François Hollande a-t-il vraiment pris un virage social-libéral ?

Les analystes de tout bord voient un « virage social-libéral » de François Hollande. On en est loin pour Vincent Bénard.

Par Vincent Bénard.

 

Parce que le Président Hollande aurait reconnu à demi mot, lors de la présentation de ses vœux aux Français, que les taxes et réglementations frappant les entreprises étaient peut-être un tantinet abusives, parce qu’il s’est déclaré prêt à les réduire mais sous condition d’embauche via un « pacte de responsabilité », il serait en train d’entamer un virage « social libéral » selon à peu près tout ce que compte la médiasphère de commentateurs, d’Edwy Plenel, qui pourfend, à Alain Duhamel, qui s’en félicite, en passant par les journalistes d’Europe 1, de Libération et du Nouvel Observateur. Même mes chroniqueurs bien aimés de BFM Business tombent dans ce panneau.

Oui, vous avez bien lu. Un « virage social-libéral ».

Passons sur le fait que l’annonce présidentielle, de simple principe, ne laisse pas augurer une baisse de charges généralisée, mais une nouvelle usine à gaz calculatoire fondée sur la variation des effectifs d’une période donnée. Non, monsieur le Président, les entreprises n’embauchent pas parce que le gouvernement leur offre un chocolat de Noël, elles embauchent si elles développent leur volume d’affaires, ce qui supposent qu’elles soient compétitives. Si vous aviez compris cela, monsieur le Président, vous annonceriez une baisse générale et inconditionnelle des prélèvements pesant sur les marges des entreprises.

Passons encore sur le fait que monsieur le Président ramène, comme une partie du MEDEF d’ailleurs, le problème de compétitivité des entreprises à la seule question des coûts du travail. Quel message d’espoir pour les salariés français : leur faire comprendre qu’ils « coûtent trop cher… » ! Alors qu’ils ont, en net perçu, les feuilles de paie les plus minables de toute l’Europe nord-occidentale, par la faute des prélèvements opérés sur le coût du travail pour financer notre « modèle social » (cf. illustration ci dessous)… Mais pas un mot sur l’absurde niveau de taxation du capital, qui empêche les entreprises d’investir dans un outil de production permettant, justement, de s’offrir ce coût élevé du travail !

cout-du-modele-social

Ceci n’est pas un virage, encore moins libéral !

Virage social-libéral, me dites vous ? Pourtant, dans les mêmes vœux, j’ai bien entendu, de la bouche de M. le Président, que : « le modèle social français n’est pas négociable ».

Pas négociable ? J’ignorais qu’il y avait des acheteurs ! Plaisanterie mise à part, comment peut-on, dès lors, accoler l’épithète libéral aux balbutiements fiscaux de M. Hollande ?

Car si ce modèle social, celui qui condamne les salariés français à être chers pour leurs employeurs et mal payés pour leurs enfants, ne peut être remis en cause, où est le virage ? Ou même la simple inflexion ?

Le Président a dit qu’il allait baisser la dépense publique ? La belle affaire ! Car s’il ne fait que tenter de rafistoler ce fichu modèle social, puisqu’il dit ne pas vouloir en remettre en cause les fondamentaux, alors avec un peu de chance, il va réussir à baisser la dépense publique de 56,2 à 54,8% du PIB, ou quelque chose comme ça : peut-on, à l’évocation de cette magnifique perspective, parler d’un virage présidentiel, et plus encore d’un virage libéral, voire même social libéral ?

Un ersatz de Perestroïka pour sauver un modèle en perdition

J’enrage.

Messieurs Duhamel, Plenel, et consorts, sachez que les authentiques libéraux sont  plus que fatigués de voir leur pensée, bâtie autour de principes multi-centenaires qui ont permis à des centaines de millions d’humains de parvenir au niveau de développement que nous connaissons, de voir cette pensée ainsi rabaissée par vos analyses de très bas étage au niveau d’une distribution de friandises électorales par un politicien sans principes, sans boussole et sans vision.

Desserrer d’un cran l’étreinte jugulaire qui corsète l’entreprise et l’individu en France n’est pas un virage social libéral, un « retour de la politique de l’offre » ou je ne sais quelle expression dont on se demande si vous en saisissez bien le sens. Ce n’est qu’une tentative pérestroïcienne de sauver un système en train de sombrer. C’est une manœuvre désespérée dans le but d’éviter l’étouffement du troupeau de vaches que nos socialistes, de droite comme de gauche, ont pris tant de plaisir à traire pendant des décennies. Il n’est qu’un léger sursaut de lucidité du premier représentant d’une clique parasitaire qui se rend compte que la survie du système qui le fait vivre est menacée par l’asphyxie qu’il lui impose. Il n’y a rien de libéral dans le fait de ne pas faire crever son esclave : on lui redonne juste un peu d’air pour qu’il continue de nourrir ses maîtres.

Le vrai virage libéral consisterait à dire que oui, décidément, il faut rendre à la société civile des pans entiers de l’action actuellement assurée par le service public. Mais où avez-vous vu, MM. Duhamel et Plenel, dans les mots de notre bricoleur en chef, que la puissance publique allait se désengager de l’éducation ? Du logement ? De l’emploi ? De la santé ? De la culture ? Et, plus généralement, de tous les domaines où son interventionnisme boulimique n’a fait qu’empiler les effets pervers ? Où avez-vous vu un appel aux forces vives de la société civile pour prendre le relais de l’action publique défaillante ?

Où voyez-vous la lueur libérale dans le tunnel socialiste dans lequel on nous a plongé, lorsqu’il est question, selon les informations divulguées par Mme la porte-parole du gouvernement, pour 2014, de préserver la PAC, de lancer une énième réforme jacobine de l’éducation, de contraindre les médecins à s’installer là où les derniers malades sont morts, d’implémenter un système d’écoute et de traçage à la française à côté duquel le PRISM de la NSA est un parangon de respect de la vie privée, de pondre des lois sur notre alimentation, notre culture, de claquer 42 milliards dans une banque publique d’inept… pardon, d’investissement, la poursuite d’une transition énergétique désastreuse par tous ses aspects, etc., etc., etc.?

Trois mesurettes fiscales à peine esquissées ne sont pas un virage libéral, ni social libéral, ni même timidement libéral. Le libéralisme, ce n’est pas flatter la croupe du cheval pour qu’il tracte de plus ou moins bonne grâce la diligence publique. Le libéralisme, c’est un état d’esprit qui veut rendre aux français le pouvoir sur leur vie.

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