Le retrait de Gaza : le coup de maître de Sharon

Le retrait israélien de Gaza décidé en 2005 par Ariel Sharon aura-t-il servi à faire avancer la cause de la paix ?

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Le retrait de Gaza : le coup de maître de Sharon

Publié le 15 janvier 2014
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Par Fabio Rafael Fiallo.

Vilipendé par les uns avec autant de fougue qu’il fut admiré par les autres, l’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon aura marqué la géopolitique de son temps d’une manière indélébile pour avoir pris une décision qui a bouleversé le rapport de forces, la perception et les perspectives de solution du conflit israélo-palestinien. Cette décision transcendantale n’est autre que le retrait d’Israël de la bande de Gaza en 2005.

Un tel changement stratégique suscita de vives critiques dans son propre camp. Pourquoi, lui reprocha-t-on, se retirer unilatéralement – c’est-à-dire sans exiger en contrepartie aucune concession du côté palestinien – alors que le territoire en question pourrait, allait, être utilisé pour lancer des attaques terroristes contre la population civile d’Israël ?

Le malaise créé par la décision de se retirer de Gaza fut si profond que l’actuel Premier ministre, Benyamin Netanyahou, alla même jusqu’à démissionner du poste de ministre qu’il occupait à l’époque. Sharon, pour sa part, fut amené à créer un nouveau parti politique, Kadima, afin de pouvoir mener à bien son action gouvernementale.

Et pourtant, la suite des événements tend à justifier la décision de Sharon.

Certes, les attaques terroristes lancées depuis la bande de Gaza ont semé la désolation en Israël à plus d’une occasion, quoique dans une magnitude semblable à celle des attaques d’avant le départ des troupes israéliennes de Gaza1.

Toujours est-il que maintenant le Hamas, qui s’est emparé de la bande de Gaza en 2007 – donc après le désengagement israélien – est conscient que toute attaque terroriste lancée contre la population d’Israël, de par la riposte que cela entraîne, porte sérieusement préjudice à son nouveau rôle de gouvernement de facto de la bande de Gaza.

Ainsi, le Hamas doit désormais réfléchir, bien plus que par le passé, avant de donner libre cours à ses pulsions terroristes, sous peine de détériorer les conditions de vie des Gazaouis et de voir sa popularité s’effriter au sein de cette population.

D’autre part, avec le retrait israélien et la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, l’ancestrale rivalité entre le Hamas et le Fatah (principale composante de l’Autorité Palestinienne) a pris une tournure plus violente. Le Fatah et le Hamas se livrent en effet à une guerre de tranchées – avec des emprisonnements et des assassinats réciproques –, ce qui nuit à la gestion des territoires sous leur contrôle.

Rien d’étonnant à ce que depuis le début du « Printemps arabe » en 2011, aussi bien le Hamas que le Fatah essayent de faire taire toute contestation dans les territoires gérés par eux. À plusieurs reprises ils ont interdit et réprimé, non seulement les manifestations de rue2, mais même les critiques postées dans le web3.

En mai 2011, pour désamorcer le mécontentement croissant dans les territoires sous leur contrôle, le Fatah et le Hamas ont annoncé la tenue, dans un délai de 12 mois, d’élections générales (lesquelles, soit dit en passant, avaient dû avoir lieu depuis déjà longtemps). Or, nous sommes en 2014, et les Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie attendent toujours ces fameuses élections.

Ainsi, du fait d’avoir entraîné une recrudescence du bras de fer entre le Hamas et le Fatah, le retrait décidé par Sharon a montré, et l’ampleur des antagonismes des deux formations principales du mouvement palestinien et les répercussions négatives de ces antagonismes sur la population palestinienne.

Les choses se seraient déroulées bien différemment si des troupes israéliennes avaient encore été postées à Gaza lors de l’irruption du « Printemps arabe ».

Dans ce cas, le Hamas et le Fatah auraient logiquement essayé de reproduire en Cisjordanie et à Gaza le mouvement de contestation qui parsemait alors le monde arabe. Pour cela, ils auraient été grassement aidés par des dirigeants de la région prêts à saisir l’occasion pour détourner l’attention internationale de la révolte populaire dans leurs propres pays. Une nouvelle intifada contre Israël aurait ainsi éclaté.

Or, dans la nouvelle donne produite par le retrait de Sharon, le Hamas et le Fatah sont guidés par un tout autre souci : se défendre l’un de l’autre et prévenir une intifada palestinienne contre eux.

Il reste à répondre à la mère de toutes les questions : est-ce que le retrait israélien de Gaza aura servi à faire avancer la cause de la paix ? La réponse est oui.

Car mettant à nu les difficultés, voire la futilité, de négocier avec un leadership palestinien bicéphale qui n’arrive pas à parler d’une seule voix, pas même à tenir l’engagement de consulter la population palestinienne, le retrait de Gaza aura montré la nécessité d’un aggiornamento et d’une consolidation de la direction palestinienne afin de parvenir à une solution réelle et durable du conflit israélo-palestinien.

Pour toutes ces raisons, la cession de la bande de Gaza décidée par Ariel Sharon aura été un chef-d’œuvre de vision politique et d’habileté stratégique.


Du même auteur : « Ariel Sharon’s Masterstroke: The Gaza Withdrawal », RealClearWorld, le 12.01.2014.

  1. Marc Goldberg, « The Myth of the Gaza Withdrawal », The Times of Israel, 07.02.2013.
  2. « Hamas clashes with protestors in Gaza – witnesses », Reuters, 15.03.2011.
  3. David Keyes, « Where is the outcry over Palestinian censorship », Washington Post, 05-04-2012.
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  • Comme je suppose que l’auteur est(bon) écrivain, je dois avouer que l’article est très mal traduit et difficile à comprendre.
    Ensuite la fiche de l’auteur m’intrigue. »et non moins important, le tiers-mondisme et l’écologisme dépourvus d’esprit critique. »C’est un jugement? un fait? C’est ce qu’il y a écrit sur sa carte de visite? Je dois avouer que je ne connais rien de cet auteur, mais c’est un peu étrange comme introduction.

    Je pense que ce site ne devrait pas tenter de descendre la pente du conflit israelo/palestinien qui l’enverra immanquablement dans un mur de troll divers et variés. Surtout avec des articles à fort contenu péremptoire qui ont pour titre « les palestiniens ont tord/raison ».

    • ??

      Il ne s’agit pas d’une traduction (et l’article est très bien écrit, il me semble). L’auteur est un partenaire régulier de Contrepoints : http://www.contrepoints.org/author/fabio-rafael-fiallo
      La fiche de présentation a été rédigée par l’auteur lui-même.

    • Tiens, un censeur ! Et pourquoi le conflit israelo-palestinien ne devrait-il pas être abordé sur ce site?

    • @Cédric.

      A propos de bien écrire:

      1. Vous écrivez: ‘Ensuite la fiche de l’auteur m’intrigue. »et…’ Or, après le point, la phrase suivante aurait dû commencer par une majuscule.

      2. Vous écrivez: ‘la pente du conflit israelo/palestinien’. Or, le mot ‘israélo’ prend un accent aigu.

      3. Vous écrivez: ‘ont tord/raison’. Or, on doit écrire avoir « tort » (et non pas ‘tord’).

      4. Vous écrivez: ‘un mur de troll divers et variés’. Or, le mot troll aurait dû prendre le pluriel, comme c’est d’ailleurs le cas du mot ‘variés’ dans votre propre texte.

      A propos du contenu: doit-on s’abstenir d’aborder certains sujets, tel le conflit israélo-palestinien, afin d’éviter, comme vous le dites, des trolls divers et variés? Pourquoi, alors, ne pas se limiter à traiter des questions consensuelles?

      • Votre titre est « le coup de maître de Sharon » je vois pas où se trouve l’argument pour soutenir cette thèse. C’était inattendu mais ça n’a pas changé la situation de manière radical.
        D’ailleurs depuis la situation est bloqué chacun chez soit Fatah Hamas. Si pour vous le coup de maître est de réussir à mettre en évidence les différences Hamas Fatah; cela me semble maigre. Déjà de très loin les traditions politiques ne se ressemblent pas vraiment, on avait surement pas besoin de Sharon pour le découvrir.
        Je remarque aussi que pour un coup de maitre, les conséquences positives de celui ci ne sont que très peu évoquées. Manifestement cela seulement permis d’évité une hypothétique contestation liée au « Printemps Arabe »

        « A propos de bien écrire: ». Je n’ai pas fait mention de l’écriture mais bien de la traduction. Je n’ai pas compris grand chose à votre article. Je ne vous connais pas j’ai supposé que cela avait été traduit parce qu’il est écrit que vous êtes écrivain et que vous êtes de République dominicaine. Et d’ailleurs j’en ai fait mention. Par contre vous ne répondez pas au pourquoi une telle fiche « l’antiaméricanisme primaire, le parti pris contre Israël, … »?
        Si le sous entendu, c’est que votre article qui est intégralement pro israélien serait objectif. On peut difficilement faire plus loin de la vérité. Et c’est bien ce sur quoi je mettais en garde le site. Les troll adore les articles partisans comme le votre, et je ne suis pas sur que cela serve à quoi que ce soit.
        Le fait que vous soyez partisans ne gène pas spécialement, mais après l’explosion du nombre de commentaires sur la quenelles, je crains le pire.

  • Tiens je n’y avais pas pensé (et à mon avis Ariel Sharon non plus) mais il parait évident qu’il y aurait encore eu une intifada pendant le Printemps Arabe.
    Après, dire que cela à contribuer à la paix mondiale, bof, ça a surtout discrédité les palestiniens, et le Hamas en particulier…

  • Je trouve la conclusion et particulièrement le terme « chef d’ oeuvre » un peu forts. Ou alors, ajoutez les mots  » de cynisme ». Vos arguments sont à priori et repose sur la vision de l’ immaturité des chefs palestiniens face à l’ indépendance. Ok, c’ est un pari pour la paix. Ok. C’ est juste négliger toute la population derrière, rien que ça et rien que pour ça je trouve que la nuance s’ impose.

    • Contrepoints est une revue d’obédience libérale et qui veut être à contre courant de la pensée de masse en soulignant les incohérences.
      Mais, comme à Contrepoints nous sommes libéraux, nous avons justement tendance à donner parti pris aux actions des nations via leur gouvernement et non à cause du peuple.
      L’article souligne justement que Sharon attendait d’une certaine manière la fin de la foire Hamas-Fatah afin que le peuple palestinien élise des dirigeants civilisés, capables de proposer une paix réelle entre Israéliens et Palestiniens.

  • Les commentaires sont fermés.

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