Les salariés sont trop rustres ? Filippetti injecte de l’art dans les entreprises !

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Aurélie Filippetti en avril 2012

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Les salariés sont trop rustres ? Filippetti injecte de l’art dans les entreprises !

Publié le 10 avril 2014
- A +

« Voyons voir, voyons voir : qu’est-ce qui pourrait enquiquiner un maximum les entreprises, qu’on imposerait sans trop de douleur par une excuse à la fois bidon et culpabilisante, et qui permettrait de faire parler de moi médiatiquement ? » C’est probablement avec cette question qu’Aurélie Filippetti, la désormais inamovible onomatopée en charge du Ministère de la Culture, s’est lancée dans l’un de ces projets mousseux qui animent les journées des politiciens inutiles et de leur staff pléthorique au ministère.

wtf dogsEt la réponse à cette question à la pertinence fort douteuse en ces temps de disette financière est, pour ne pas changer, un magnifique feu d’artifice de dépenses et de WTF pétaradant qui vont, on n’en doute pas, accroître d’autant le BIB de la France (Bonheur Intérieur Brut, seule mesure vraiment d’actualité dans cette économie atone). Youpi, dès le mois d’octobre, on va pouvoir découvrir trois nouveaux dispositifs tubulaires chromés qui relieront ces grosses cuves pleines d’argent dont le Ministère dispose à loisir à ces petits ventres d’artistes vides qui gargouillent piteusement. Moyennant quoi, en ouvrant ce petit robinet-ci et en allant actionner cette pompe-là, l’opération sera une vraie réussite : des artistes seront payés, des entreprises seront mises à contributions, le Ministère sera médiatiquement évoqué et le contribuable sera ponctionné.

Et il n’est qu’à voir la nature des trois dispositifs pour comprendre qui sont encore une fois les grands gagnants de cette invention bio-cosmogonique de spandrelles bitumeux à pénétration toroïdale. Pour le premier en effet, il s’agit de faciliter l’accès à l’art pour les salariés d’entreprises par la signature d’une convention. Le hasard faisant furieusement bien les choses, ce sont des entreprises éminemment représentatives du capitalisme et du secteur privé qui ont signé des deux mains les papelards tendus par la minustre : la RATP, la SNCF, la SNECMA, la Caisse centrale d’activités sociales des industries électriques et gazières et des regroupements divers et variés de comités d’entreprises. Et en quoi consiste la convention, quel est donc son but ? Aurélie frétille d’impatience et prend la parole sans plus attendre pour nous l’expliquer :

Nous voulons amener la culture à ceux qui en sont éloignés, du fait des contraintes de la vie professionnelle. Des parcours seront co-construits avec chaque CE et les PME ne seront pas oubliées grâce aux fédérations de comités d’entreprise avec lesquelles nous avons contracté. Mon ambition est résolument ancrée dans l’esprit de l’éducation populaire et s’inscrit dans les enjeux qu’impose la RSE.

wtf jackie chan

Car comprenez-la bien : le salarié actuel, forçat des temps modernes occupé toute la journée à boulonner et déboulonner, n’a pas le temps d’aller à la Culture. C’est un rustre, mal dégrossi, généralement pauvre avec de la crasse et de l’huile de moteur sur les pommettes et les avant-bras, qui n’a pas le temps d’aller flâner, un dimanche alors qu’il pleut, dans un musée ou dans l’une de ces nombreuses salles polyvalentes Pablo Neruda où l’artiste local réalise pourtant une performance poignante, par exemple en moulant des cendriers dans ses excréments ou en vivant dans un ours empaillé pendant plusieurs jours. Ce gros plouc béotien gentil mais un peu bourru a simplement besoin d’un cadre où on pourra l’amener à découvrir le beau et co-construire avec lui du parcours qui roxe ; Aurélie, toujours partante pour claquer des thunes qu’elle n’a pas à gagner, s’y engage donc fermement.

WTF ?J’ai parlé de trois dispositifs, parce qu’un seul n’était à l’évidence pas suffisant pour arroser tout le monde pénétrer suffisamment d’âmes sensibles. Le second dispositif sera composé de résidences d’artistes qui s’implanteront sur des sites industriels pour emmerder l’entreprise interagir avec les salariés ; bien évidemment, il fallait un peu d’argent pour faire tourner ces magnifiques idées que, bizarrement, des milliers de mécènes n’ont pas choisi de financer directement, et que, donc, le ministère de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, se chargera d’abonder, pour le moment à hauteur de cinq artistes, dans cinq résidences dans cinq régions différentes. On palpite déjà d’imaginer l’interaction vibrante qui va avoir lieu entre d’un côté, les salariés, petits êtres frustres et grossiers, et l’artiste, de l’autre, véritable elfe féérique qui apportera son gramme de finesse dans un monde de brute. Par exemple, la plasticienne Maeva Barrière, designer culinaire (« cuisinière » était bien trop banal), s’est installée chez le fabricant de biscuits Poult (Tarn-et-Garonne), ce qui a permis aux salariés de participer (un peu, de loin, faut pas déconner) à la création d’une œuvre (dont on ne saura pas grand-chose parce que bon, hein voilà, et tant pis si c’est un collier de nouilles colorées).

Enfin, le dernier dispositif (parce que jamais deux sans trois, n’est-ce pas) est un événement prévu en octobre prochain, que la ministre, en pleine frétillance transcendantale, imagine déjà aussi populaire que « La Fête de la musique » dans quelques années. Il s’agira de micro-expositions des collections nationales dans des entreprises sur tout le territoire durant quelques jours. Le déplacement des œuvres ne coûtera rien, leur sécurisation non plus. Leur petit emménagement puis déménagement dans les entreprises sera indolore. Les salariés qui se déplaceront pour voir tout ça ne provoqueront aucune baisse de productivité (notez qu’à la SNCF, la RATP, ce mot a depuis longtemps été banni de toute façon). Bref : ça va être génial.

petit facepalmRassurez-vous, ce n’est pas tout. Trois dispositifs, certes, mais toujours des idées à revendre, l’Aurélie nous expliquera ensuite qu’il va y avoir aussi l’organisation d’un séminaire « Art & entreprise » associant artistes, patrons, syndicats, universitaires, penseurs, philosophes, clowns, troubadours et ménestrels, dans la création de « capsules du design », espaces itinérants avec des ballons, des animaux chamarrés et des orchestres joyeux dans lesquels les designers auront carte blanche pour sensibiliser à cette discipline, parce que le design, en France, on ne connaît pas. Ou pas assez. Ou qu’on est nul et pas assez sensible. Allez savoir.

Bien sûr, tout ce programme est, comme la ministre l’avoue, « cofinancé par le public et le privé ». Souriez : comme le public est financé par le privé, ceci est donc cofinancé par le privé et le privé. Et puis, ce n’est pas cher, c’est carrément donné ! Comme l’explique Romane Sarfati, conseillère en charge de la pâte à modeler de la ministre, pardon des arts plastiques,

« C’est une économie serrée – quelques dizaines de milliers d’euros par opération – mais une offre de qualité. Et nous adapterons le travail de médiation au cas par cas »

Des esprits chafouins rétorqueraient qu’il ne manquerait plus qu’en plus, ce soit une offre merdique, mais je ne suis pas de ceux-là : enfin, la France va se lancer dans des « capsules du design », et va forcément s’en retrouver toute ragaillardie. D’ailleurs, l’Onomatopée ne fait pas mystère de son ambition :

« C’est le redressement créatif au service du redressement productif ! »

orelifilipeti
—-
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  • Pourront-ils imaginer, ne serait qu’un quart de millième de seconde, que certains n’en ont rien à foutre de l’art ? Que cela ne les intéresse pas du tout ? Et que, pire, cela ne les rend pas plus con que ceux que ça intéresse ? C’est beau l’égalité pour tous, même si c’est impossible. On en a encore une preuve avec cette nouvelle idée saugrenue

    • Même si on est amateur d’art, Il y a virtuellement autant d’art dans les dessins que l’on fait dans sa purée que dans le tableau « Les joueurs de cartes » de Cezanne (300 M$). Question de goût, de culture et de moyens financiers.

      Est-ce que Aurélie va venir faire des dessins dans ma purée (ça au moins c’est pas cher) ou est-elle l’unique détentrice du bon goût ?

    • Mais elle s’en fout Aurélie. Nous sommes en Socialie tendance communiste, et on n’a pas à avoir envie de quoi que ce soit. On fait ce que l’on nous dit de faire, point barre !!!

  • Je ne souhaite aucun malheur à mes compatriotes et je sais qu’une faillite générale des finances publiques sera douloureuse pour beaucoup, cependant je ne vois pas d’autre solution pour que les politiques arrêtent de bruler l’argent et d’emmerder les entreprises.

  • 7,6 MILLIARDS d’euro = budget de la culture.

    Dont :

    3,8 Md€ pour l’audiovisuel public
    3,3% mission Culture
    Avec 322 M€, le ministère de la Culture et de la Communication maintient ses engagements en faveur des monuments historiques
    Avec 385,8 M€, les interventions en faveur du spectacle vivant et des arts plastiques sont sanctuarisées
    232,2 M€ en faveur de l’enseignement supérieur culturel
    10,8% sur les bourses de l’enseignement supérieur culturel
    33,2 M€ en faveur de l’éducation artistique et culturelle (+8%)
    516 M€ en faveur des aides à la presse
    774,4 M€ en faveur des DRAC
    1,130 Md€ en faveur des opérateurs

    http://www.culturecommunication.gouv.fr/Actualites/En-continu/Budget-les-chiffres-cles-pour-2013

    D’un autre coté
    18,4 millions de foyer fiscaux imposables.

    7 600 000 000 / 18 400 000 = 413 euros pour la culture en moyenne par foyers (schématique mais pas tant que ça).

    et bien …. ça en fait des places de ciné de théatres de livres ou place de musée.

    Et pendant ce temps là … amazon ne pourra plus livrer gratos, le prix unique du livre, la redevance télé, des médias de gauche ….

    Pourquoi c’est si compliqué de faire 50 milliard d’économies pour sauver le pays de la catastrophe ? Perso moi au ministère je leur laisse 322 M€ pour la préservation du patrimoine et je divise les effectifs par 10 et je rends l’argent aux français qui sauront eux ce qu’il convient de faire des 413 euros.

    J’en connais qui ont des pneux à changer, des vacances qu’ils rêves de se payer, des chaussures à acheter … et peut être mêmes des livres ou expo qu’ils aimeraient voir si l’état les libérai fiscalement avant juillet bref…

  • Kultur, Kultur…
    Après la kultur d’entreprise et la kultur d’état, il faut appeler ça comment?

    Quant à l’ours, son installation électrique m’a pas l’air très aux normes, ils n’ont pas un CHSCT dans ce musée? Ahem…

  • Ils veulent amener le salarié vers la culture alors qu’ils lui ont réduit les revenus et qu’aujourd’hui un salarié n’a même plus de quoi se payer un ticket de cinéma pour aller voir une comédie qui lui ferait oublier la misère dans laquelle l’a mis ces politiques pour qui il a voté et l’ont trahis… Par contre il faut reconnaître qu’ils lui ont donné du temps libre pour aller voir les films à l’affiche… Mais il reste devant la porte… Mme filippetti, un peu de dignité, arrêtez de vouloir rendre cultivé des gens que vous prenez pour des cons… Rendez leur un salaire descent afin qu’ils puissent enfin revivre et se cultiver à leur envie et leur choix… Pour devenir respectable, il faut commencer par respecter les autres..,

  • Encore un dogme (l’art, c’est beau, c’est bien, c’est bisounours) que les étatistes qui veulent notre bien et surtout sui savent mieux que nous ce qui est bon pour nous, essayent de nous inculquer.
    Pour les gens comme moi qui ne sont pas attirés par l’art sous toutes ses formes, il s’agirait presque d’un viol d’État.

  • Cet article aurait été publié il y a 10 jours, il n’y aurait eu aucun doute quant a sa nature de poisson d’avril.
    Mais là aujourd’hui c’est juste délirant et absurde…

    B.

  • Oh, ne vous en faites pas pour H, il a maintenant Harlem qui va certainement l’occuper aussi 🙂

  • J’en arrive à me demander si la Filippetti ne fait pas un concours avec la Ségogol ?

  • Des crétins comme d’habitude! Que attendre de mieux de la part de socialistes?

  • Que serait d’ailleurs un art « démocratique » en soi? (Que serait une bagnole démocratique en soi?) De l’art « pas cher » comme semble le sugérer AF? Platon souhaitait en tout cas bannir l’art de la Cité pour un tas de bonnes raisons, que nos édiles ont vite fait d’oublier, ne se rappelant que la partie pratique de « l’instrumentalisation » à des fins éducatives.

  • « On palpite déjà d’imaginer l’interaction vibrante qui va avoir lieu entre d’un côté, les salariés, petits êtres frustres et grossiers, et l’artiste, de l’autre, véritable elfe féérique qui apportera son gramme de finesse dans un monde de brute. »

    jerry Golay!

    L’elfe féérique, c’est exactement ça, on a l’impression que ces trou de balle valent plus que les autres, comprenez donc que ce sont des gens cognitivement touché par la grâce! Ils sont éclairés!

    Sinon, s’il y a bien une espèce que je ne supporte pas, c’est le théâtreux….

    Et notons que tout ça n’est pas du tout une campagne de propagande destinée à gauchiser les cerveaux par la grâce des ménestrels envoyés en renfort dans les entreprises!

    Ou alors, ça fera l’inverse, et des clowns mourront dans l’exercice de leurs fonctions, avec après trop cassé les couilles à Gégé le Mecano…

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