Mali, Centrafrique : l’Allemagne paiera ?

Pour le ministre allemand sortant de la Défense, « l’Allemagne n’a pas de leçon à recevoir de la France ».

Par le Parisien libéral.

Thomas de Maiziere, ministre allemand de l'intérieur.
Thomas de Maiziere, ministre allemand de l’intérieur.

 

Tandis que les médias sont focalisés sur « l’affaire Dieudonné », il y a une nouvelle qui aurait dû faire la une de la presse française. C’est l’interview de Thomas de Maizière (CDU), ex ministre de la Défense et désormais ministre de l’Intérieur, en Allemagne.

Qu’a-t-il dit ? À l’occasion d’une cérémonie de passation, Thomas de Maiziere a affirmé : « L’Allemagne n’a de leçons à recevoir de personne en Europe sur la manière d’organiser ses interventions militaires. Même pas de la France ou de la Grande-Bretagne. » Pour retrouver l’interview, voir L’Opinion, le Financial Times, le Spiegel ou le Handelsblatt.

Pourquoi cela devrait-il faire la une de la presse française ?

D’une part, parce que notre pays est engagé dans toute une série de guerres, par la seule volonté du Président de la République (et de quelques-uns de ses conseillers), le même président qui, autrefois simple député-maire de Tulle, interpellait son prédécesseur pour faire approuver par le parlement sa politique de défense.

imgscan contrepoints 2013-2569 centrafriqueD’autre part, la France a décidé seule de son engagement militaire en Centrafrique, sans attendre le feu vert budgétaire de nos 26 partenaires européens, puis a mis le sujet sur la table en sommet européen à Bruxelles, arguant d’une opération bénéficiant à l’ensemble de l’Europe. Merkel a alors répondu qu’il fallait discuter du sujet. Est-ce que, depuis décembre 2013, les grands médias français, TF1, France 2 etc., ont invité des élus allemands à discuter de la Centrafrique ? Apparemment, non.

Cette sortie de Maiziere tombe donc à point nommé. Déjà, elle souligne en creux à quel point certains points de la politique française font l’objet d’un consensus trans-partisan entre les politiciens et les journalistes français. D’autre part, elle met en valeur l’incompréhension apparente que nous avons de nos partenaires, la plupart des démocraties parlementaires, qu’elles soient des monarchies (Royaume Uni, Espagne, Danemark, Suède…) ou des Républiques (Allemagne, Italie, Pologne…), dans lesquelles les élus approuvent ou non les décisions de l’exécutif, comme ce fut le cas pour la tentative d’imposer une guerre en Syrie.

La France doit choisir. Soit nous sommes une république indépendante, et dans ce cas nous prenons nos décisions militaires tous seuls et ne demandons rien à l’Allemagne. Soit nous sommes un des 27 membres de l’UE, et dans ce cas nous cherchons à obtenir un consensus avant d’agir. Imagine-t-on que la Californie lance une guerre contre le Pérou, seule, sans l’aval de Washington ?

Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne.
Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne.

Soit nous sommes dans une Europe fédérale, et dans ce cas nous devrions cesser d’entendre Laurent Fabius donner son avis pour écouter ce que dit Catherine Ashton, soit, option nationaliste, nous agissons seuls.

Enfin, la France doit expliquer si, depuis que Hollande est président et fait intervenir l’armée française aux quatre coins de la planète, notre sécurité est vraiment plus élevée. Il ne semble pas que ce soit le cas.

En tout cas, l’interview de Maizière est une bonne nouvelle. L’Allemagne paiera-t-elle pour le Mali ou la Centrafrique ? Pas sûr, et c’est réjouissant. Cela nous forcera, la prochaine fois, à peser le pour et le contre budgétaire, puisque Bruxelles seule n’a pas le pouvoir physique à restreindre nos dépenses budgétaires, quand bien même un traité appelé Maastricht existe.


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