Réforme des classes prépa : vivre et laisser mourir

Lycée Henri IV (Crédits : Kajimoto, licence Creative Commons)

Préserver la qualité des enseignements dispensés en prépa, c’est bien. Trouver des solutions à la crise de l’école en France, c’est mieux.

Par Nils Sinkiewicz.

Lycée Henri IV (Crédits : Kajimoto, licence Creative Commons)Les professeurs de classes préparatoires l’ont échappé belle ! Prenant acte des « tensions existantes », le ministre de l’Éducation Nationale Vincent Peillon a finalement reculé sur les classes préparatoires pour se concentrer sur les zones d’éducation prioritaire. L’objet de la discorde : la volonté de financer la baisse du temps de travail en ZEP en économisant 23 millions d’euros sur la rémunération des enseignants de prépa – jusqu’à moins 20% selon les enseignants, pas plus de 5% selon le gouvernement.

Ceux que M. Peillon regarde comme des privilégiés ne se sont pas privés de montrer du doigt les vrais nantis (footballeurs, animateurs télé…) tout en rappelant que le salaire d’un professeur de prépa était justifié au regard du travail fourni. Ce n’est certes pas une mince affaire que de « préparer l’élite scolaire du pays aux concours les plus réputés et difficiles ». Surtout quand les élèves comptent sur cette préparation pour échapper à la médiocrité d’un parcours plus « ordinaire »…

Car la prépa est au système éducatif français ce que les exonérations fiscales sont au Code des impôts – c’est une niche ! Et ses avocats l’ont défendue comme on défend une niche : en estimant que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes pourvu que le gouvernement épargnât ladite niche. Ne nous y trompons pas : ce n’est pas pour l’école laïque, républicaine et méritocratique que se sont mobilisés enseignants, syndicats et anciens élèves, mais pour la possibilité donnée aux meilleurs de « vivre et laisser mourir ».

À cette désolidarisation des prépas se superpose la distinction des milieux. Il est difficile d’ignorer que les exigences des classes préparatoires, quoiqu’en disent les enseignants, favorisent la reproduction sociale. Malgré l’objectif de 30% de boursiers adopté en 2006 et l’assouplissement du barème d’attribution des bourses (création de l’échelon zéro) décidé en 2008 par le gouvernement Fillon, les élèves issus de milieux modestes sont toujours moins présents en prépa que dans l’enseignement supérieur dans son ensemble.

Les chantres de la méritocratie ont raison de rappeler que l’admission en prépa n’est pas un privilège à proprement parler, qu’elle est d’abord une question d’effort et d’assiduité. Ils sont malheureusement beaucoup plus fatalistes sur l’avenir du système éducatif français, et c’est ce qui rend leur position moralement si suspecte. Car regarder la prépa comme une arche de Noé à sauver coûte que coûte du gouvernement revient à considérer le naufrage de l’Éducation Nationale et de l’enseignement supérieur comme une catastrophe naturelle.

Ceux qui aujourd’hui se mobilisent pour les professeurs de prépa se défendent sincèrement de promouvoir un système éducatif à deux vitesses. Ils comprendront qu’on ait un peu de mal à les croire.


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