Abracadabrantesque, l’art politique qui éveille au sommeil

Habitués à l’abracadabrantesque, nous sommes plongés dans une torpeur dont nous sortons parfois pour nous révolter, sans effet.

Les âneries politiques composant depuis des années notre quotidien médiatique, et leurs conséquences étant palpables au quotidien dans une économie morose approfondissant la crise d’une société à l’agonie, nous nous y sommes habitués.

Nous sommes habitués à la confusion permanente, le fouillis ministériel et les déclarations invraisemblables ; les hommes politiques ont inventé leur propre art : l’abracadabrantesque.

De façon surprenante, chaque nouvel ajout à l’empilement incohérent de mauvaises mesures ne provoque pas l’effondrement du tout. Il ajoute des complications de plus à des vies encombrées de superflu, des tracas administratifs supplémentaires à tout citoyen hors-la-loi ou dans-la-loi ; il empêche la création de nouveaux emplois, l’extension des possibilités de créer et consommer ; il réduit le pouvoir d’achat, augmente le temps nécessaire de travail pour nourrir une famille ; mais la vie suit son cours artificiellement sinueux, presque comme si de rien n’était.

Et nous ne nous en émouvons plus, parce qu’il serait bien difficile de savoir si la bêtise d’aujourd’hui est plus ou moins bête que celle d’hier. Nous constatons, impuissants, la nullité omniprésente chez les puissants. Nous sortons dans la rue parfois pour protester, sans effet, et crions notre indignation et nos questions, auxquelles aucune réponse n’est jamais apportée. Nous subissons.

Nous dormons, habitués à l’inquiétude qui nous envahit chaque fois qu’un ministre ouvre la bouche parce qu’il décrit mal un problème fictif et, surtout, propose d’y apporter une réponse de son crû. Nous rêvons à un monde meilleur qui se résume avant tout à être laissés tranquilles, et certains sont leurrés par la promesse d’une vie simplifiée par l’État. Nous faisons parfois des cauchemars, notamment celui de voir nos craintes d’un État obèse et trop gourmand se réaliser.

Nous nous endormons sur nos privations de liberté, n’ouvrons qu’un œil (et apparemment pas le bon) lors des scandales politiques multiples allant de l’achat de voix par des hommes politiques dont les organes de presse influents sont subventionnés aux coucheries présidentielles qui ne regarderaient que le président si sa concubine n’était pas assistée d’un staff aux frais du contribuable. Les malversations dans le cadre de contrats passés pour une taxe purement idéologique font à peine les gros titres, et les mêmes noms sans cesse évoqués n’en sont que rarement salis à jamais.

Et comment ne pas dormir si confortablement quand l’État décourage l’activité et encourage le manque de responsabilité, nous prend en charge du matin au soir de la vie, nous apprend à l’aimer à l’école et le servir ensuite, nous apprend qu’il faut voter pour renouveler les élus et pardonner leurs abus.

La démocratie, c’est l’alternance des affiches électorales qui cachent le mur.

Il faut accepter l’abus des élites, embrasser leurs frasques, aimer leurs compagnes tant qu’elles sont là et payer pour elles quand elles n’y sont plus.  Après tout, quelle alternative ? De notre torpeur, nous ne sortons que par sursauts, et sans effet. Nos révoltes, légitimes, ne trouvent que peu de moyens légaux pour apporter un réel changement.

Il faut accepter de réduire notre activité, pour réduire la part de notre production que l’État s’accapare ; quitter un pays qu’on aime, pour vivre dans un pays qui nous laisse vivre, et laisser derrière soi des proches ; lutter sans cesse contre la désinformation, la malinformation, et tirer soi-même ses propres analyses en débarrassant d’abord l’information qui nous est chaque jour servie de ce qui tient lieu, en France d’analyses journalistiques.

Il faut être citoyen, sans en avoir le choix, et accorder une caution démocratique, au racket de Google organisé par notre presse, et bientôt au racket de Netflix par le Cinéma Français. Le tout appuyé par des ministres, auxquels nous offrons par nos impôts moult avantages et une retraite dorée.

Il est parfois tentant de se plonger dans la torpeur ambiante, de renoncer à un combat déséquilibré, de refuser la guerre asymétrique qu’on nous oblige à mener. Mais ne rien faire contre ce qu’on juge mal est aussi coupable que ne pas faire le bien ; proposer un mode d’organisation qu’on sait plus juste et plus efficace n’a aucun intérêt si nous ne le voyons jamais appliqué.

L’avenir du pays et du monde sont entre nos mains. Nous pouvons changer le cours de l’histoire, nous devons le changer ; il ne faut pas baisser les bras. Luttons pied à pied, en apportant nos idées partout où elles ne sont pas encore, en luttant contre les mauvaises idées et les jugements préfabriqués et pré-mâchés partout où elles sont.

La liberté sera conquise autour d’une table, dans un café, sur les réseaux sociaux. Elle sera conquise dans les esprits qui auront compris la beauté des idées libérales, qui auront compris que la liberté permet à chacun d’exprimer son potentiel et son talent. Parlons de la liberté, faisons-la entrer dans le débat et y occuper la place qu’elle mérite : toute la place.