Les Français se divisent sur les solutions au manque de logements

Face au sempiternel déficit du logement en France, les Français restent partagés au sujet de la surélévation des immeubles dans les grandes villes et de la division parcellaire.

Face au sempiternel déficit du logement en France, les Français restent partagés au sujet de la surélévation des immeubles dans les grandes villes et de la division parcellaire. Ces deux concepts à première vue solutionnant le manque de logements, continuent d’inquiéter les populations qui redoutent une modification du paysage urbain.

Par Sophie Hanquiez.

Les propriétaires enthousiastes

Contrairement à ce que craignent ou craignaient les candidats aux élections municipales, la création de nouveaux logements impliquée par la surélévation des immeubles en ville n’a pas suscité de levée de boucliers chez les propriétaires déjà en place. Au contraire, 54% d’entre eux habitant dans des communes de plus de 100.000 habitants se disent favorables à la surélévation des immeubles, si en contre partie ils y trouvent un avantage financier. Parallèlement, 60% des Français s’avouent convaincus par une des solutions au déficit du logement, estimé à 1 million de logements, qu’apporterait la surélévation des immeubles. Selon Roland Tripard, Président du Directoire de Seloger.com : « Les pouvoirs locaux devraient ouvrir le débat de la surélévation avec leurs concitoyens. » Dans le cas d’une copropriété, depuis la validation de la loi Alur, la décision se prend en Assemblée Générale. Les habitants des étages les plus hauts risquent de tiquer si on les coiffe d’habitations supplémentaires au dessus de chez eux. En lot de consolation, la loi Alur les place prioritaires s’ils souhaitent acquérir un logement dans les étages supérieurs.

L’architecture sur la corde raide

À partir du moment où l’immeuble concerné est adapté à la surélévation, il existe différentes techniques pour construire rapidement et sans nuisance. Certaines entreprises spécialisées vont proposer des systèmes d’ossature bois ou métal. D’autres vont utiliser des techniques plus classiques, comme la maçonnerie ou le coffrage béton. Quelle que soit la technique utilisée, il s’agit de logements neufs, notamment ceux éligibles via les différentes lois immobilières (loi Censi Bouvard etc.). Ils doivent donc être conformes à la réglementation technique 2012 qui impose la norme du bâtiment basse consommation.

Surélévation
La surélévation permet de créer une nouvelle offre de logements sur le marché quand il n’y a plus de place sur la terre ferme.

 

L’architecture des immeubles se voit donc potentiellement impactée, notamment si une isolation extérieure est choisie. La dégradation du paysage urbain continue d’inquiéter les Français, tout comme une trop forte concentration de population. À cette problématique, Roland Tripard analyse : « Les maires doivent prendre en compte la mesure du potentiel pour assouplir le plan local d’urbanisation (PLU) encore trop restrictif et répondre aux projets de leurs concitoyens. » Même si pour la plupart des Français, cette conséquence ne nuit pas à l’efficacité de la surélévation des immeubles, beaucoup demeurent sceptiques quant à l’intégration parfaite de ces modifications dans l’architecture existante.

Le « Bimby » séduit moins

Le « Bimby », Build in my Back Yard (construire dans mon jardin), désigne la division des parcelles des quartiers pavillonnaires existants. Le concept revient à vendre une partie de ses propres terrains, à des fins de construction de nouveaux logements. À première vue solutionnant le problème du déficit du logement, ce principe ne séduit que 39% des propriétaires habitant dans une commune de moins de 100.000 habitants. Ils ne sont pas plus nombreux à s’estimer susceptibles de céder une partie de leur terrain pour construire de nouvelles maisons, sans avantage financier. Parallèlement, 67% des Français se disent favorables à la division parcellaire, qu’ils jugent efficace pour résoudre l’insuffisance de logements.

division parcellaire
En 2012, 33% des Français étaient favorables à la division parcellaire.

 

Isabelle Dorgeret, de l’Association Promotoit, précise : « Désormais la démarche est mieux connue auprès du grand public. Il y a deux ans, Promotoit s’est associée avec les architectes de Bimby. Nous avons réalisé des rendez-vous avec les ministères, les élus et l’association qui lutte contre l’artificalisation des sols. Nous avons porté le projet Bimby au sein du groupe de travail ‘financements innovants de l’efficacité énergétique’ du Plan Bâtiment Durable. » Cette solution apparaît comme un bon moyen de résoudre le manque de foncier dans les grandes agglomérations. Le PBL a repris la proposition de Promotoit selon laquelle l’argent de la vente du terrain servirait à la rénovation énergétique de la maison existante. Aujourd’hui la réponse au déficit du logement ne serait pas à la périphérie des agglomérations mais en leur cœur.