Aux yeux du libéral, la Femme est un Homme comme un autre

Marlene Dietrich

La femme serait-elle un animal vain et futile ?

Par Stella Turtle et Victoria Melville.

Entre chroniques désabusées de désastres économiques, de pitreries politiciennes et de piétinement éhonté des libertés individuelles, les colonnes de Contrepoints font depuis peu place, côté culture, à un peu de légèreté, de frivolité, bref : un peu de crème fouettée dans le café amer du quotidien. Et c’est tant mieux !

Toutefois pointe à l’horizon un énorme « mais »…

Marlene DietrichOui : le bât vient à blesser lorsque le chroniqueur cherche à s’atteler à la reine de la frivolité : la Femme. Il est vrai que le public féminin se fait plus discret que le sexe genre fort, chez les libéraux français : sont-elles statistiquement sous-représentées, ou bien, tout simplement, manquent-elles d’intérêt pour l’action et les discours ? Comment être certain de promouvoir le libéralisme, de diffuser ses idées humanistes, auprès de tous, si on ne le fait auprès de toutes ? À l’instar de tout animal discret, il est difficile de parler au nom de la femme si elle ne s’exprime pas ; dès lors, ce ne sont que conjectures, et conclusions générales tirées des opinions particulières des trop rares spécimens féminins qui s’expriment dans ces colonnes.

Rien ne sort d’un quelconque chapeau. Voici, pour illustrer notre propos, quelques extraits d’articles ou de commentaires d’articles récemment publiés :

Katharine HepburnPourquoi les femmes haïssent-elles la liberté ? article de Gina Luttrell du 28 nov 2013

« Mes amis, nous touchons du doigt la seconde raison après le sexisme qui dégoûte les femmes du libéralisme. Les libéraux ne connaissent pas, ne s’intéressent pas ou ne « croient » pas aux atteintes à la liberté des femmes. […]. Les femmes ne baissent jamais leur garde, même entre amis, par peur des agressions sexuelles. Elles ont l’impression qu’elles seront toujours défavorisées par rapport aux hommes car elles n’auront jamais le même salaire. Elles sont en permanence sous pression car elles doivent gérer en même temps une vie de mère et une carrière, et être victorieuses sur les deux plans. […] Les libéraux ne prennent pas ces problèmes au sérieux. Nous avons l’air de nous en moquer. »

En commentaire de cet article :

« Non contentes d’avoir foutu en l’air les valeurs de l’occident ces cinquante dernières années, avec leurs valeurs de maternage, de toujours plus de règles et de « sécurité », les femmes voudraient venir foutre en l’air mon libéralisme ? Qu’elles retournent a la cuisine ! Ou alors, qu’elles agissent comme Margaret Thatcher. Franchement, qu’en avons-nous a battre des thèmes de société et des droits LGBT ? Depuis quand les libéraux veulent-ils réglementer/égaliser les salaires ? »

Margaret ThatcherFéminisme et liberté : interview de Cathy Reisenwitz, publiée le 6 avril 2014

« Je pense que le libertarianisme est trop tolérant vis-à-vis du sexisme, ce qui peut être bloquant pour beaucoup de femmes. »

Commentaire à cet article :

« Les féministes jusqu’à aujourd’hui dans notre pays sont incapables de prendre leur destin en main alors que les femmes sont majoritaires. Et comme des enfants qu’elles sont, elles demandent aux parents (aux hommes) de s’occuper de leurs droits et de créer des lois défendant leurs intérêts, alors que, répétons-le, elles ont strictement les mêmes droits. »

Autant l’avouer, à la lecture de tels propos, la colère monte quelque peu – et cela n’a rien à voir avec les hormones.

Hedy LamarrLes attaques des féministes contre les machos, des objectivistes contre les sexistes, des statisticiens contre les empathiques, se multiplient et donnent lieu à une cacophonie ambiante dont nous ne retirons qu’une chose : on ne s’est pas compris !

D’ailleurs : parlons-nous tous de la même chose ?

De façon très pragmatique, force est d’admettre que féminisme et libéralisme ne peuvent faire bon ménage – et c’est tant mieux, car ils ne traitent pas de la même chose. Versons donc ici dans la caricature facile, et résumons ainsi le féminisme de combat : « Toutes unies contre le mâle ! ». Ce féminisme fait hurler les libéraux, et à raison : quand on croit qu’il est juste que les femmes soient égales aux hommes, à coup de lois paritaires et protectrices, on est loin du libéralisme. En tout état de cause, est-il même intéressant de proclamer que les femmes et les hommes doivent être égaux ? Ce discours est aussi étrange que parfaitement décalé avec la réalité, nous en sommes les premières conscientes… et les premières ravies !

img contrepoints214La femme libérale se borne à appréhender l’homme et la femme comme des êtres humains, avec toutes leurs imperfections… et leurs spécificités. La femme libérale ne se départit pas de sa féminité ; mais travestir celle-ci avec du féminisme est parfaitement contre-productif. Jamais un homme ne sera une femme et jamais une femme ne sera un homme1. Et alors ? Passer autant de temps à s’amuser à décortiquer les centres d’intérêt de la Femme, comme le shopping, les films de nanas, ou les histoires de sexe, ne serait-il pas quelque peu superficiel ? Si c’est ici la vision qu’ont les libéraux de la psyché féminine, entre brassage d’air stérile, clichés consternants et débats foutraques, il est certain que les lectrices de passage se sentiront prises pour des débiles. Comment ne pas leur donner raison ?

Alors donc, nous, femmes libérales, serions si creuses ? Espérons que non. Si nous avons pris la plume, ou plutôt le clavier, aujourd’hui, c’est pour dire fermement halte à la caricature. Merci de votre considération, mais n’en jetez plus : ne vous en déplaise, la femme libérale n’est ni plus ni moins qu’un homme libéral.

  1. Il va de soi que le cas des transgenres et des hermaphrodites n’entrent pas dans le cadre de cette généralité.