La liberté casse les urnes

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Naufrage du Titanic (Libre de droits, Willy Stöwer, 1912)

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La liberté casse les urnes

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 27 mars 2014
- A +

Par Baptiste Créteur.

Les libéraux appellent tantôt à l’abstention, tantôt à voter pour les rares candidats qui auraient des chances de sauver les meubles. Mais ce n’est pas par les urnes qu’ils peuvent espérer conquérir la liberté en France.

Car en France, les urnes servent à conquérir le pouvoir. Il existe bien un effet de cliquet de la dépense publique (et apparemment de la dette publique) ; toute tentative de réduction se heurte aux résistances administratives, syndicales, et aussi à la résistance des citoyens qui savent que tout changement les ferait payer plus pour avoir moins et refusent donc toute évolution, quitte à ce que le système, paralysé, s’effondre.

Naufrage du Titanic (Libre de droits, Willy Stöwer, 1911)
Naufrage du Titanic (Libre de droits, Willy Stöwer, 1911)

 

Le système français est en effet à concevoir comme dynamique. Pas uniquement français, d’ailleurs ; les économies du monde entier, ou presque, reposent sur l’idée d’une croissance permanente en pratique impossible. Les systèmes de retraite conçus comme des pyramides de Ponzi, les budgets étatiques fondés sur des hypothèses de croissance rarement atteintes, un système bancaire de réserve fractionnaire, tous ces mécanismes admettent difficilement le ralentissement ou la chute passagère. À la manière d’une bicyclette, c’est le mouvement qui assure l’équilibre.

Les Français, donc, votent régulièrement entre une poire à lavements et un sandwich au caca1 ou, plus massivement, ne votent pas. Avec le sentiment erroné que leur programme et leur parti apporteraient une réelle différence, les fronts de gauche et de droite, républicains et ni-ni, les hommes politiques et leurs militants cherchent à s’emparer du pouvoir, largement accaparé également par les administrations et lobbies.

Nombreux sont ceux qui s’abstiennent, y compris parmi les libéraux. Les stratégies diverses qu’ils adoptent, d’une représentation pour la forme au ralliement à des partis moins petits (mais moins libéraux) en passant par l’abstention ou le vote pour le pire en espérant une chute rapide du système, sont souvent discutées ; nombreux sont ceux qui déplorent l’absence de candidats libéraux dans le jeu démocratique.

Les libertariens ont d’ailleurs de bonnes chances sinon de remporter les élections, au moins de représenter un réel poids dans le débat aux États-Unis. Ron Paul, après des années de mobilisation, est une voix discordante et enfin audible ; son fils le sera sans doute au moins autant. Mais la France n’est pas les États-Unis.

Malgré le recul de la liberté aux États-Unis, face auquel mettaient en garde les opposants aux lois anti-trusts comme Ayn Rand et qui se manifeste notamment par Obamacare, les drones et le sauvetage des banques (quelques banques privées américaines possèdent la Fed, soit dit en passant), ils demeurent un pays de liberté. L’esprit des Pères Fondateurs peut difficilement être travesti comme celui des révolutions européennes, et le sens des mots demeure ; la Constitution, respectueuse des droits individuels, est difficile à modifier. Les Américains n’ont pas perdu toute sensibilité aux droits individuels et à la liberté.

La France, elle, a modifié le sens des mots. Elle a menti, elle a triché. La France, ce n’est ici personne en particulier, car les responsables sont nombreux mais les réels acteurs de ces évolutions, s’ils existent, sont difficiles à identifier, et leur identité importe peu ici. De sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité », il reste bien peu ; la Liberté n’est plus. L’Égalité n’est plus ce qu’elle était, l’égalité des droits remplacée par l’égalité matérielle et l’égalité des chances. Et la Fraternité s’exprime régulièrement entre bandes rivales de droite et de gauche, personnalités politiques pleines de tendresse et de bons sentiments et citoyens divisés.

Les droits individuels n’ayant plus aucune assise, ni aucune emprise sur la réalité, ils sont tombés en désuétude ; la demande du respect de la propriété passe pour être la marque d’un égoïsme impitoyable. Et ils subissent des assauts permanents, chaque augmentation du pouvoir n’étant ni plus ni moins qu’une réduction de la liberté des citoyens2.

Les libéraux ont tant à faire pour défendre la liberté en France, ou plutôt pour la reconquérir, qu’ils ont bien du mal à trouver leur place sur l’échiquier politique. Ils s’opposent à tous les partis en présence qui, avec des voix différentes, demandent toujours plus de dépenses et de lois. Il est bien difficile de se faire élire en proposant uniquement des abrogations, des annulations, des suppressions ; habitués aux promesses fantastiques et à leur condition servile, les Français ne comprendraient pas.

Les urnes sont un instrument de conquête du pouvoir, pas de la liberté. C’est pourquoi les libéraux, ayant une base électorale bien faible (pas parce que leurs idées sont mauvaises, mais parce que les Français ne les comprennent pas et ne sont pas aidés pour cela par un discours politique et médiatique mensonger au point d’en être coupable) ne seront pas, toutes choses égales par ailleurs, portés au pouvoir par cette voie. Pouvoir qu’en outre, ils ne veulent pas ; s’ils demandent la clé des institutions, c’est pour éteindre la lumière et fermer la porte.

Mais il ne faut pas désespérer pour autant. Les libéraux le savent bien ; « toutes choses égales par ailleurs » ne relève pas de l’action humaine. Les États sont incapables de se réformer, incapables de réduire leur périmètre et l’étendue de leurs dépenses, sauf rares exceptions. Et c’est pourtant nécessaire pour que l’économie reparte. Ils sont comme une dynamo qui a besoin que la roue tourne pour produire de la lumière (en pleine journée, par beau temps) mais qui exerce trop de pression sur la roue pour que le cycliste puisse faire tourner la roue assez vite. Le cycliste sait que, s’il n’avance pas, il tombe ; l’État le sait aussi et maintient son emprise, considérant que le cycliste pourra toujours fournir un effort plus important pour avancer à la même vitesse.

Aujourd’hui, il avance de plus en plus lentement, malgré les nombreuses gourdes d’argent frais que les banques utilisent pour se doper de telle sorte que le cycliste n’en veut pas quand il en trouve et n’en trouve pas quand il en veut. Et c’est là que les libéraux ont une chance.

Lorsque les États ou les citoyens, ou les deux, réaliseront que la social-démocratie, l’économie mixte et tout mélange sous quelque forme que ce soit entre liberté et pouvoir débouche toujours et partout sur une impasse, il faudra choisir : liberté maximale ou pouvoir maximal. Les libéraux, s’ils refusent l’autarcie ou l’exil, devront avoir assez diffusé et expliqué leurs idées pour que le choix qui sera alors fait sera le bon.

  1. Voir l’épisode de South Park du même nom.
  2. Le pouvoir d’autrui sur nous est justement constitué de la liberté qu’il nous prend, ou que nous lui laissons prendre
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  • Coprophilie, lavement mais c’est pire mon pauvre Batiste …..c’est une dilatation anale et un fistfucking démocratique en règle. Les élections c’est interdit aux mineurs car c’est un truc de pervers. On se cache derrière les rideaux de l’isoloir pour se masturber le cerveau en vue d’un coït avec le léviathan.

    Si j’avais pas un doute que ma carte électorale pourrait boucher mes toilettes je m’en serai servie comme papier toilette encore que ….même dans cette hypothèse ça serait désagréable.

    Ce n’est pas demain que les libertariens gagneront une élection en France. En tant que libertarienne je m’en moque.

    Ce qui est tout de même désespérant c’est que même le mot est inconnu de 99,9% de la population. Les écrits d’ayn rand, il faut voir le temps qu’il a fallut pour la traduction en français. Au lycée, à la fac je suppose qu’un prof qui donnerait le discours de Galt à étudier serait pétrifier sur place.

    Bref…Les élections c’est sodom et gomore version républicaine, la douleur sans le plaisir.

  • Homo-Orcus-Spock
    27 mars 2014 at 8 h 46 min

    « Ils sont comme une dynamo qui a besoin que la roue tourne pour produire de la lumière (en pleine journée, par beau temps » Le mieux serait d’avancer à la vitesse de la lumière et ainsi on n’aurait même pas besoin des phares, puisqu’on irait aussi vite que les phares et ceux qui se prennent pour des phares ne seraient finalement plus rien.

  • J’ai été surpris de voir que l’illustration du naufrage des 14-15 avril 1912 avait été réalisée en 1911.

  • Nadège Rivendel
    27 mars 2014 at 9 h 56 min

    Tout à fait d’accord : « Les libéraux, s’ils refusent l’autarcie ou l’exil, devront avoir assez diffusé et expliqué leurs idées pour que le choix qui sera alors fait sera le bon. »

  • The « killing » métaphore…
    On en revient un peu toujours au même point… Comment abréger les souffrances du pauvre cycliste sinon en l’euthanasiant?
    Toujours aussi charmantes et romantiques ses propositions de diffuser et d’expliquer les idées libérales dans un pays marxiste!
    Si le diagnostic n’est pas mauvais les remèdes sont à la Diafoirius!

  • D’abord Bravissimo pour ce merveilleux, excellent article !!
    Néanmoins je m’en désolidarise juste au dernier paragraphe :

    « Quand les Etats, ou les citoyens réaliseront… » MAIS ILS NE RÉALISERONT JAMAIS !!!!

    Mon Cher Baptiste, comme vous le savez fort bien, les Etats de par leur nature même ne peuvent pas réaliser leur toxicité, et si les citoyens le pouvaient, depuis le temps cela se saurait, non ?

    C’est pourquoi la seule solution à mes yeux réside dans ce que votre dernière phrase cite en négatif (parce que vous ne pouvez vous résoudre à l’admettre ?) : L’EXIL !!!
    (ou l’autarcie dites-vous, soit, peut-être, mais je n’ai pas compris l’alternative concrète que vous proposez sous ce terme…)
    Encore Bravo en tous cas,

    • La démocratie directe permet au peuple de contrôler l’État, on peut aussi donc militer pour cette solution et voter pour ceux qui la promeuvent.

  • Oh merci, vous avez égayé ma journée, une belle synthèse imagée. Que dire de plus…rien pour une fois je me tais!!

  • Outre mon habituel appel à la démocratie semi-directe, cette critique des perversions de notre « démocratie » représentative me fait réaliser ceci: Grâce au FN, le PS a pour la première fois intérêt à réduire vraiment le chômage.

    Je m’explique: Jusqu’ici, le chômage était pour le PS un argument de campagne, une clientèle politique, et, grâce à l’ignorance économique imposée par lui au moyen de l’Endoctrinement National, un argument anticapitaliste.

    Ainsi, plus le PS détruisait le capitalisme et augmentait le chômage, plus il pouvait accuser le capitalisme de causer le chômage, et plus il consolidait son emprise sur les institutions (que les intermèdes de la « droite » égratignaient à peine).

    Et voilà que la démocratie représentative nous apporte une solution: Le Front National.
    Certes pas par sa compétence économique – qui du reste, si elle existait, le marginaliserait dans notre pays.

    Mais parce que grâce à lui, pour la première fois, le cercle vicieux est rompu, et le PS ne consolide plus son pouvoir en faisant progresser chômage et pauvreté.

    C’est donc bel et bien grâce au FN que le salaire minimal va pouvoir être remis en cause, avec le renfort des « économistes de gauche ».

  • La majorité des politocards sont contre le standard-or donc pour moi se sont des escrocs…

  • Cela fait du bien de vous lire, et c’est également rassurant. On a parfois l’impression d’être seul quand on écoute les sources d’informations traditionnelles….
    Une question : a part, prêcher chacun la bonne parole dans son coin, comment fait-on pour diffuser plus largement?
    On peut participer a des mouvement comme « nous-citoyens »? Mais sinon?

  • J’aime bien ce site, les idées qui y sont exposées, les textes des uns et des autres. Vraiment dans l’ensemble j’aime bien.
    Bon, une fois écrit ça, une fois constaté que, oui on se fait copieusement escroquer depuis bien longtemps « pour notre bien », « pour sauver la démocratie », pour sauver le »modèle social français » pour sauver « les oiseaux mazoutés », bref pour sauver en réalité nos chères « élites » qui se gobergent avec notre fric.

    A part gesticuler derrière nos écrans, écrire quelques beaux textes bourrés de vérités qui font mal, on ne fait finalement pas grand chose. On va même plus voter. Alors nos élites sont finalement contentes, elles peuvent continuer, encore et encore, à se foutre de nous.

    Jamais ils ne laisseront le pouvoir si on ne les met pas dehors de leurs palais. Et c’est pas avec des discours qu’on y arrivera.

    • Peut être alors que la solution, plutot que de voter, c’est…. de se présenter! Voter est impossible, nos convictions ne sont pas représentées, elles sont bafouées, et voter contre sa conviction, à quoi ça rime?

      A rien.

      Je l’ai dit également sur un autre article, prenons notre avenir en main, adhérons au Parti Libéral, ou créons de nouveaux partis. Présentons nous dans nos collectivités.

  • Au passage, émission interessante sur France 2, intervention correcte de Laurent Wauquiez, a voir ce que ça vaut en vrai, et Alexandre Jardin qui leur dit de laisser faire les gens, les laisser se prendre en main! Et la Bachelot toute hébétée qui ne comprend pas qu’on puisse enlever de sa toute puissance au Léviathan XD!

  • La constitution américaine est difficile à modifier mais les politiciens se torchent le cul avec elle depuis tellement longtemps qu’elle n’a pas tant s’influence.
    Ils ont quand même réussi à y insérer le banissement de l’alcool :S

  • Avant d’invoquer des concepts aussi complexe que Liberté, il serait bon de vous interroger sur leur sens !

    • Tout dépend, certaines choses sont incompatibles avec le concept de liberté, quelque soit la définition qu’on en donne. Les écoutes arbitraires, sans l’aval d’un juge par exemple, l’obligation pour les opérateurs d’enregistrer nos conversations…

  • Les commentaires sont fermés.

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