Cinéma : critique de la crème de la crème

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Critique du film La crème de la crème sur un réseau de prostitution dans une grande école française.

Par Bénédicte Cart.

affiche-la-creme-de-la-creme-filmLa semaine dernière je vous parlais du film : Les gazelles, et me voici repartie, avec la même copine, voir un film dont nous avions seulement vu la bande-annonce.

Je m’attendais donc à du sexe et de l’alcool, 1h30 de débauche de notre future élite française.

La crème de la crème, en salle depuis le 02 avril, est un film de Kim Chapiron avec Alice Izaac, Jean-Baptiste Lafarge et Thomas Blumenthal.

L’histoire est simple : il s’agit de l’idée de créer un réseau de proxénétisme au sein d’un microcosme (une grande école de commerce dont certains disent inspirée d’HEC, IEP, Centrale…) . Trois étudiants, après avoir constaté la potentialité du marché du sexe, lors de soirées, la difficulté de certains pour « choper » une de leurs congénères alors que cela paraît pourtant plus simple l’alcool aidant, vont s’inspirer des modèles du marketing pour créer un véritable réseau de prostitution.

Le décor est planté,  nous voyons l’idée se développer, nos trois jeunes gens s’amuser, ayant conscience de l’ingéniosité de leur idée mais ne sachant pas vraiment où cela va les mener. A un problème : une solution, une expérimentation, une généralisation, des applications.

Mais l’histoire se déroule et nous perdons de vue la situation de départ, car un facteur entre en jeu, il est attendu ou non et devient une variable non-maitrisable : l’amour.

Kim Chapiron filme avec élégance, délicatesse ce qui pourrait être une succession de scènes pornographiques. Au contraire, il met en avant une forme de pudeur, une élite débauchée mais pudique. Tout est maitrisé et j’y ai trouvé un regard bienveillant à l’égard des jeunes, de ce monde difficile et exigeant.  Parce qu’il s’agit d’un film sur nos futures élites, les écoles de commerce sont ici vues comme des moyens de se « faire un réseau », la classe préparatoire serait alors les deux années qui apprennent à penser, réfléchir, et l’école de commerce à travailler dans le monde des adultes.

Ainsi, l’école est le passage au sein duquel chaque étudiant joue tout son avenir, professionnel et amoureux.

Pour l’avenir amoureux intervient le trio, la solution proposée est simple, elle obéit à la loi du marché et nous montre que tout peut s’acheter, il suffit de structurer l’offre et la demande, lui apporter une base saine pour qu’elle se développe. L’idée n’a rien de malsain ou de pervers et la fin n’est pas mauvaise en soit. Il s’agit au départ d’aider un ami, puis plusieurs. Au fond, si la réponse satisfait une personne pourquoi pas plusieurs ?

Kim Chapiron évoque la solitude des étudiants malgré les multiples associations, les fêtes quotidiennes. Mais aussi les relations entre hommes et femmes qui sont très bien résumées à un moment de l’histoire et qui nous a valu ce commentaire :

« Sympa, les femmes sont des putes qui sont prêtes à le faire même si elles ne sont pas payées ! Ben oui, il y a le retour sur investissement, aussi ».

Misère sexuelle et affective d’un côté, et misère tout court de l’autre, pour que ces messieurs puissent prendre le temps et avoir plus de choix entre les prétendantes plus sérieuses ( comprendre leurs collègues d’école, qui passent pour des écervelées incapables de se vendre elles-mêmes pour une relation à long terme).

Il évoque aussi les difficultés à s’intégrer pour les admis n’ayant pas fait de classe préparatoire ou n’appartenant pas à des grandes familles françaises. Le choix est là : Madeleine ou Kelly ? Tous fréquentent la même école, on choisit sa femme, dans les mêmes cercles que nous fréquentons, des rallyes aux soirées d’écoles. Est-ce cela l’amour, un choix par intérêt : celui de se rassurer ?

Au fond, ce film raconte surtout la rencontre de deux jeunes gens, une histoire d’amour bien plus profonde que le sujet du film ne pourrait le laisser penser au premier abord. C’est cet aspect qui lui permet de prendre une dimension tout autre, cherchant à démontrer que tout peut s’acheter et se vendre, mais peut-être pas l’amour.

Ils se rencontrent et l’idée nait, un projet prend forme. Chacun trouve sa place et leur ami gère le tout. Leur intelligence mises en commun est créatrice, leur complémentarité devient forte et fait de leur projet un réel business.

Le film accorde dans son déroulement narratif une place supérieure à l’amour face au développement du business. Bien qu’il soit intéressant d’observer le développement du réseau, l’intérêt réside finalement bien davantage dans le fait que les deux personnages principaux vont apprendre à s’aimer, à travers leur entreprise commune. Dans cette perspective, la seule dernière minute, qui nous a valu d’ailleurs un deuxième commentaire, fait que ce film m’a touchée.