Vars : Tempête annoncée sur une station de ski

Vars

Vars, un exemple de mauvaise gestion publique.

Par Léo del Frio.

Vars

Vars est un charmant petit village d’à peine 650 habitants, lien entre les Hautes Alpes et les Alpes de Haute Provence, surtout connu pour sa célèbre station de ski. Et pourtant … Malgré des airs paisibles, la commune connait quelques remous moins médiatiques que sa voisine Risoul dont le délégataire des remontées mécaniques est en redressement.

Dirigée depuis 1989 par Pierre Eyméoud, ancien conseiller général, ancien président du Parc Naturel Régional du Queyras (dont Vars est sortie suite à son éviction…), ancien président de la communauté de communes, la commune poursuit son irrésistible déclin et est un exemple discret de mauvaise gestion.

Une station presque à l’abandon

Une situation tout de même assez alarmante car les touristes ou les voyageurs de passage ne manqueront pas de remarquer des friches touristiques :

  • une en plein cœur de la station loin des 25 millions d’euros d’investissement annoncés en grande pompe par son maire,
  • une autre en haut de la station sur un site pourtant préservé où le visiteur peut découvrir des routes non goudronnées, des chalets non terminés et une série de panneaux indiquant des permis de construire de bâtiments qui ne verront sûrement pas le jour…
  • un UCPA abandonné,
  • un centre de loisirs « les Carlines » que le Conseil Général du Loir-et-Cher a décidé de fermer à la fin de l’hiver 2014,
  • et une UTN (lisez Unité Touristique Nouvelle) jamais réalisée malgré une autorisation délivrée en 2008… Bouygues s’est retiré et on les comprend.

Absence d’investissement

En se promenant, on y retrouve une ambiance vintage : un vieux télésiège deux places que ni la société des remontées mécaniques ni la mairie n’ont les moyens de rénover, des parkings encore non goudronnés, l’un en plein centre de la station et l’autre dans le village de Sainte-Marie, cœur administratif de la commune, un projet de centre médical en stand by, une piscine à l’agonie dont le projet de rénovation ne cesse d’être reporté, un bâtiment branlant modestement appelé « maison des jeunes » et un projet de créer un office de tourisme abandonné malgré 600.000€ déjà investis.

Pour compenser, la mairie investit dans des ralentisseurs totalement inadaptés, la route est très fréquentée par les cyclistes allant au col de Vars, le grand Contador a pu en faire l’amère expérience lors du passage du Dauphiné Libéré en juin 2013 avec une chute très spectaculaire.

Un site naturel en péril

Le val d’Escreins est un des sites les plus beaux que l’on puisse trouver, une petite vallée perdue donnant sur le sommet de la Font Sancte, véritable paradis pour les familles ou les randonneurs, des chevaux en liberté s’y promènent. Un véritable potentiel sous-exploité :

  • Une route qui ne cesse de recevoir des chutes de pierre : en 2012, suite à un éboulement, des travaux ont été entrepris pour réparer la route si bien qu’aucune sécurisation de celle-ci n’a été réalisée, malgré un engagement de la commune à le faire.
  • Une cabane d’accueil des touristes peu engageante : chaque année, la mairie embauche pour deux mois des saisonniers afin de guider les touristes, mais avec une cabane branlante qui mériterait sérieusement une rénovation.
  • Des ruines de l’ancien village de Basse Rua à l’abandon : de nombreux effondrements et aucune mise en valeur malgré une tentative d’éclairage nocturne jamais achevée. Le site est donc menacé d’être inexorablement détruit.

Des finances plombées par une mauvaise gestion

La station est loin de son lustre d’antan même si elle accueille encore quelques célébrités.

Le problème : des finances plombées par un emprunt contracté fin 2011 (près de 4 millions d’euros) et n’ayant donné lieu au final à aucune réalisation concrète. Le directeur général de la mairie et sa comptable se sont trompés sur l’évaluation ; le maire, lui, n’a pas voulu faire de réalisation. Bilan : une erreur qui coûte cher au contribuable local.

La commune bénéficie donc d’un bon fonds de roulement mais qui s’amenuise au fur et à mesure tout comme ses capacités d’autofinancement du fait du poids de la dette. Ainsi sa capacité d’autofinancement nette dépassait difficilement les 220.000 € en 2012 (soit divisée par 5 par rapport à 2008 !) pour un budget 2013 annoncé à près de 25 millions d’euros !

Cela signifie clairement que la commune ne pourra financer ses investissements futurs sans nouvelles recettes ou emprunts. Deux budgets annexes en déficit(eau et remontées mécaniques) ont d’ailleurs été votés dans le plus grand secret sans que la préfecture et le trésor public ne s’expriment. Cela aurait pourtant intéressé les chambres régionales des comptes, comme exemple de très mauvaise gestion.

Une dette qui explose

La dette représente plus de 10 millions d’euros soit 15.000€ par habitant, faisant figurer la commune au peu envié 24ème rang des communes les plus endettées suivant ce ratio, sans avoir néanmoins les recettes annuelles garanties qu’ont les communes encore plus mal classée qu’elle.

Une gestion des ressources humaines hasardeuse

La situation, hélas, ne s’arrête pas là : des errements très forts en matière de gestion du personnel, non seulement sur le plan quantitatif mais qualitatif. En l’espace de 4 ans sont partis un directeur des remontées mécaniques, un chef des pistes, un directeur d’office de tourisme, deux directeurs généraux des services (dont l’un est revenu !), deux directeurs des services techniques, un chef de police municipale… Avec un tel mouvement de cadres, ce ne sont plus les valses de Vienne mais les Valses de Vars !

La mairie ne dépasse pas la trentaine d’agents mais avec moins de 30 permanents et des effectifs étrangement répartis : 8 permanents aux services techniques contre 9 administratifs permanents : bienvenue au royaume des cols blancs ! La fille du premier adjoint délégué aux finances est d’ailleurs employée à la mairie en tant que comptable et responsable des ressources humaines : cherchez l’erreur !

La police municipale aura dû attendre septembre 2013 pour enfin bénéficier de locaux avec de l’eau courante et des toilettes ! Chance que n’ont hélas pas les bergers à qui la mairie refuse la rénovation des cabanes d’alpage malgré des subventions accordées par le département à hauteur de 80%…

Un directeur général des services surpayé

Après le départ obscur du directeur général des services recruté en mai 2012, son prédécesseur est venu le remplacer après un passage assez houleux et très contesté à la communauté de communes. Bilan de l’opération : un nouveau salaire avec voiture et portable de fonction, à 7.000€ net par mois (contre 4.000 en moyenne pour des directeurs de stations équivalentes voire supérieures) et le droit de faire des vacations sur son temps de travail au profit d’autres communes ou même du centre de gestion.

Un tel coût est totalement insupportable pour la commune car il représente près de 120.000€, sans compter la voiture de fonction, soit près de 3000€ par an calculé sur la base de l’avantage en nature (coût d’achat de la voiture multiplié par 12% suivant le barème Urssaf). On y ajoute un téléphone de fonction et les différentes notes de frais soit plus de 123.000€ par an. Revenir sur des bases normales de salaires (50 % en moins) et adaptées permettrait ainsi à la commune d’augmenter sa capacité d’autofinancement de 30% : une économie non négligeable…

Salarié du public, si vous avez la sécurité de l’emploi, sachez que vous pouvez aussi bénéficier de gros salaires sans forcément en avoir les compétences !

Des satellites favorisés

L’office de tourisme certes associatif, financé à hauteur de 2 millions d’euros annuel par le contribuable local compte… 17 permanents ! On ne compte bien sûr pas les saisonniers parmi lesquels figure en été un adjoint au maire.

Parmi les autres satellites figure la SEM Guiltour qui bénéficie d’une subvention annuelle de la mairie via l’office de tourisme : plus de 100.000€ sur la ligne « office de tourisme, centrale de réservation » et un directeur dont le salaire serait aux alentours des 10.000€ mensuel.

La société des remontées mécaniques peine à finir ses exercices comptables et ne peut plus vraiment financer ses investissements. Son directeur qui bénéficie de deux logements de fonction (un pour lui et un pour accueillir sa famille et ses amis) paraît impuissant, il est vrai qu’avec les forfaits-saison offerts par le maire-président de la SEM à ses amis et éventuels électeurs on est très loin du compte. La liste des forfaits de ski distribués gratuitement par le maire-président de la société des remontées mécaniques est fixée sur des règles obscures. On sait juste qu’en décembre, ils sont nombreux à faire la queue devant le siège des remontées mécaniques pour obtenir leur précieux sésame…

On s’interrogera aussi sans avoir de certitude sur les coûts annuels de réparation des vieilles remontées.

Gageons que la situation ne peut que s’améliorer pour cette station de la Forêt Blanche…


Sources :