Belgique : Bad trip pour les jeunes MR

Les jeunes du MR, qui ont pris position en faveur d’une décriminalisation de toutes les drogues, ont été rappelés à l’ordre par tous les responsables du parti.

Une tribune de Patrick Smets, depuis la Belgique.

Joint Cannabis Drogue

Pour les jeunes réformateurs, la semaine écoulée fut l’occasion de ressentir plus vivement que jamais tout le poids du conservatisme au sein de leur parti. Après avoir pris position contre les politiques répressives et prohibitionnistes en matière de drogues, ils se sont vu rappeler à l’ordre par tous les responsables du Mouvement Réformateur (MR) qui ne veulent pas entendre parler de la moindre avancée dans ce domaine.

Soulignons pour commencer le courage des jeunes MR. Si la presse n’a finalement relayé que leur position sur le cannabis, ceux-ci avaient pris position dans leur programme interne en faveur d’une décriminalisation de toutes les drogues, les drogues dites douces comme les drogues dites dures. Il y a longtemps que la dépénalisation du cannabis est acceptée par les jeunes réformateurs, mais c’est la première fois, à ma connaissance, qu’ils prennent position concernant l’héroïne, la cocaïne, l’ecstasy, etc.

Ainsi, bien que la décriminalisation ne soit que le début du chemin, le Parti Libertarien les a tout de suite félicités pour cette formidable ouverture. Au MR par contre, la hiérarchie s’est empressée de leur rappeler la doxa répressive du parti. Ce fut d’abord le porte-parole du fils de l’ancien ministre Louis Michel qui a expliqué que l’avis des jeunes ne concernait pas le parti et que le programme réformateur était clairement opposé à toute forme de dépénalisation ou de libéralisation. Ce fut ensuite au tour de la fille de l’ancien ministre Jean Defraigne de nous ressortir tous les poncifs prohibitionnistes et de rappeler avec emphase que la drogue, c’est méchant et qu’il suffit de dire non.

Le débat, ou plutôt l’absence de débat, nous en dit long sur la réflexion au MR, ou plutôt l’absence de réflexion. En effet, pour un libéral censé, il n’y a plus aucun argument en faveur de la prohibition. Au niveau des principes, il y a longtemps qu’on sait que les vices ne doivent pas être traités comme des crimes. Au niveau de la santé publique, l’exemple portugais est maintenant tout-à-fait clair sur les bienfaits d’une dé-criminalisation. Au niveau géopolitique, les déséquilibres mondiaux provoqués par la prohibition sautent aux yeux du premier venu depuis le soutien des États-Unis aux talibans dans la fin des années 90. Et désormais, c’est le Colorado qui dévoile la portée économique de la libéralisation. Tant la morale que l’expérience et les intérêts plaident donc en faveur de la libéralisation des drogues. Face à ces arguments, le dernier rempart prohibitionniste est une sorte de conservatisme bas-de-plafond qui répète en boucle les mêmes sophismes qu’il y a 50 ans. Voilà ce qui tient lieu de pensée aux réformateurs.

Certains veulent voir dans cette opposition entre des jeunes conscients des idéaux libéraux et le conservatisme de leur parti, un conflit de génération. Ils espèrent que la nouvelle génération, en s’élevant, fera changer la mentalité ringarde qui règne Avenue de la Toison d’Or. Rien n’est moins sûr. En effet, cette vision bisounoursienne oublie de prendre en compte les mécanismes de sélection des élites. Il ne faut pas croire que l’idée de légaliser le cannabis est une idée neuve parmi les jeunes réformateurs. Elle était déjà bien présente il y a plus de 20 ans et elle n’a jamais disparue. Voici par exemple un exemplaire du journal L’Étudiant Libéral de 1995 qui consacrait un plein numéro à la toxicomanie. Déjà à l’époque, les jeunes avaient compris combien la prohibition était une politique malsaine et inefficace. Et, déjà à l’époque, leur opinion était rejetée sans débat par les instances du parti.

EtudiantLibéral1

Dans le numéro suivant directement celui-là, nous trouvons même un article sous la plume de Charles Michel – encore étudiant mais déjà factotum de son père – et cet article reprend quasiment mot pour mot les arguments actuels des barons du MR. En 20 ans, rien n’a changé dans la position du MR.

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Et rien ne changera dans les 20 ans à venir car rien n’a évolué dans les mécanismes de reproduction des élites. D’ailleurs, reproduction peut être ici pris dans son sens premier. Un peu partout, les « fils et filles de » trustent les têtes de liste (Michel, Ducarme, Barzin, etc.), garantissant un conformisme absolu qui rassure le peuple et lui évite même de devoir retenir un nouveau nom. Le MR exploite une rente de situation et ne changera rien à son discours de peur de perdre un seul électeur. Il n’y a pas de place dans un parti comme celui-là pour des libéraux idéalistes. Des mécanismes de sélection plus ou moins subtils les éloigneront des places en vue et leur préféreront toujours des petits soldats qui ne font pas de vagues. Parmi les jeunes MR même, les représentants du Luxembourg et de Perwez, plus bornés ou plus malins, n’ont pas manqué de signaler par communiqué de presse qu’ils se ralliaient à l’option répressive de leur parti. Gageons que cela servira leur carrière.

Pour conclure, rappelons que tout ce débat n’a finalement tourné qu’autour du cannabis. C’est sur ce seul cas, pourtant simple et évident, que le MR est incapable de faire un pas en avant. Si les médias avaient réalisé que le programme des Jeunes Réformateurs contenait également la dépénalisation des drogues dures, je ne sais quelles auraient été les réactions. En matière de liberté individuelle, l’horizon est définitivement bouché au MR. Et aucun signe ne semble indiquer un changement de la droite conservatrice vers plus de libéralisme.

Les jeunes qui ont des ambitions resteront au MR, ceux qui ont des principes passeront au Parti Libertarien.

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