François Hollande annonce la fin de la Françafrique ?

imgscan contrepoints 191 Hollande Françafrique

Comment sortir le continent de l’enfer de la politique de la Françafrique business ?

Par Mathieu Mbarga-Abega [*]
Un article d’IMANI Francophone.

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« La France qui faisait et défaisait les régimes en Afrique, c’est fini », affirme sans détour ce grand sensible de François Hollande, lors de sa récente conférence de presse à Paris. Mais, ce que le président Français ne dit pas, c’est comment, dirigeants politiques africains et Français d’aujourd’hui, vont s’y prendre concrètement pour sortir le continent de l’enfer de la politique de la Françafrique business, à une période de crise économique extrêmement sévère.

C’est pourquoi, François Hollande qui a, à ce jour, la clé pour ouvrir la porte des réformes ambitieuses sur la politique africaine de la France, doit impérativement faire et dans l’urgence beaucoup d’effort pour y parvenir, parce que les obstacles sur la route de celles-ci sont très nombreux et les Africains jugent désormais leurs dirigeants politiques sur les résultats. Un exemple parmi tant d’autres, l’annonce théorique de François Hollande sur son désir de changement de la politique africaine de la France en 2014, n’a pas fait une seule ligne de commentaire dans les médias français et africains. Ces médias visiblement ont peur que François Hollande, « premier président social-démocrate français » mette très vite fin à l’abominable politique de la Françafrique business qui tue à petit feu depuis 1960 des générations africaines présentes et futures.

Pourtant, le bilan catastrophique de la politique de la Françafrique business depuis plus de cinquante ans, est devant nos yeux. Comment ne pas voir et hurler sa révolte permanente face à des tragédies politiques, économiques, socioculturelles et des tragédies humaines, comme le cas de la Centrafrique d’aujourd’hui, après celles du Congo Brazzaville et du Rwanda ?

C’est un fait, le monde des riches éternellement égoïstes, depuis des générations, marche bien sur la tête, parce qu’il refuse de comprendre que la solidarité envers les plus démunis et pour l’équilibre du monde, demeure un comportement définitivement noble.

Réinjecter le dynamisme dans la politique africaine de la France de 2014, demeure une priorité pour la France et l’Afrique

La mondialisation exige un nouveau partage des richesses du monde, c’est pourquoi, il est extrêmement urgent que le président François Hollande donne un calendrier officiel précis pour la destruction de la pieuvre qu’est la politique de la Françafrique business. Comment François Hollande veut-il passer du discours politique théorique aux actes concrets ?

Un discours, qui depuis plus de soixante ans de pratique de la politique de la Françafrique business, sévère et au détriment des populations africaines, affirme que cette politique est excellente, quand bien même celle-ci est unanimement critiquée par des populations africaines qui triment au soleil du diable africain avec le ventre vide. C’est pourquoi et pour l’avenir de l’Afrique et l’Europe, le désir de changement de politique africaine de la France de François Hollande doit impérativement obéir à deux réalités.

Première réalité : réformer en profondeur la politique africaine de la France d’aujourd’hui, cela passe impérativement par la destruction de la Françafrique business, vieille de plus de soixante ans.

Deuxième réalité :

  • virer en urgence les chefs d’États africains et leurs gouvernements qui confisquent le développement de leurs pays respectifs depuis nombre d’années,
  • revisiter les contrats que les entreprises étrangères ont signés avec le continent, parce que l’Europe en général et la France en particulier exploitent massivement les richesses naturelles africaines, notamment l’uranium, le pétrole, l’or, les diamants du cobalt, le gaz… depuis 1960 à ce jour et sans réelle contre partie, la politique de la Françafrique business encourage aussi la fuite des meilleurs cerveaux du continent vers l’Europe, notamment : chercheurs, ingénieurs, inventeurs, médecins, avocats, ouvriers qualifiés, voire stars du football…
  • que l’Afrique subsaharienne ait sa monnaie, la France réalise bien de bonnes affaires avec les pays qui ont leur monnaie nationale,
  • lutter effacement contre la corruption qui plombe le développement de l’Afrique et forme les criminels économiques,
  • lutter contre le tribalisme entre communautés du même pays,
  • encourager la formation des femmes et les jeunes aux métiers de services et introduire dans le civisme la culture de la paix, de la discipline, du travail individuel et collectif bien fait, le respect du bien public, la moral, la solidarité, la tolérance et la paix,
  • mettre à la tête des États africains, les meilleurs du continent qui ont de l’éthique, de l’intelligence pratique, de la compétence, de la conscience nationale et de l’intérêt national,
  • enseigner aux Africains la culture de la bonne gouvernance, du respect des droits de l’Homme et de la liberté d’expression,
  • réformer la politique de la France de l’immigration et de l’intégration : il est stupide en 2014, que les sujets africains soient traités avec un profond mépris en Europe, alors que les Européens sont chez eux en Afrique.

Si ces réalités sont prises en compte dans les discussions que le président François Hollande doit entamer au plus vite avec les dirigeants africains d’aujourd’hui, elles permettront, sans doute, de réinjecter le dynamisme dans la politique africaine de la France de 2014, parce qu’il y va des intérêts fondamentaux de l’Afrique et de l’Europe. Sans démagogie.


[*] Mbarga-Abega est journaliste politique et écrivain à Paris.