L’hypocrisie diplomatique des étatistes et des socialistes

Les peuples voulant s’affranchir des jougs du pouvoir dans leur propre pays deviennent les proies de querelles d’États en quête d’un statut international.

Par T. Matique

Les récents événements en Ukraine et certaines réactions de chefs d’État ne font que confirmer la propension des étatistes et des socialistes à vouloir s’emparer de toute expression de libertés individuelles pour mieux les figer à leurs propres intérêts.

Du Droit International à l’État gendarme de l’ordre international

Les pays étatistes et socialistes, en quête d’une puissance qu’ils ne parviennent pas à avoir au travers de la gouvernance de leur propre pays, se sont appropriés l’appréciation hors de leur territoire de la « menace terroriste », de la « cause humanitaire », et du « Droit de l’homme », au détriment du rôle et des fonctions qu’ils ont confié à l’ONU, et en viennent à interpréter le Droit International à leur convenance.

En 2003, sans mandat de l’ONU et en dépit d’une atteinte avérée du Droit International, les États-Unis sont intervenus en Irak au motif d’une « menace terroriste » et de « possession d’armes de destruction massive » dont tout le monde connaît maintenant l’absence de fondement. Pourtant, à présent, cela ne les empêchent pas d’affirmer que « la Russie a violé le droit international » et de préciser qu’ « il existe un consensus pour dire que la Russie a violé le droit international en Ukraine ».

La France s’était dispensée d’intervenir en Irak, mais n’a pas hésité à se servir des résolutions de l’ONU pour les interpréter à sa convenance. La première interprétation est celle de la résolution 2085 concernant le Mali : « Par sa résolution 2085 (2012), adoptée à l’unanimité de ses 15 membres, le Conseil de sécurité indique que la Mission Internationale de Soutien au Mali (MISMA) actuellement en gestation prendra toute mesure utile pour aider à reconstituer la capacité des Forces de défense et de sécurité maliennes et pour aider les autorités de Bamako à reprendre les zones du nord de son territoire… » Contrairement au mandat de l’ONU, la MISMA n’a pas eu le commandement de l’ensemble des opérations ; l’opération Serval n’est pas une intervention conçue, et sous commandement de la MISMA dirigée par un général français, mais bel et bien conçue par l’état major français et dirigée par un général français (le général Grégoire de Saint Quentin puis le général Marc Foucaud). Bien entendu, certains pourraient rétorquer que la MISMA n’étant pas opérationnelle dès le début, cette entorse au mandat de l’ONU pouvait se justifier. Mais à présent, la MISMA est en place et pourtant l’opération Serval est toujours sous commandement français de bout en bout avec une autonomie complète.

Cette interprétation française concerne aussi la République de Centre Afrique. La résolution 2127 de l’ONU est tout aussi claire sur le mandat délivré : « Autorise le déploiement de la MISCA pour une période initiale de 12 mois après l’adoption de la présente résolution, décision qui sera examinée six mois après l’adoption de la présente résolution… » et « Insiste pour que tous les nouveaux contingents africains soient pleinement intégrés dans les structures de commandement et de contrôle de la MISCA, et opèrent conformément au mandat donné à celle-ci au paragraphe 28 de la présente résolution… » Pourtant, là aussi la France s’accorde une autonomie d’intervention au travers de l’opération Sangaris conçue par l’état major français et dirigée par le général français Francisco Soriano.

Pour obtenir un consensus national, il aura simplement fallu à Hollande de s’en référer aux liens « d’amitié », de parler de « menace terroriste » (qui ne l’a pas empêché de procéder au retrait des troupes d’Afghanistan), de prétendre répondre favorablement à l’appel au secours du président du Mali, Dioncounda Traoré (président par intérim suite à un coup d’État), et d’affirmer que « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique. Ce temps-là est terminé. » Pourtant, lorsque Poutine obtient lui aussi le soutien national de la Russie, s’en réfère aux liens « d’amitié » avec l’Ukraine, et prétend avoir répondu à la demande d’aide de Viktor Ianoukovitch, élu par le peuple et destitué par le parlement de Kiev, puis souligne que « la seule chose que nous avons faite, c’est de renforcer la protection de nos bases militaires », là, Hollande, les socialistes, et bien des Français s’insurgent.

img contrepoints134 BHLLa particularité française est celle d’avoir, en plus, le Botulisme politique d’un BHL qui se rend à Kiev pour parler au nom des européens, usurpant la parole et la liberté de pensée de chaque européen : « Et si les européens n’avaient eu qu’une fraction du courage que vous avez eu, ici, sur le Maïdan… Vous n’avez pas peur et les européens auraient peur ? Vous vous êtes dressés devant Poutine, et nous nous coucherions devant Poutine ? Cela n’est pas concevable. » Il ne manque plus qu’un Zemmour à Sébastopol pour lui donner la réplique sur le droit de souveraineté des peuples et affubler l’Union européenne de tous les maux pour attiser davantage les divergences en Ukraine entre Kiev et la Crimée ! Il est « étrange » que BHL, en soi-disant défenseur de la liberté, soit muet comme une carpe sur toutes les infractions d’Israël aux résolutions de l’ONU, notamment rappelées dans les rapports de Richard Falk dont celui de 2013 qui fait état des entreprises compromises telles que Caterpillar, Veolia, Volvo, Riwal Holding, Hewlett Packard, Motorola Solutions Inc.,Cemex et Dexia, et qui précise : « Le Rapporteur spécial demande au Gouvernement israélien de s’abstenir d’implanter ses populations dans le territoire palestinien occupé, de commencer à démanteler ses colonies de peuplement et de réinstaller les citoyens israéliens dans leur propre territoire, à savoir du côté israélien de la Ligne verte, conformément au droit international, à de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale et à l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice au sujet du mur. »

Au fond, les peuples voulant s’affranchir des jougs du pouvoir dans leur propre pays deviennent non seulement les proies de querelles d’États en quête d’un statut international pouvant leur conférer une puissance qui leur permettrait d’imposer leur vision du monde, mais aussi les pions de personnes en quête d’un quelconque prestige à leur dépens.

De l’État gendarme au partage du monde

Toute revendication de liberté est légitime et lorsque celle-ci se heurte au pouvoir en place et aboutit à un conflit, il est convenu par de nombreux États d’un recours à l’ONU et/ou à la Cour de Justice Internationale. « L’ONU met en œuvre des moyens diplomatiques pour rétablir la paix en amenant les parties d’un conflit à s’entendre. » Or, l’ONU est reléguée à des fonctions subordonnées, quand elles ne sont pas carrément bafouées, par des États qui voudraient s’imposer comme gendarme de l’ordre international, et la Cour de Justice Internationale se transforme en un centre de collecte des certificats d’autopsie pour statuer.

La permissivité à l’interprétation du Droit international, l’omission d’accords bilatéraux en fonction des convenances et des engagements de certains dans les accords de Genève, ont permis à certains étatistes et socialistes d’avoir des perspectives de conquête du monde se supplantant au pouvoir en place sur le contrôle des libertés individuelles. Tout est bon pour prendre l’opinion publique à témoin et s’ériger en défenseur des droits de l’homme, de l’État de droit, de la souveraineté nationale, du droit ou non d’ingérence, mais au bout du compte la défense des libertés individuelles varie en fonction des intérêts de ces États interventionnistes et ces mêmes libertés individuelles finissent par être sacrifiées au profit de leurs propres intérêts étatistes ou socialistes.

La guerre en Irak a permis aux États-Unis d’accroître leur présence au Moyen-Orient et leur contrôle sur les gisements de pétrole en Irak qui détient 8,3% des réserves mondiales de pétrole. Le britannique Greg Muttitt résume dans son livre d’enquête Fuel on The Fire les coulisses des intérêts préservés.

Les interventions françaises au Mali et en République Centre Afrique ont permis de préserver les intérêts de certaines entreprises françaises dont une partie est regroupée au sein du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN). Le CIAN, organisation patronale qui a salué l’intervention militaire de la France, regroupe près de 300 entreprises dont entre autres, EDF, Bolloré, Total, Lafarge, la Compagnie fruitière, la BNP et la Société Générale, et « ses membres réalisent un chiffre d’affaires de 40 milliards d’euros, soit 75% de l’activité française en Afrique ». L’Afrique est l’une des principales réserves de ressources naturelles et minières de la France et la seule lui permettant d’aller à la pioche à moindre coût. Entre autres exemples, le Niger pays frontalier au Mali est l’un des principaux fournisseurs d’uranium d’AREVA. Tandis que les socialistes vident les poches des français, AREVA, dont l’État est le principal actionnaire avec 80% des parts, renégocie son contrat d’exploitation de l’uranium avec les autorités nigériennes qui en ont assez de voir qu’en tant que troisième producteur mondial d’uranium celui-ci ne représente que 5% de son PIB et que AREVA veuille se dispenser d’être en conformité avec leur loi minière de 2006 pour se soustraire à une taxation minière de 12% et bénéficier d’exonérations fiscales. Un exemple parmi tant d’autres du double langage de Hollande : « Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité » (12 octobre 2013).

Mais l’intervention militaire française est aussi le meilleur VRP de l’industrie de l’armement française et du groupe Dassault et peut avoir un autre impact : une dette politique envers la France qui freinerait les ambitions économiques de la Chine en Afrique. La Chine déploie la « diplomatie du cadeau » en Afrique, avec notamment en 2008 un prêt de 4,4 millions d’euros à la RCA pour la construction d’écoles et d’hôpitaux, et a obtenu divers accords jusque là réservés aux anciens colonisateurs : au Niger l’exploitation de la mine d’Azelik dans le nord et du pétrole à l’est, en République Centre Afrique exploitation du pétrole, etc. Près de 2000 entreprises chinoises interviennent en Afrique, les investissements chinois directs sur ce continent se sont élevés à près de 20 milliards de dollars en 2012 et les échanges extérieurs entre la Chine et l’Afrique ont représenté environ 200 milliards de dollars pour cette même période. De quoi faire réfléchir, voire même frémir, Hollande et Obama, entre autres, d’autant plus que la Chine refuse tout jugement et ingérence politiques envers les pays partenaires africains (évitant ainsi un effet boomerang), ne prend part à aucun conflit et se contente de faire du business.

Quant à l’Ukraine, quelle que soit l’appréciation de chacun envers Poutine et ses méthodes, il n’a pas caché son intention de protéger ses installations militaires. L’accord signé en 2010 par Dmitri Medvedev et Viktor Ianoukovitch, permet à la Russie de disposer d’une base militaire en Crimée jusqu’en 2042 avec une option pour cinq années supplémentaires et lui ouvre, implicitement, l’accès à la mer Noire et à la Méditerranée. Tout comme il n’a jamais caché les intérêts économiques qu’il compte préserver au Moyen-Orient, ni son refus d’une quelconque leçon de droit.

Ces quelques exemples sont autant de révélations sur l’hypocrisie des États « gendarme » qui au nom des droits de l’homme et de la liberté veulent tout simplement préserver leurs sources d’approvisionnement ou leurs marchés et imposer leurs propres règles hors de leur territoire. Mais comment pourrait-il en être autrement avec des étatistes et des socialistes bafouant déjà les libertés individuelles dans leur propre pays ? De plus, est-ce aux contribuables de payer la diplomatie guerrière de son pays dans le monde ? L’intervention au Mali coûte déjà environ 75 millions d’euros par mois aux Français. L’armée française ne mérite-t-elle pas mieux que de voir ses effectifs et ses moyens réduits pour se retrouver dans un bourbier en Afrique à chaperonner la liberté d’entreprendre de certains français ?

Du partage du monde à une nouvelle neutralisation des libertés

Les diverses aspirations à la liberté se heurtent à présent non seulement à la violence des dictatures mais de plus à celle des démocraties d’apparence et de surcroît aux ambitions des États « gendarme ». Même libérées d’un joug, ces aspirations sont recyclées par les soutiens extérieurs qui de médiateurs se transforment vite en négociateurs de leur liberté si chèrement acquise. Ainsi, ce ne sont pas les Maliens ou ceux de la République de Centre Afrique qui décident du mode de gouvernance, ce sont les pays tiers, dont la France, qui régentent l’élaboration de leur mode de gouvernance. Ce ne sont pas les Ukrainiens de Kiev et de Crimée qui décident de leur avenir respectif mais les États-Unis, la Russie, la France et quelques pays de l’Union européenne qui leur imposent leur propre vision de l’Ukraine, leur propre vision de la relation entre Kiev et la Crimée.

De l’indifférence à l’ingérence, il pourrait y avoir d’autres alternatives notamment celle d’accroître les moyens de l’ONU en la dotant d’instances indépendantes ayant un rôle neutre d’arbitre (dissocié du rôle de sanction soumis aux votes de ses pays membres) avec un recours facile et rapidement opérationnelles, d’avoir une réserve de casques bleus prêts à intervenir immédiatement afin de s’assurer du respect du Droit International et d’éviter toute agression, et le recours à la Cour de Justice Internationale pour toute exaction émanant d’un pouvoir quelconque (en place ou par intérim), afin de permettre à chacune des parties en présence et à chaque individu d’un pays de trouver par lui-même la meilleure issue pour lui-même. Aucun peuple, aucune personne, ne devrait avoir à subir la mainmise d’un État sur les libertés individuelles de chacun, et encore moins de plusieurs États à la fois, et seul l’ONU devrait être la garante de la paix dans des pays étatistes, socialistes ou sous dictature. C’est à chaque peuple et à chaque individu de décider de son propre avenir et non à des étatistes et des socialistes qui veulent modeler le monde selon leur propre vision alors que celle-ci ne contente même pas leurs propres citoyens. Il ne s’agit pas de s’en référer à une souveraineté nationale qui induit une représentativité du peuple, et donc d’une décision aux mains de quelques personnes, mais de permettre à toute personne d’être souveraine de ses choix dans son pays.

Références :