizet a aussi imposé des figures issues de l’UMP, de l’UDI et du Modem sans ancrage local ni mérite au lieu de jouer des dynamiques de proximité. Seule la combinaison des deux aurait pu emporter des mairies acquises par défaut à la gauche.

Au lieu de cela, elle a préféré attaquer Anne Hidalgo sur des enjeux exclusivement partisans et nationaux, privant ainsi la droite et le centre de leurs atouts sur le terrain. Les scores d’indépendants bien ancrés, notamment dans le 2e arrondissement où Hélène Delsol a reçu 11% des voix, confirment le gâchis monumental qui, au final, a servi la gauche. Le 2e arrondissement aurait pu envisager la bascule à droite comme l’a frôlé le 4e arrondissement.

Mais la confusion née du retournement aussi soudain que tardif de Nathalie Kosciusko-Morizet a brisé l’élan d’une équipe qui bénéficiait d’une bonne image et s’est retrouvée brutalement coupée en deux face à des électeurs perdus. Cet enlisement du premier tour n’a pas permis un rebond suffisant au second tour de la liste « officielle » malgré le retrait de la liste Delsol « par élégance » entre les deux tours. Cette situation également vécue dans d’autres arrondissements parisiens a renforcé le sentiment de déconnexion entre les partis traditionnels et les citoyens.

3. Pas de thème de campagne

Enfin, Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas fait rêver. Face à un camp retranché à gauche, elle n’a pas produit un projet suffisamment ambitieux et clair. Les Parisiens se sentent créatifs, centraux et ouverts sur le monde. Ils attendaient une baisse de la pression fiscale, une ville plus créative que muséifiée, plus ouverte à l’esprit d’entreprise que figée comme Paris le devient, avec un flux constant d’entreprises quittant la capitale pour la petite ceinture, plus accueillante.

La candidate de la droite et du centre a beaucoup tardé à prononcer le mot « entreprise » et à admettre la nécessité d’une baisse de la fiscalité locale. Qui pouvait la prendre au sérieux devant un tel manque d’enthousiasme ? Elle ne s’est pas non plus exposée sur les transports individuels comme les VTC et les taxis aux quotas trop restreints.

Personne n’a retenu de thème majeur dans cette campagne insipide. Anne Hidalgo, à défaut de promouvoir une vision, s’appuyait sur un bilan. Nathalie Kiosciusko-Morizet ne bénéficiait pas de cet atout et devait mener une offensive des idées. Résultat, Anne Hidalgo lui souffle un camouflet et sauve l’honneur de la gauche en France en conservant Paris malgré la déferlante bleue.

Le plus inquiétant, c’est que Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas su s’affranchir des barons qui ressortent de la vague bleue plus renforcés que jamais. Ils continueront donc à mener la danse à Paris, bridant l’émergence de nouveaux talents à droite et au centre dans la capitale. Ils restent les vrais patrons de la droite parisienne face auxquels Nathalie Kosciusko-Morizet devra bien se tenir. Sauf à retourner à Longjumeau.


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