Afrique : Aller à l’école ne signifie pas apprentissage

Si de plus en plus d’enfants africains sont scolarisés, la mauvaise qualité des enseignements freine l’apprentissage.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
ednext20054_22a Ghana

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Afrique : Aller à l’école ne signifie pas apprentissage

Publié le 19 février 2014
- A +

Par Obadias Ndaba.
Un article de Libre Afrique.

ednext20054_22a Ghana

La seconde cible des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), approuvés en 2000 par les dirigeants mondiaux, et qui arrivera à échéance l’année prochaine, est de « faire en sorte que d’ici 2015, tous les enfants, garçons et filles puissent achever leur cycle complet d’enseignement primaire ». Alors, où nous en sommes aujourd’hui ?

Selon la propre évaluation de l’Organisation des Nations Unies : « de 2000 à 2011, le taux de scolarisation est passé de 83% à 90%, et le nombre d’enfants non scolarisés a chuté de près de la moitié de 102 millions en 2000 à 57 millions en 2011 ». Impressionnant ? Oui, les chiffres sont impressionnants, mais l’éducation ne l’est pas.

Bien évidemment, l’éducation – qui doit aboutir à la formation et l’acquisition de compétences pour qu’un individu soit utile à sa société – est peut-être l’ingrédient le plus important pour le développement économique. Dans les économies du savoir d’aujourd’hui, le progrès économique dépend essentiellement du capital humain, de la créativité, et des nouvelles industries qu’ils créent. Depuis 2000, les pays pauvres ont travaillé dur pour atteindre les OMD, et nombreux sont ceux qui ont proclamé un accès universel à l’éducation primaire pour tous les enfants en âge de scolarisation. Comme le révèle l’évaluation de l’ONU, il y a quelques « chiffres impressionnants » pour le corroborer, notamment l’augmentation du nombre d’enfants scolarisés. Mais ces « chiffres » certes impressionnants concernent uniquement la quantité. Peu sinon rien n’a été fait pour améliorer la qualité de l’éducation. Cela met en péril toute la success story de « l’accès à l’éducation ».

Un nouveau rapport de l’UNESCO met en lumière « une crise globale de l’apprentissage ». Un jeune sur quatre, révèle le rapport, est incapable de lire une phrase et même 250 millions d’enfants allant à l’école n’apprennent pas les bases en lecture et en mathématiques, alors même que la moitié d’entre eux a déjà été scolarisée quatre années. En Afrique sub-saharienne, note le rapport, parmi les plus pauvres, seulement un enfant sur cinq atteint la fin du cycle primaire en ayant appris les rudiments de la lecture et des mathématiques.

Cette pandémie de l’éducation de médiocre qualité, a coûté, selon les estimations du rapport, 129 milliards de dollars aux gouvernements. En d’autres termes, un grand nombre d’investissements dans « l’éducation primaire pour tous » n’a pas été productif et a même été contreproductif, coûtant des milliards de dollars sans retour apparent.

« L’accès n’est pas le seul problème – la mauvaise qualité freine l’apprentissage, même pour ceux qui vont à l’école », indique la préface du rapport. Même si les pays font toujours face à une crise de l’accès à l’éducation, les enfants scolarisés n’apprennent pas beaucoup. Il ne reste désormais que 17 millions d’enfants non scolarisés sur le continent Africain ce qui représente 22% de toute la population en âge de scolarisation au primaire.

Alors que l’éducation est certainement primordiale pour le succès économique d’un pays, il faut retenir un élément important : les objectifs ou les chiffres aussi impressionnants soient-ils peuvent être de piètre valeur. La valeur de l’éducation ne réside ni dans le taux de scolarisation, ni dans le nombre d’inscrits, mais plutôt dans ce que les élèves apprennent et comment ils utilisent ensuite ces connaissances. Il n’y a aucun intérêt à se focaliser sur la seule augmentation du nombre d’inscrits.

À l’origine de cette crise, se trouvent des échecs dans deux domaines stratégiques qui conditionnent la qualité de l’éducation : les enseignants et les infrastructures.

Primo, les nouveaux flux d’élèves dans les écoles n’ont pas été anticipés. Le nombre de classe est resté inchangé et il n’y a eu aucun investissement dans la modernisation des équipements. Au contraire, les élèves ont « inondé » les écoles existantes, ce qui a rendu toute éducation de qualité presque impossible. Le rapport note que « en Afrique subsaharienne, le recrutement des enseignants n’a pas été proportionnel au nombre d’inscrits. Ainsi, le taux a stagné et est désormais parmi les plus élevés dans le monde aux niveaux pré-primaire et primaire. Sur les 162 pays disposant de données en 2011, 26 avaient un ratio (élève/enseignant) dans l’enseignement primaire supérieur à 1 enseignant pour 40 élèves, dont 23 se trouvent en Afrique sub-saharienne ». Dans certains pays comme le Malawi, les classes sont surchargées à hauteur de 130 élèves par classe. La Tanzanie par exemple, selon les estimations de la Banque Mondiale, a déjà atteint la deuxième cible des OMD. Mais, le rapport note que seulement 3,5% des étudiants tanzaniens avaient « l’usage exclusif d’un manuel de lecture ». Au Tchad, seul un quart des écoles dispose de toilettes.

Secundo, une éducation de qualité ne peut émerger qu’avec des enseignants de qualité. Cela signifie que les enseignants, sans une formation de qualité, un meilleur salaire et une connaissance des bases de la technologie moderne, seront incapables d’améliorer la qualité de l’éducation et de former la prochaine génération d’innovateurs. Le rapport estime qu’il y a un besoin urgent de recruter 5,2 millions d’enseignants supplémentaires « bien formés » pour l’année prochaine, si l’on veut inverser la tendance. La plupart des enseignants qui ont été recrutés dans le passé étaient « sans formation ». Les systèmes d’éducation dans la plupart des pays, conçus dans les années 1950, sont dépassés et doivent être réformés pour répondre aux exigences actuelles du marché de l’emploi.

Maintenant que les enfants sont à l’école, l’objectif est de faire en sorte qu’ils apprennent bien et qu’ils aillent jusqu’au bout de leur cursus. L’école primaire ne suffit ni pour préparer les étudiants à l’avenir ni pour en faire des innovateurs économiques dont l’Afrique a tant besoin.


Sur le web.

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • C’est mon vécu aussi. Deux enfants scolarisées durant cinq ans et passant au CM1, incapables de réciter l’alphabet, de compter au-delà de 29, n’ayant pas compris le concept des lettres collées pour les mots et des espaces pour les séparer, ânonnant des improvisations lorsqu’on leur soumettait un texte à lire… Merci l’école publique et merci la méthode globale.

    Mais le rapport de l’UNESCO se trompe. Il ne faut recruter personne. Pourquoi insister sur ce qui ne marche pas ? Les écoles publiques constituent une solution mensongère pour les parents analphabètes qui ne peuvent juger de la qualité de l’enseignement. Mieux vaudrait les fermer et renvoyer les incapables qui recopient les erreurs françaises dans les manuels scolaires depuis leurs ministères.

    Les meilleurs salaires et les professeurs motivés existent, les effectifs raisonnables également, les enseignements de qualité « à l’ancienne » avec des syllabaires sont disponibles au moins dans les villes. Ils sont dans les écoles privées, à des tarifs accessibles même pour des familles modestes.

    • Tout à fait d’accord, j’ai eu « la chance » d’avoir étudié à l’école publique marocaine du début jusqu’à l’enseignement supérieur, et je peux vous dire que votre remarque est pertinente. Même si j’ai réussi avec ce parcours à travailler comme cadre supérieur en France, je trouve que l’école publique est une cause perdue d’avance. mieux vaut être radical et trouver des solutions simples qui prennent en considération les choix et les particularités de chacun.
      Un seul programme pour tout une génération, je trouve ca irrationnel, les enfants sont tellement différents.
      Au Maroc, il existe des écoles privés mais avec l’autorisation de l’état, et ils sont obligés de suivre le même programme. Certes la qualité de l’enseignement serait surement de qualité supérieur à cause des bons salaires et de la recherche des bons résultats pour améliorer la situation financière de l’école. L’école ne doit plus être obligatoire et quiconque veut en créer une, il devrait pouvoir le faire
      .

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La situation des finances publiques n'est pas brillante. Le niveau de dette s'établit à 112,9 % du PIB (2800 milliards d'euros, soit 164 000 euros par foyer imposable, environ 17 millions), le déficit public est attendu à -5 % en 2022 après -6,5 % en 2021. La trajectoire de retour au déficit sous les 3 % en 2027 suppose une croissance des dépenses limitées à 0,7 % sur la période, ce qui n'a jamais été réalisé sur plusieurs années et suppose des économies massives. Par ailleurs, la hausse des taux d'intérêt va augmenter mécaniquement la charge... Poursuivre la lecture

C’est un épisode de l’histoire, et même l’Histoire, que l’on commémore pour ses 150 ans, avec des controverses pour savoir si cet évènement doit être fêté ou oublié.

Il s’agit bien sûr de La Commune.

Rappelons les faits, pour ceux qui auraient oublié, ou ceux qui n’en auraient même pas entendu parler (il y en a), malgré l’abondante littérature.

1870, c’est la défaite de la France face à la Prusse. Napoléon III capitule le 2 septembre et est fait prisonnier des Prussiens. Le 4 septembre, une foule de Parisiens envahit le P... Poursuivre la lecture

Par Lipton Matthews. Un article du Mises Institute

Dans le débat sur la croissance économique, les gens confondent généralement l'éducation et le capital humain. Il existe pourtant une différence flagrante, car ce dernier fait référence au savoir-faire plutôt qu'à de simples connaissances théoriques. L’éducation suggère que l'on est éduqué, alors que le capital humain indique l'application de la théorie. Un diplômé en ingénierie est instruit, mais il fait preuve de capital humain lorsqu'il dépose un brevet ou crée une entreprise.

<... Poursuivre la lecture
Voir plus d'articles