The Secret : l’utilitarisme contre la liberté

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The Secret : l’utilitarisme contre la liberté

Publié le 20 décembre 2013
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Par Franck Elkeslassy.

TheSecretLe thriller est, avec les films d’épouvante, le genre cinématographique qui excelle dans la production de frissons et d’effrois chez les spectateurs. Ces sentiments de peur ou d’angoisse que l’on adore avoir en regardant un film, confortablement installé dans un cinéma, peuvent avoir plusieurs origines. Ils peuvent être générés par des images chocs, des rebondissements inattendus ou une mise en scène habile.

Il y a un film sorti l’année dernière sur les écrans et qui passe en ce moment sur Canal+, qui est effrayant mais pour des raisons différentes. Il s’intitule « The Secret » et a été réalisé par Pascal Laugier, un réalisateur Français parti tourner au Canada.

Un avertissement tout d’abord : compte tenu de l’articulation du film autour d’un retournement assez inattendu, je suis obligé de dévoiler l’intrigue pour discuter de l’idéologie.

Le film part du postulat que chaque année 750.000 enfants disparaissent aux États-Unis. Si la plupart d’entre eux sont retrouvés dans l’heure ou les jours qui suivent, en revanche, 0,3% d’entre eux disparaissent à jamais sans laisser de trace.

Le film se déroule dans une ville minière qui se meurt et qui a été le théâtre de plusieurs disparitions suspectes ces dernières années. Le médecin de la ville, Julia (Jessica Biel), est à l’écoute des problèmes des habitants et reste l’une des personnes les plus volontaires de cette ville sur le déclin. Julia ne croit pas aux légendes urbaines entourant les disparitions d’enfant jusqu’au jour où son fils de 5 ans est enlevé sous ses yeux par un individu mystérieux. C’est la première partie du film et elle est plutôt bien réalisée et bien jouée, mais elle ne nous montre que le point de vue du médecin.

C’est alors qu’intervient un retournement et que le point de vue des autres habitants de la ville nous est montré : le fils de Julia est en réalité le fils disparu il y a quelque temps d’une autre femme qui erre dans la ville comme un fantôme à sa recherche. Julia apparaît comme celle qui a enlevé cet enfant et qui le « séquestre » dans sa maison en le droguant et en lui faisant croire qu’elle est sa mère. Le mari de Julia, censé être décédé est en réalité cette silhouette étrange aperçue par des habitants : c’est lui qui aide Julia à enlever les enfants de la ville depuis plusieurs années.

Alors que Julia est donc condamnée pour les crimes d’enlèvement et meurtre, on apprend que les enfants n’ont pas été tués mais emmenés loin de la ville par le mari afin qu’ils soient placés dans des familles aisées ne pouvant avoir d’enfant et acceptant de ne rien révéler de ce secret. À la fin du film, le mari explique que sa femme s’est « sacrifiée » en ne rien révélant de la réalité de leur activité pour le bien des enfants.

Le film se termine ainsi et il en ressort un malaise quant à l’absence de condamnation ferme de l’idéologie qui voudrait qu’il soit bénéfique pour la société dans son ensemble qu’un enfant soit enlevé et passé pour mort afin qu’il bénéficie d’un meilleur environnement.

C’est de l’utilitarisme à l’état pur : la douleur des parents ainsi que la légitimité et la responsabilité d’élever son enfant passent au second plan comparé au bienfait supposé du replacement forcé de ces enfants. Les personnes justifiant leurs actes par l’utilitarisme estiment que le mal qu’ils peuvent infliger à certains individus est inférieur au bien procuré à l’ensemble de la société : ils se positionnent alors en êtres supérieurs capables de percevoir l’intérêt ultime d’un ensemble d’individus.

Bien évidemment, l’utilitarisme s’applique à des domaines moins graves que celui évoqué par le film ; mais il n’en demeure pas moins liberticide. En effet, le développement de l’État-providence s’est fait sur l’intervention croissante du pouvoir public dans la vie des citoyens afin de « garantir » leur bien-être de leur naissance à leur mort. Dans cette optique, la liberté individuelle est sacrifiée pour le bien commun.

Il faut donc rester persuadé que la vraie liberté, celle qui implique la responsabilité de ses actes, ne peut pas avoir de justification utilitariste.

Voir les commentaires (8)

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  • pour info l’actrice est Jessica Biel et non Jessica Alba

    Contrepoints >> Effectivement ! Erreur corrigée.
    L’auteur aura pris une jolie femme pour une autre, une erreur bien pardonnable… 😉

  • Je n’ai pas vu le film, je parlerais donc seulement de l’article et du cinéma en général.

    « C’est de l’utilitarisme à l’état pur : la douleur des parents ainsi que la légitimité et la responsabilité d’élever son enfant passent au second plan comparé au bienfait supposé du replacement forcé de ces enfants. Les personnes justifiant leurs actes par l’utilitarisme estiment que le mal qu’ils peuvent infliger à certains individus est inférieur au bien procuré à l’ensemble de la société : ils se positionnent alors en êtres supérieurs capables de percevoir l’intérêt ultime d’un ensemble d’individus. »

    Tout à fait d’accord, mais:

    « Le film se termine ainsi et il en ressort un malaise quant à l’absence de condamnation ferme de l’idéologie qui voudrait qu’il soit bénéfique pour la société dans son ensemble qu’un enfant soit enlevé et passé pour mort afin qu’il bénéficie d’un meilleur environnement. »

    On peut aussi estimer que simplement montrer sans donner de réponse est une manière de responsabiliser le spectateur et de le placer face à ces conviction. Quand un film ne prend pas partie, il laisse le spectateur dans une position ou il doit réfléchir. L’absence de condamnation ne signifie pas forcément l’acceptation.

    Dans le genre j’étais gêné par la fin de la série Utopia, dont le final se veut ambigu, et tente de poser un dilemme insoluble. Le problème étant que ce fameux dilemme fonctionne sur du pur Malthusianisme, qui d’une part est présenté comme allant de soit, n’est pas discuté une seule seconde. D’autre part, tout le côté ambigu du truc disparaît dés que vous n’êtes pas Malthusien.

    Il est intéressant, malgré tout, de faire des articles la-dessus, parce que beaucoup de gens vont prendre ça au premier degré, et éviter de réfléchir à ce qu’ils ont vu.

  • Gone, baby gone traite le même sujet avec infiniment plus d’intelligence et de nuances.

  • Je ne regarderais probablement pas le film et n’en dirais rien. Cependant cela illustre l’utilitarisme et ses dérives. Réfléchissons, que de bonne foi, à tort ou à raison, des enfants sont parfois retirés de leurs familles et placés sous tutelle d’Etat.
    Pensons aussi comment certains meneraient une politique « utilitariste » pour traiter le chômage ou les bénéficiaires du RSA… (l’idée de les employer d’office pour des petits boulots d’intérêts publics).

  • Il est normal et nécessaire que « la liberté individuelle est sacrifiée pour le bien commun », tout est dans l’appréciation du bien commun et le degré de nécessité qu’on exige avant de restreindre la liberté.

    Je ne crois pas que l’État-providence soit motivé par la recherche du Bien commun.
    Il me semble plutôt qu’il est motivé par l’égalitarisme – remettez-le en cause et on vous objectera immédiatement le sort des plus faibles.

    En réalité le Bien commun exige le libéralisme, l’État-providence le détruit comme on le sait au moins depuis Tocqueville et Bastiat.
    http://dx.doi.org/doi:10.1522/24850018
    http://bastiat.org/fr/l_Etat.html

  • L’utilitarisme n’est en rien incompatible avec la liberté, bien au contraire et d’autant que cette doctrine a été initiée par des penseurs libéraux (Jeremy Bentham puis John Stuart Mill notamment).

    Si c’est le fait que l’utilitarisme ait permis de justifier, du moins en apparence, un certain nombre d’actes liberticides qui vous pose problème, vous pouvez tout aussi bien renier la totalité des éthiques déontologiques (à l’image de celle des « droits naturels ») qui ont été bien plus destructrices pour l’Homme et ses droits que ne le sera jamais l’utilitarisme.

    • François,

      Tout à fait d’accord avec vous.
      L’utilitarisme est un janus bifrons, il se présente sous deux aspects; un premier, l’utilitarisme subjectif, que l’auteur de l’article a raison de dénoncer; et un second, l’utilitarisme objectif, qui évite les écueils du premier en stipulant que le bonheur objectif a une dimension fondamentale, la liberté, qu’il convient de maximiser.

      Bien amicalement,
      F. Descamps

  • Regarder une heure et demi de film juste pour ne pas se faire spoiler par un article de 8 paragraphes, ça n’a pas de prix !
    P.S : Aux réticents, ce film est génial !

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