Immigration (4) : craintes nativistes

Chibani - Immigré âgé - Crédit photo : Serge Kik via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Contrairement aux fausses croyances populaires qui jouent tellement dans les politiques de nos États, l’immigration n’est pas une menace sérieuse pour la culture, l’économie ou la sécurité du pays d’accueil.

Par Francisco Moreno

« En France, il y a trop d’étrangers. » Nicolas Sarkozy (lui-même fils de parents immigrés)

« Les États-Unis ont déjà trop de philosophes français. » John Adams (d’ascendance anglaise)

« Les États-Unis ont déjà ressenti les inconvénients d’incorporer une grande quantité d’étrangers… » Alexandre Hamilton (lui-même un immigrant arrivé aux États-Unis depuis les Caraïbes et fils de française et d’écossais)

« Les pays du sud de l’Europe sont en train de se débarrasser de leurs plus sordides et infortunés éléments de leur population. » Woodrow Wilson (d’ascendance irlandaise et écossaise)

« La Hollande est pleine. » Pim Fortuyn

« Il n’y a aucun sens à chercher des maçons à Rabat alors que ceux d’ici sont au chômage. » Celestino Corbacho (Estrémègne dont les parents émigrèrent à Barcelone)

« Les États-Unis continueront-ils d’être un pays avec une langue nationale unique et un centre de culture anglo-protestant ? » Samuel P. Huntington

« Nous devons admettre que c’est un des piliers de la politique extérieure du Mexique que d’exporter illégalement chaque année un million de ses compatriotes vers les États-Unis pour éviter les nécessaires réformes à domicile et influencer la politique interne américain. » Victor Davis Hanson (auteur de Mexifornia: A State of Becoming et d’ascendance suédoise)

Chibani - Immigré âgé - Serge Kik (CC BY-NC-ND 2.0)
Chibani – Immigré âgé – Crédit photo : Serge Kik via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Les nativistes sont ceux qui ont en horreur que leur nation devienne autre chose que ce qu’ils ont connu depuis leur enfance. Ils ressentent comme une véritable menace l’arrivée d’étrangers éloignés de leur langue, de leurs coutumes et de leur culture. N’importe quelle quantité de ceux-ci est toujours de trop selon leur perception personnelle. Ils sont d’habitude favorables au protectionnisme commercial pour protéger leurs produits nationaux même s’il faut payer plus pour ceux-ci. Ils sont rétifs aux changements en général et au dynamisme du marché en particulier. Leur opposition à l’immigration est plus intuitive que rationnelle.

La défiance à l’encontre de l’étranger à la tribu est un sentiment très ancré dans tous les groupes humains. Cette crainte s’est graduellement tempérée au fur et à mesure du développement des sociétés modernes mais on est encore très loin de l’avoir surmontée. Bien que je préfère me focaliser sur les inquiétudes collectives des pays plus développés d’Occident, ils sont loin d’être les seuls à en souffrir car celles-ci sont universelles. Ainsi, nous pouvons observer les réticences avec lesquelles les Mexicains voient les Guatémaltèques ou des personnes d’Amérique centrale traverser leurs frontières, de même pour les Dominicains à l’égard des Haïtiens, les Japonais envers les originaires de la péninsule de Corée, les habitants des pays du Maghreb face à la population noire ou les Africains envers les Indo-Pakistanais qui s’installent sur leurs territoires.

Ainsi, on expliquera que les politiques migratoires de chaque pays sont influencées par les sentiments dominants des nativistes. Elles restreignent l’entrée d’immigrants dans une plus ou moins grande mesure. Elles combattent des problèmes imaginaires, gaspillant dans le même temps la rareté du capital humain et empêchent la prospérité de millions d’individus en ne permettant pas la libre mobilité de leur travail.

Voyons quelles sont les craintes les plus répandues chez ces nativistes désinformés.

1. Une prévisible invasion d’immigrants

La préoccupation commune est que si l’on flexibilise l’entrée des immigrants, ce sera comme ouvrir les vannes d’un barrage et qu’un raz-de-marée envahira le sol national, « inondant » tout et rendant impossible leur intégration dans la société.

Bien que l’immigration se produise fondamentalement à cause d’importantes différences salariales entre deux zones géographiques, les démographes reconnaissent que les flux atteignent toujours un point d’inflexion bien avant que les salaires ne s’égalisent ; ce qui est connu comme « la cime de l’immigration », moment où les pressions migratoires commencent à diminuer. S’il entre suffisamment d’immigrants et que ceux-ci commencent à envoyer à leur famille restée à l’étranger de l’aide directe sous forme de transferts récurrents de fonds, il arrive un moment où la pauvreté extrême est atténuée dans le pays d’origine, ce qui tempère les besoins d’émigrer. En ce sens, l’expérience de Porto Rico est révélatrice : dans les années 50, il semblait que les États-Unis allaient être inondés de Porto-Ricains (spécialement à New York), leur entrée étant totalement libre. Au début de 1961, toutefois, alors que le revenu par habitant à Porto Rico n’atteignait que les 35% du reste des États-Unis, la migration nette s’était maintenue à zéro, niveau qu’elle a conservé depuis.

Les démographes savent également que les plus pauvres des déshérités ne migrent pas vers d’autres pays mais le font en interne dans leur propre pays – normalement de la campagne vers la ville – en plus du fait qu’ils ont des difficultés à affronter un tel déplacement, même à l’intérieur de leurs frontières. Les liens familiaux ou de voisinage, la barrière de la langue, l’absence d’épargne, la préférence au travail, les défis des dures conditions de vie auxquels les immigrés doivent faire face comptent pour beaucoup au moment de faire le premier pas. Ce sont seulement les plus audacieux qui choisissent d’émigrer. Tout le monde n’a pas la force et les moyens minimaux pour le faire. Il ne faut pas oublier que le volume des émigrants ne représente en général qu’un petit pourcentage de l’ensemble de la population.

De même, si l’on permet de migrer facilement de manière légale vers les pays développés, il se produit un phénomène connu sous le nom de « modèle de migration circulaire ». Si les immigrants savent qu’ils pourront abandonner le pays riche avec l’assurance de pouvoir revenir à n’importe quel moment si la nécessité se fait à nouveau sentir, le plus probable est que beaucoup opteront pour un retour volontaire dans leurs familles et communautés une fois accomplis leurs objectifs sur le marché du travail qui les avait attirés au départ. De cette manière, ils seront également moins enclins à faire venir leurs familles dans le pays d’accueil puisqu’ils pourront leur rendre visite plus fréquemment. Ce faisant, les résidences temporaires seront réellement temporaires, les flux migratoires se normaliseront et ne seront pas dénaturés comme actuellement par une législation inflexible. Les hauts taux de retour des Mexicains des États-Unis avant la décennie 1970, quand le régime migratoire était moins exigeant que l’actuel, confirment ce phénomène social. De leur côté, jusqu’à ce que la loi sur les étrangers s’impose, les travailleurs marocains qui travaillaient comme journaliers dans les champs venaient et repartaient de manière régulière. Plus récemment, l’expérience du Royaume-Uni de 2004, quand il a totalement ouvert ses frontières aux nationaux des pays de l’Est nouvellement incorporés dans l’Union européenne, a également démontré l’existence d’une immigration temporaire normalisée : on leur permettait de transiter librement dans les deux sens, de la même manière que dans le reste des pays qui forment l’espace Schengen.

Aujourd’hui, nous sommes habitués à associer indéfectiblement immigration et regroupement familial alors que dans le passé il s’agissait précisément d’une exception. Les peureux nativistes devraient comprendre que la majorité des immigrants ne veulent pas abandonner leur pays pour toujours ; en général, ils veulent travailler à l’extérieur de manière temporaire pour revenir dans leur pays d’origine après un certain temps si les choses ont bien tourné et s’ils ont épargné, en vue d’acheter une maison, ouvrir un commerce ou prendre leur retraite au sein des leurs.

Il est aussi à remarquer que les taux de fertilité des pays en voie de développement évoluent avec les années s’il se produit une certaine croissance économique. Par exemple, au Mexique, on est descendu de 6,8 enfants en 1970 à 3,4 en 1990 et à 2,2 en 2001. Par voie de conséquence, les pressions migratoires vers les États-Unis sont plus modérées (sans besoin de « militariser » les barrières aux frontières).

Il y a enfin l’auto-régulation du marché international du travail. Les flux migratoires fluctuent naturellement selon les conditions économiques sous-jacentes : quand il existe une forte demande de travail, l’offre de travailleurs immigrants tend à croître pour la satisfaire et vice-versa, en période de ralentissement ou de récession économiques, le flux net d’immigrants baisse dans la même proportion. Les récessions de 2001 et de 2007 ont vu descendre l’arrivée d’immigrants aux États-Unis. La récession actuelle en Espagne s’accompagne aussi d’une diminution des entrées d’immigrants, qui étaient constantes durant deux décennies (en outre, la sortie d’émigrants – nationalisés pour la plupart d’entre eux – vers d’autres pays avec de plus grandes opportunités a augmenté ces dernières années en plus grande proportion que l’entrée de nouveaux immigrants). L’« avalanche » est plus une peur irrationnelle qu’une réalité.

2. Les immigrés volent nos emplois

C’est une autre des inquiétudes imaginaires des nativistes. Avant toute chose, il faut rappeler qu’il n’existe pas un droit au travail au profit des nationaux ; cela reviendrait à reconnaître que l’usage de la violence serait légitime pour défendre ledit droit s’il se voit violé. Penser qu’il existe un nombre limité de postes de travail qui puissent être occupés et qu’ils sont, par ailleurs, réservés exclusivement aux nationaux est faux et révèle une mentalité collectiviste et une formation anti-économique de dimension cathédrale.

Mais il se trouve que les économistes sont pratiquement unanimes pour reconnaître que l’immigration augmente la richesse du pays d’accueil. Contrairement à ce que la vulgate populiste pense et dénonce, l’immigration est bonne pour l’économie. Elle ne réduit en rien le nombre d’emplois parce que les immigrants produisent aussi bien qu’ils consomment, acquièrent des biens en même temps qu’ils les vendent, ce qui fait que le nombre d’emplois et d’entreprises s’étend au fur et à mesure que croît le nombre de travailleurs et d’entrepreneurs. Augmenter la complexité et la taille de la force totale du travail permet une plus grande spécialisation et efficacité de l’économie dans son ensemble. Plutôt que de voler des postes de travail, ce que les immigrants font est d’agrandir la taille du marché du travail en comblant des trous dans les emplois quand auparavant l’offre de travail était insuffisante.

Il n’existe donc aucune preuve pour conclure que l’immigration serait en relation avec les taux de chômage ; au contraire, les données indiquent en réalité tout le contraire : là où les taux d’emploi sont les plus hauts, on trouve une plus grande présence d’immigrants (et vice-versa). Depuis les années 50, la force de travail a plus que doublé en Occident, mais les taux de chômage à long terme sont restés stables. De même manière, quand les femmes sont entrées sur le marché du travail après la Seconde Guerre mondiale, elles n’ont pas pris le travail aux hommes, pas plus que ne le font les immigrés.

Comme le rappellent beaucoup d’économistes, non seulement les immigrés font le travail que les autochtones ne veulent pas faire mais ils font aussi des travaux qui n’existeraient pas s’ils n’étaient pas là pour le faire. Disons-le une fois pour toute : le chômage n’a rien à voir avec l’immigration mais avec le manque de flexibilité ou les nombreuses entraves et corsets légaux dans le marché du travail.

3. Les immigrés contribuent à la baisse des salaires des nationaux

C’est une peur qui vient de loin. L’économiste Thomas Leonard a étudié comment aux États-Unis les économistes de l’Ère progressiste appuyaient les restrictions à l’immigration et le salaire minimum parce qu’ils voulaient fermer l’accès au marché du travail aux dénommées « races de bas salaires ». On sait que l’arrivée de travailleurs immigrés est composée par des personnes de tous types, qualifiées et non qualifiées. Ce dernier groupe est le plus nombreux mais il remplit une fonction essentielle : il satisfait de manière adéquate les besoins existant dans la société d’accueil. Ils acceptent des emplois que beaucoup de nationaux ne veulent pas, permettant aux natifs de grimper l’échelle sociale et d’avoir de meilleurs salaires dans l’ensemble. Les capacités des immigrés complètent souvent celles des natifs du pays amphitryon ; quand ils travaillent ensemble, ils produisent plus et ont des salaires plus élevés que s’ils le faisaient dans des pays distincts.

Comme si cela ne suffisait pas, l’arrivée d’immigrés à bas salaires bénéficie également à tous les consommateurs en général (qui peuvent disposer de davantage de biens et de services pour moins d’argent) et aux entrepreneurs en particulier qui peuvent faire de plus grandes économies en coûts et étendre leur production. D’un autre côté, il est important de rappeler à ceux qui sont préoccupés par la baisse des salaires que si l’employeur national perçoit que l’offre d’emploi est insuffisante ou que les salaires se situent de manière artificielle au-dessus du marché, il finira par ne plus engager et par délocaliser sa production dans un autre pays. Aujourd’hui grâce à la mondialisation, les agents économiques ne sont plus du bétail à l’intérieur d’une ferme clôturée.

Il est vrai qu’une petite portion des travailleurs nationaux – les moins formés – pourrait se voir affectée par la concurrence des travailleurs immigrés, mais cela n’est pas significatif car les immigrés sont déjà en concurrence pour ces mêmes emplois que la grande majorité des natifs ne réclament pas. Tout nativiste non économiste devrait comprendre que l’immigration ne divise pas une quantité fixe de richesse (comme si cette dernière était statique et devait être répartie par quelque savant/arrogant planificateur) mais qu’elle augmente de façon dynamique le bien-être et les opportunités de travail pour tous.

4. Les immigrés abusent des prestations sociales et y contribuent peu

C’est une inquiétude récurrente des nativistes. Contrairement à ce que l’on pense, les immigrés sont fondamentalement attirés par les marchés du travail, non par les prestations sociales. Il nous suffit d’observer que la plus grande migration de l’histoire, celle qui a débarqué aux États-Unis de 1840 à 1920 et qui, parmi beaucoup d’autres facteurs, a été à la base de la transformation d’une société arriérée et provinciale après la guerre civile en une nation industrielle moderne a eu lieu sans l’existence d’un quelconque aimant d’aides ou de programmes publics. Les facteurs incitatifs étaient (et sont) autres, à savoir, les énormes différences salariales d’un pays à l’autre. De surcroît, les immigrés utilisent également les services sociaux comme n’importe quel autre travailleur. Mais le fait est que, par ailleurs, de nombreuses études indiquent qu’ils sont contributeurs nets aux caisses de l’État et, pris dans leur ensemble, ils utilisent bien moins les aides sociales que la moyenne des propres nationaux qui, au contraire, tendant à abuser dans certains cas. L’un des travaux les plus importants sur ce sujet est celui qu’a publié Julian Simon en 1989 sous le titre The Economic Consequences of Immigration into the United States dans lequel il était clairement établi que les immigrés apportaient tout au long de leur vie professionnelle de substantielles contributions économiques nettes aux États-Unis.

Des économistes favorables au libre marché cèdent aussi malheureusement à cette peur nativiste face à l’existence de l’État-providence. Interrogé au sujet de l’immigration, Milton Friedman a déclaré que c’est « quelque chose de bon pour les états-Unis… pour autant qu’elle reste illégale » ; c’est-à-dire tant qu’elle n’a pas accès aux programmes de prestations sociales. À la fin de sa vie, Rothbard a également reconsidéré sa position à l’égard des frontières ouvertes par crainte que cela ne fasse exploser les dépenses d’assistance. Récemment, la Heritage Foundation s’est prononcée elle-même contre une amnistie migratoire et a écrit que cela supposerait un coût de 6,3 milliards de dollars au Trésor des États-Unis, en ignorant les effets de la croissance économique et les nouvelles recettes fiscales qu’entraînerait cette mesure.

Les immigrés arrivés de fraîche date sont en général des personnes jeunes, en bonne santé et au début de leur parcours professionnel, motif pour lequel il n’ont pas besoin d’assistance ou de soins médicaux comme c’est le cas pour une bonne partie de la population vieillissante des sociétés développées. Les immigrés sont également absolument nécessaires pour soutenir le système de répartition des pensions publiques puisque les taux de natalité sont très bas dans les sociétés d’accueil. En définitive, un nativiste qui serait également un défenseur de l’actuel État-providence devrait mettre en sourdine ses reproches envers les immigrants et les remercier au contraire de venir dans leur pays pour y travailler et participer ainsi au maintien de l’appareil public d’assistance. Il est certain que l’augmentation des dépenses des États-providence dans les démocraties industrielles s’est déchaînée ces dernières décennies et que cela remet en cause leur viabilité, mais c’est un problème inhérent aux facteurs incitatifs pervers du système d’assistance lui-même, l’immigration n’étant pas à l’origine du problème.

5. Les immigrés ne peuvent s’assimiler culturellement à la société d’accueil

C’est une des plus grandes préoccupations des nativistes même si les faits historiques montrent qu’à chaque fois une telle peur est infondée. Il n’y a aucune raison pour que les immigrés soient supposés représenter un danger culturel pour la société d’accueil. Quand on se réfère à eux, beaucoup d’entre nous tiennent pour acquis, de manière irrationnelle, qu’ils resteront toujours comme ils sont, comme si on congelait leur statut de nouvel arrivant pour toujours, sans changer, sans progresser économiquement ni socialement et sans jamais s’assimiler. C’est ce que le démographe Dowell Myers qualifie de manière pertinente de « mensonge de Peter Pan » dans son livre Immigrants and Boomers. Bien évidemment, la réalité n’est pas immuable.

De manière générale, on observe un schéma assez répandu chez tous les immigrés : l’acculturation ou l’assimilation peut être faible ou nulle la première génération, assez prononcée pour la seconde et presque complète à la troisième.

L’Allemagne, l’Autriche, la France, la Belgique ou même l’Espagne sont des exemples de pays qui doivent leur actuelle population à de gigantesques mouvements migratoires tout au long de leur histoire millénaire. C’est pure rêverie qu’un peuple européen se définisse comme population homogène.

new-york-city-immigration (domain public)

Les États-Unis ont été le pays qui a le plus reçu de vagues d’immigrants tout au long de l’histoire récente. De fait, il est peuplé entièrement par ceux-ci. Au 19e siècle, nous rappelle opportunément Jason Riley, les immigrés irlandais doublaient les taux actuels de l’immigration aux États-Unis. C’étaient des gens déguenillés qui avaient dû fuir les effrayantes famines qui désolaient leur pays au milieu du siècle. Ils s’agglutinaient dans leurs propres ghettos où le crime, la violence et les maladies étaient monnaie courante. La majorité était analphabète et ne parlait pas anglais. Ils travaillaient dans les emplois les plus humbles qui ne requéraient pas de qualification. Ils étaient stigmatisés comme paresseux, buveurs et bagarreurs. Leur assimilation semblait en vérité impossible. Beaucoup de nativistes d’alors proposaient de les renvoyer par bateaux dans leurs lieux d’origine parce qu’ils allaient détruire la culture et les coutumes américaines. Toutes ces jérémiades étaient plus qu’erronées. En quelques générations, il se sont parfaitement intégrés à la société américaine. Avec le temps sont sortis de leurs rangs des renommés avocats, médecins, ingénieurs, peintres, écrivains et cinéastes. Ils ont également fourni des dirigeants politiques, civils et d’entreprises, y compris Henry Ford.

Le même phénomène s’est produit entre la fin du 19e siècle et la première moitié du 20e avec l’arrivée d’Allemands, de Hongrois, de Russes, d’Italiens, de Grecs ou d’Asiatiques dans les terres américaines. Le passage du temps a démontré leur intégration plus qu’acceptable à la culture américaine. Un cas récent est la stupéfiante intégration des Vietnamiens dans la société américaine dans un laps de temps relativement court. Selon les nativistes actuels aux États-Unis, les inassimilables d’aujourd’hui seraient les latinos, les Mexicains en particulier, comme l’indiquent des universitaires célèbres comme Samuel Huntington ou Víctor Davis Hanson. Il est incroyable que des personnes relativement informées et ayant une certaine perspective historique puissent prendre au sérieux ces angoisses et craintes nativistes. C’est comme si elles étaient victimes d’une attaque d’amnésie collective.

6. Les immigrés représentent une menace pour la sécurité de la société d’accueil

Cette inquiétude récurrente des infatigables nativistes démontre, une fois de plus, une mentalité collectiviste en traitant les immigrés comme un collectif, non comme des individus avec un libre arbitre autonome. Une inquiétude fausse en plus, car les chiffres indiquent une autre réalité : les taux de criminalité des immigrés ne sont pas supérieurs à ceux des natifs. De fait, légaliser le plus possible et flexibiliser beaucoup plus le mouvement d’entrée des immigrants mettrait fin à l’immigration illégale et aux mafias qui en tirent profit. Cela améliorerait notre sécurité en faisant resurgir le marché du travail souterrain, en motivant les travailleurs légaux à, entre autres choses, investir dans leur formation, payer des impôts, respecter la loi, collaborer de manière plus étroite avec la police et même s’engager dans l’armée du pays d’accueil comme c’est déjà actuellement le cas avec nombre d’immigrés légaux. De cette façon, cela permettrait de libérer les nombreuses ressources dédiées au contrôle anti-immigration pour vraiment les consacrer à la nécessaire sécurité des frontières et aux travaux du contre-terrorisme à l’intérieur pour éviter, dans la mesure du possible, des attentats terroristes ou les activités d’organisations criminelles.

Contrairement aux fausses croyances populaires qui jouent tellement dans les politiques de nos États, l’immigration n’est pas une menace sérieuse pour la culture, l’économie ou la sécurité du pays d’accueil.

(À suivre)


Traduit de l’espagnol.

Lire aussi : (1) Scénario théorique(2) La meilleure aide au développement(3) Cinq forces irrésistibles

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