Taxe à 75% : amateurisme de bout en bout

Les péripéties de la taxe à 75% soulignent l’improvisation qui règne au sommet de l’État.

Par Henri P.

Décidément on s’amuse bien en Hollandie. Tenez, prenons cette histoire de taxe à 75% sur un million d’euros. L’annonce est rigolote. On sent la mesure bien pensée, mûrement réfléchie. La voilà lapsus compris :

Au sein du Parti Socialiste, tout le monde est un peu pris de court par la nouvelle. On essaye de réparer la bourde du patron, mais il insiste. Alors on regarde qui va la payer : grosso modo 2 000 personnes, dont les joueurs de foot.

Pas de chance, un peu avant, François Hollande avait déclaré : « Les temps sont durs. Mais je vous promets qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôt sur les clubs sportifs. C’est déjà un engagement ».

Le temps passe et voilà Hollande président. Pour être élu, on fait plein de promesses, une fois élu on regarde celles que l’on va faire. Alors voyons :

  • Limiter à 10 le nombre de conseillers par ministre : ah, non trop dur.
  • Refuser la rétention des enfants : ah, non trop dur.
  • Ne pas donner d’interview depuis l’Élysée : ah, non trop dur.
  • Indexer le smic sur la croissance : ah non trop dur (et pourtant celle-là, vu la croissance qu’on a, elle n’aurait pas coûté grand-chose !)

Bon, ok : allons-y pour la taxe à 75%. Et en deux temps, trois mouvements on fait une petite loi. Et puisqu’on y est : exonérons nos amis rentiers : la taxe ne s’appliquera qu’au salaire.

On trouve 1 500 contribuables, et fièrement on inscrit 260 millions de recette pour 2013. Pensez donc, on avance dans la résolution d’une autre promesse : réduire le déficit à 0% en 2017. Plus que 95.940 autres millions à trouver.

Et puis, patatras, le conseil constitutionnel retoque la mesure. Motif : rupture de l’égalité devant l’impôt. Et elle se pose là en effet : entre un couple où chacun gagne 950.000 euros et un autre où un seul de ses membres travaille pour le même revenu, la différence d’impôt aurait été de 300.000 €.

Qu’à cela ne tienne, on recommence pour 2014. Zut, on a perdu 500 contribuables ! Mais c’est sûr, ils vont revenir quand ils apprendront que ce n’est pas eux qui vont payer mais leur entreprise.

Tiens, l’entreprise ? Ah zut, les clubs de foot. Et le grand guignol commence :

  • Bon, allez, on plafonne à 5% du CA.
  • Quand même, cela fait 2,5 millions pour St-Étienne, 7 pour l’OM et zéro pour Monaco. Ce n’est pas juste : aller hop, Monaco aussi doit payer.
  • Attendez ! Monaco n’est pas en France, on va encore se faire retoquer notre belle loi.
  • Bon finalement, pas Monaco.

Et dire qu’en 1989, Hollande nous menaçait, s’il n’était pas élu à Tulle, de retourner à la Cour des Comptes.

Avouez, on rigolerait moins quand même !

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