Quand les pro-IVG accouchent du fascisme

Le lancement par le gouvernement d’un site d’information sur l’interruption volontaire de grossesse poursuit des objectifs inquiétants, presque aussi inquiétants que les réactions qu’il suscite.

Par Baptiste Créteur.

L’IVG est un droit pour toutes les femmes, s’inscrivant dans un cadre légal clair, et représente une solution à un problème : l’enfant non désiré. Il est heureux que les femmes aient ce droit ; elles sont ainsi libres d’en user selon leur libre-arbitre, de faire leur choix pour des raisons qui leur sont propres (leur réflexion pouvant bien entendu impliquer des proches, mais laissant aux femmes susceptibles d’avoir recours à l’IVG le choix en dernier recours).

Mais il n’existe aucune indication que ce droit fut en France méconnu ; même les mineures ont sans doute, en cours d’histoire, entendu parler de ce qui y est présenté comme une avancée pour la liberté des femmes. Aucune indication non plus que les anti-IVG aient eu de propos réellement dangereux, ou aient à un quelconque moment eu assez de poids pour remettre en cause sérieusement ce droit ou son exercice.

Tout au plus sont-ils mieux référencés, selon les conclusions d’un rapport déjà cité par le clairvoyant h16, éditorialiste de Contrepoints. Et comme l’indiquait h16, ce rapport débouchait sur la conclusion logique pour un constructiviste, incompréhensible dans un pays libre qu’il faut un site d’information sur le droit des femmes à l’IVG. Incompréhensible, car non seulement les anti-IVG ne cherchent pas à tromper qui que ce soit ou nier le droit à l’IVG, mais parce que l’objectif affiché est différent de l’objectif poursuivi que nous décrit le magazine Elle :

Pour détrôner sur Google les sites consacrés à l’IVG financés par des groupes anti-avortement, le gouvernement a lancé le 27 septembre 2013 www.IVG.gouv.fr, le premier site officiel offrant une information neutre et juste sur l’avortement.

Un site d’information neutre pour détrôner les sites défendant un point de vue contraire à l’IVG, ce n’est pas uniquement un site d’information neutre.

Entendons-nous bien ; je n’ai rien contre le fait qu’on cherche à détrôner les anti-IVG dans les recherches Google, ni contre le fait qu’on cherche à renforcer leur position d’ailleurs. J’ai quelque chose contre le fait que ce soit l’État qui s’en charge.

Car ce n’est pas à l’État de décider quelle opinion doit occuper la tête des résultats de recherche Google, et de façon plus générale de décider quelle opinion doit tenir le haut du pavé. Rien ne s’oppose sinon à ce que l’État rende certaines opinions invisibles, et cela représente un grand danger.

L’idée de Elle (qui n’est peut-être pas tout à fait son idée, les « experts du référencement » mentionnés dans l’article pouvant en avoir soufflé l’idée), c’est qu’il faut soutenir le gouvernement dans sa lutte contre les anti-IVG, qui, parfois pour des motifs religieux, veulent inciter les femmes à ne pas faire usage d’un droit perçu comme une avancée du féminisme. On pourrait envisager un combat similaire contre les adversaires du choix vestimentaire, et voir alors un site dédié à l’information sur la liberté vestimentaire pour détrôner sur Google les partisans du port du voile. Comme on pourrait envisager un combat pour détrôner sur Google les sites de discussion entre mères au foyer, ou les sites féminins dédiés à la cuisine, qui relèvent de stéréotypes du passé.

Le fascisme en un clic, 1984 à portée de main. Partager et liker, ce n’est pas seulement lutter contre les anti-IVG – ce qui, je le répète, est une lutte contre laquelle je n’ai rien en tant que tel – mais aussi donner son soutien à un contrôle de l’information par l’État. C’est accepter et soutenir que l’État puisse agir dans l’unique but de rendre une opinion moins visible.

Ce contrôle vient s’ajouter à une liste déjà longue, où l’État écrit les programmes éducatifs, subventionne son idée de la culture, subventionne certains organes de presse, mène des campagnes d’affichage, édite des sites internet, achète de la publicité sur l’internet d’une part ; surveille les citoyens, contrôle les opinions et fait de certaines d’entre elles des délits d’autre part.

Applaudissez donc aujourd’hui le gouvernement quand il défend, avec toute la force de la puissance publique, les mêmes idées que nous ; mais ne pleurez pas alors demain quand il défendra une opinion contraire, ou vous défendra de diffuser la vôtre.

Et à celles et ceux qui auront suivi l’appel de Elle, prenez le temps de réfléchir pour savoir si le pluralisme des idées est possible dans une démocratie si l’État s’en mêle. Vous êtes opposé aux anti-IVG ? Faites le savoir. Ce n’est pas au gouvernement de le faire.