Rapport sur l’intégration : parlez-vous le Volapük victimisant ?

Volapük (Crédits : René Le Honzec/Contrepoint.org, licence Creative Commons)

Le langage codé de la victimisation permet à des catégories surprotégées de s’exempter de toute remise en cause.

Par Marc Crapez.

IntegrationLe rapport sur l’intégration préconise un « changement de paradigme » propre à « revisiter tous les registres lexicaux », car « désigner c’est assigner, c’est stigmatiser », d’où un « recours à la sanction pour contraindre à la non désignation » qui deviendrait un « harcèlement racial ».

Que signifie ce charabia ? On l’aura compris : interdiction de mentionner les origines africaines ou la religion musulmane d’un être humain lorsqu’il n’est pas digne d’éloges. C’est l’aboutissement de décennies d’ébullition intellectuelle qui ont emboîté, comme des poupées russes, les impératifs de non-discrimination, non-stigmatisation, non-distinction, non-désignation.

J’ai déjà montré que François Hollande adhère à ce schéma. Plus de discriminations conceptuelles, ni de distinctions intellectuelles, ni de divisions méthodiques, ni de discernement sémantique. Ne pas classifier, désigner, différencier, identifier, qualifier. Toute la chaîne du raisonnement se trouve paralysée. Plus moyen de prendre les problèmes à bras-le-corps.

Chasse gardée !

L’horreur du génocide nazi a provoqué un choc traumatique dans les consciences des intellectuels européens. Cette commotion les pousse à rapporter tout et n’importe quoi au scenario d’un engrenage génocidaire. La proposition banale consistant à dire qu’il peut y avoir trop d’immigrés, trop de fonctionnaires ou trop d’inégalités sociales est ainsi soupçonnée de faire planer des menaces de génocide.

Ce chantage décline quatre degrés de persécution potentielle : la crainte, le rejet, la stigmatisation et la chasse. La crainte (ou peur) renvoie métaphoriquement à l’antisémitisme des années 30 ; le rejet (ou refus), aux lois discriminatoires de Vichy ; la stigmatisation (ou montrage du doigt), au port de l’étoile jaune ; enfin la chasse, à la rafle (antichambre du camp). Une rhétorique de la pente fatale insinue que le glissement d’un palier à l’autre est inexorable.

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De nos jours, des discours alarmistes prétendent que certaines communautés sont en butte à des discriminations, voire que leurs membres sont menacés, qu’il leur serait « fait la chasse », ou qu’ils sont soi-disant « traités comme des citoyens de seconde zone ». Présupposer cet acharnement est une façon de faire diversion en se posant en victime. Cette victimisation est destinée à dissuader la critique.

En réalité, les vraies puissances sont celles qui font croire qu’elles sont fragiles, celles qui sont défendues bec et ongles par des médias et des corporatismes, celles qui bénéficient de passe-droits, celles qui font peur à tout le monde, celles dont les citoyens sentent confusément qu’elles sont protégées, celles qu’il ne faut surtout « pas montrer du doigt », celles que l’on n’ose plus critiquer, ou alors avec d’infinies précautions, en les entourant, comme dans la liturgie religieuse, d’un cérémonial d’incantations obligatoires qui commence par dire que ces catégories seraient, dans leur « immense majorité », irréprochables.

Au total, se dessinent deux France, celle des catégories surprotégées, immigrés, chômeurs, fonctionnaires, artistes, journalistes, hommes politiques, créateurs de start up ; et celle des catégories inintéressantes, petits-bourgeois, petits patrons, artisans, ouvriers, agriculteurs, ingénieurs, managers et autres Français moyens.


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