Les moteurs de la croissance sont-ils en panne ?

En suivant la théorie des « moteurs de la croissance », l’économie serait une machine dont les hommes politiques régleraient la puissance à travers les manettes budgétaires à leur disposition.

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Les moteurs de la croissance sont-ils en panne ?

Publié le 19 mars 2014
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Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

slow-down décroissanceÀ en croire la majorité des « experts » et la plupart des journalistes économiques, la croissance dépend de la puissance de ses trois moteurs : la consommation, l’investissement et les exportations. Si le chiffre de la croissance n’est pas celui que l’on attend, on se livre au jeu des moteurs : l’un est-il en panne, l’autre va-t-il sauver la situation ?

C’est dire que tous ces braves gens en sont restés à l’économie de la demande, à l’économie de la dépense, hérésie keynésienne qui justifie que le gouvernement intervienne sans cesse pour pousser les moteurs.

On dit actuellement que l’on est passé du côté de l’économie de l’offre, et que le gouvernement réalise enfin que la croissance naît dans les entreprises, mais les articles que nous offrent quotidiennement les analyses conjoncturelles de la presse en sont restés à cette équation fondamentale : plus on dépense, plus on est riche !

C + I + X = PIB

L’équation fondamentale qui domine les analyses de conjoncture lie la croissance économique mesurée par le Produit Intérieur Brut (PIB) à la masse de la consommation (C), des exportations (X) ou de l’investissement (I). La hausse du PIB serait la résultante de ces trois éléments. On en déduira facilement qu’il suffit de relancer tel ou tel moteur pour booster la croissance : l’économie serait une machine, dont les hommes politiques, omniscients et parfaitement informés, régleraient la puissance à travers les manettes budgétaires et monétaires à leur disposition.

Cette vision est macroéconomique, elle repose sur la mesure des « agrégats » par les fabricants de statistiques (en particulier l’INSEE). Mais cette mesure se fait à partir de conventions comptables discutables. Tout d’abord on ne mesure que ce qui est échangé sur le marché, alors quid des stocks invendus ? Et quid des biens et services fournis par les administrations ? On estime leur valeur d’après leur coût, donc toute hausse des salaires des fonctionnaires accroît le PIB ! D’autre part, on néglige la production domestique, celle des ménages, alors qu’ils produisent des services pour eux-mêmes, et de plus en plus (bricolage, entretien, jardinage, travail au noir, etc.).

Les chiffres doivent donc être pris avec précaution. Annoncer, mi-février, que la croissance est plus forte que prévu et qu’on est sorti (presque) de la crise, parce que l’on a trouvé 0,3% de croissance du PIB en 2013 au lieu des 0,1% prévus, ne signifie rien, si ce n’est qu’on s’était trompé dans la prévision. Dire que la croissance est trois fois plus forte que prévu est grotesque, car trois fois rien, cela ne fait toujours pas grand-chose. Et 0,1% comme 0,3% est inférieur à la marge d’erreur ou de convention arbitraire. D’ailleurs les chiffres font du yoyo (deux trimestres de 2013 avec une croissance 0).

La consommation, moteur ou résultante ?

img contrepoints172 moteur de croissanceLa consommation a augmenté de 0,5% au 4° trimestre, contre 0,1% au 3° et 0,4% au second. C’est donc un peu plus que la croissance du PIB. Partant de cette constatation statistique, les « experts » affirment que voilà le meilleur moteur de la croissance, qui a tenu bon contre vents et marées. Logique : c’est le chiffre le plus élevé.

Logique, mais faux. Si c’était vrai, la croissance devrait être bien supérieure car un autre élément de la demande globale, la dépense publique, est très dynamique en France ; nous devrions donc avoir une croissance à la chinoise ! Vision qui a l’avantage de justifier une action vigoureuse pour stimuler la demande de consommation. Relance de la consommation, qui a donné les résultats que l’on sait, en particulier en 1981 à l’époque de François Mitterrand : un déficit extérieur abyssal et trois dévaluations du franc car les Français ont bien consommé plus, comme on le souhaitait, mais, à la surprise de nos hommes politiques, ils ont acheté des produits disponibles et bon marché, donc des produits étrangers. À la rigueur, la relance de la consommation de 1981 en France a relancé l’économie allemande !

Et les exportations ?

Le second moteur, celui des exportations, a des ratés. Les exportations ont chuté de 0,5% au 1er trimestre, augmenté de 2,4% au 2ème, reculé de 1,6% au 3ème et augmenté de 1,2% au dernier trimestre 2013. Certes, une hausse des exportations peut signifier que nos produits ont une compétitivité-prix ou une compétitivité-produits et sont appréciés des consommateurs étrangers.

Mais nous avons expliqué il y a un mois que déficits ou excédents extérieurs ne représentaient pas grand-chose. Et c’est un soi-disant moteur sur lequel nous n’avons aucune prise, si ce n’est d’avoir des produits compétitifs, ce qui relève des entreprises, donc de l’offre… Certes, cela conduit nos experts à souhaiter que nos voisins aient une croissance rapide, pour qu’on puisse leur vendre plus, et on leur suggère de faire chez eux une relance par la consommation, pour qu’ils achètent nos produits. Curieusement, cela ne suscite de leur part qu’une réserve polie.

L’investissement, élément de demande ou d’offre ?

Le troisième moteur est plus intéressant : les investissements productifs des entreprises. On ne le met pas trop en avant ces temps-ci, car la formation brute de capital fixe des entreprises a reculé sans interruption pendant 21 mois ; ce n’est qu’en fin d’année qu’elle se redresse, avec une hausse de 0,9% au 4° trimestre. Mais c’est très provisoire et cela s’explique par la nécessité de remplacer un matériel devenu obsolète, après des mois de recul des investissements. En outre, nos keynésiens de service sont un peu désemparés car la vulgate keynésienne leur a appris que pour relancer les investissements, il fallait baisser le taux d’intérêt ; mais comme on est presque à zéro et que jamais les taux n’ont été aussi bas, on voit que le succès n’est pas au rendez-vous !

En réalité, l’investissement joue bien un rôle, mais pas celui qu’on croit. Pour les tenants de la demande globale, il est un des moteurs de la croissance, étant un élément de la demande. Cela n’a pas plus de sens que pour la consommation. En revanche, l’investissement productif est un élément déterminant de l’offre : la possibilité d’accroître demain la production : une entreprise qui n’investit pas décline ; une entreprise qui investit créera de l’activité et de l’emploi.

Macro ou micro ?

Cette notion de moteurs de la croissance relève de l’a priori selon lequel la demande mène l’offre, ce qui permet aux pouvoirs publics de se donner le rôle de sauveur, négligeant le fait que c’est l’offre qui crée sa propre demande. Mais sa faiblesse vient surtout de son caractère macro-économique : l’économie vue d’en haut, reposant sur quelques variables macro, que le politique peut manipuler. La complexité de l’économie en est oubliée : ce n’est pas l’État qui créé de l’activité, mais les millions de décisions décentralisées des agents économiques, à commencer par les entrepreneurs. La création de richesses n’est autre que la satisfaction des besoins de la communauté et c’est la production et elle seule qui est source de pouvoir d’achat, parce qu’elle se fait en rémunérant ceux qui y participent.

Il y a des millions de moteurs : chacun de nous peut être un moteur de croissance, si on le laisse libre de ses choix, responsable de ses décisions et cela sans lui confisquer ce qu’il a légitimement gagné. Seule la liberté peut permettre aux moteurs de se révéler.


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  • « c’est la production et elle seule qui est source de pouvoir d’achat » : oui, mais à condition qu’elle soit jugée utile par autrui, donc à condition qu’elle fasse l’objet d’un échange volontaire. Parce qu’elle fait l’objet d’un échange contraint, la production publique ou nationalisée ne crée aucune richesse supplémentaire mais représente un simple déplacement de richesses déjà créées par ailleurs. Il n’y a pas de plus-value dans les secteurs nationalisés parce qu’il n’y a pas d’échange volontaire. Seule la production privée crée des richesses.

    L’URSS s’est effondrée parce que, en ayant nationalisé plus de 80% de sa production, elle ne produisait plus de richesses et a survécu le temps d’épuiser son capital. La France d’aujourd’hui, parce qu’elle a nationalisé 57% de son PIB, s’est condamnée à la stagnation/récession perpétuelle.

    Faire reculer la part de la collectivisation dans l’économie est la condition impérative du retour de la croissance en France.

    • l’URSS comme tous les les pays ex-communiste avaient nationalisé 100% de leur production.
      Il subsistait en Hongrie ou Tchechoslovaquie quelques bribes de secteur privé, mais pas plus de quelques %
      Bien entendu si la France revient de 57% du PIB vers 25-30% du PIB pour le secteur public (sic , ce n’est par pour le publique) c’est sa seule chance de s’en sortir. Mais, a part une secousse majeure, je ne la vois pas en prendre le chemin. Si , peut-être les taux a 7-8% mais même dans cette situation ils vont augmenter les impôts , diminuer les retraites du privé, que sais-je , n’importe quoi sauf diminuer l’état.

      • à 30 % de PIB, on serait encore en économie de type socialiste.

      • Malgré l’abolition officielle de la propriété privée, l’URSS avait conservé une part de secteur privée sous la dénomination de propriété personnelle.

        Quoi qu’il en soit, il est important de garder à l’esprit que nous ne sommes pas condamnés à végéter ou à subir la récession, au prétexte que notre économie serait mature. C’est la socialisation de l’économie qui nous place dans cette situation. L’abolition de la SS, des retraites par répartition et le recul des dépenses étatiques nationales ou locales sont impératives pour retrouver de la prospérité.

        Le socialisme n’est pas inéluctable. Il devra être interdit, tôt ou tard.

  • Libérez le gaz de schiste, vous verrez aussitôt l’action de Valourec bondir.

  • L’équation du PIB = C+I+X utilisée dans l’article est fausse . Il faut en effet rajouter les dépenses de l’Etat et retrancher les importations. Pas sérieux.

    • Et quid des biens et services fournis par les administrations ? On estime leur valeur d’après leur coût, donc toute hausse des salaires des fonctionnaires accroît le PIB !

      pourtant, il le dit bien!

    • commentaire encore moins sérieux : les dépenses de l’état sont inclus dans C ou I selon leur nature, et le X est le solde d’import-export

    • Les équation à bases d’agrégats sont toutes « fausses » par définition, et « vraies » par construction.
      Elles supposent une économie d’agents représentatifs indépendants et sans histoire ni mémoire, dans un monde fermé. Donc elles sont fausses. Elles sont construites dans ce cadre de façon à mettre plein de trucs dans des grands panier, donc toujours vraies pourvu qu’on mette « ce qu’il faut » dans les paniers. Ici la consommation pourrait intégrer celle de l’Etat, idem pour investissements et le X des exportations doit être net, donc intégrer les importation.C’est donc juste.
      Faux, mais juste. Tentant pour les pingouins à roulette qui nous « dirigent » puisque ça donne des beaux leviers bien propres et ça justifie leur pouvoir. Mais faux parce que ça nie les individus, leurs capacité à s’ajuster, à anticiper, à modifier leurs comportements/décisions/travail qui sont pourtant les seuls vrais « moteurs » de l’économie.

  • au lieu de vous demander ce que le gouvernement peut faire pour la croissance, demandez vous:
    1 ce que le gouvernement ne devrait pas faire ou ce qu’il devrait arrêter de faire pour ne pas entraver la croissance
    2 ce que vous pouvez faire pour la croissance et votre pouvoir d’achat

    évidemment cette question n’a pas de sens pour les fonctionnaires …..

  • Je suis un peu déçu par cet article. Plus simplement :
    C + I + X = PIB de la même façon que
    poids de l’avion + frottement de l’air = force de traction du moteur de l’avion (*)
    Voir la consommation comme un moteur est aussi con que voir la masse des passager comme moteur de l’avion …

    (*) pour les puristes mécaniciens : je mets de coté accélération, variation de masse etc.

    • Ici on ne devrait pas parler d’économie, mais de novlangue.

      La croissance du PIB, pour l’état, c’est la croissance de la « masse imposable ». Ce n’est, ni le même point de vue, ni le même langage, que celui fait profession de comprendre l’économie.

    • Quand je me suis mis à mon compte, il y a une quinzaine d’années, je me suis vite rendu compte que pour remédier à une surimposition de mes Revenus il me fallait réduire mon Bénéfice Industriel & Commercial (BIC). Sauf à travailler moins (pour gagner moins) je devais multiplier les immobilisations financières : j’étais condamné à utiliser une voiture de moins de quatre ans, changer d’ordinateur tous les trois ans, investir dans du matériel neuf pas forcément plus performant, et t’essaieras, et t’essaieras. Tout ça est encouragé dans le but de faire monter artificiellement (ou à tout le moins, plus que nécessaire) la mayonnaise du PIB qui permet (encore) de s’endetter un peu plus sur les marchés phynanciers.
      Et Merdre !

    • Sans être puriste, l analogie est très moyenne. Le PIB en lui même est un indicateur qui n a pas grand sens. La preuve, c est qui il est virtuellement inutile si on dispose pas d un indicateur de « prix a la consommation » souvent construit au forceps avec des « paniers » de reference fixés par des fonctionnaires on ne sait comment …

      Le PIB c est plus l équivalent d un compte tour sur une bagnole. C est loin d être suffisant pour connaitre la vitesse de la voiture, et quand bien même, ça n indique rien sur sa trajectoire. Et chaque fois au on appuie sur l accélérateur, on consomme du capital. Plus ou moins suivant la performance du moteur, le régime, et les conditions de circulation. Et vouloir a tout prix monter dans les tours n a aucun sens.

      • Je souscris à l’idée que le PIB n’a pas grand sens (spécialement dans un pays comme la France dont plus du quart du PIB est calculé « par convention » ), mais ma remarque est tout à fait indépendante de la validité de cet indicateur. Elle vise juste à rappeler que la consommation a sur la croissance (que vous la mesuriez par le PIB ou n’importe quoi d’autre) le même effet que le poids des passagers a sur le vol d’un avion : un effet négatif, et ce, même si la performance de l’avion est mesurée à la quantité de passager qu’il emmène.

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