Centrafrique : 9ème intervention militaire française simultanée

Centrafrique : l’État français, dépourvu de stratégie claire en matière d’engagement militaire et en proie à une grave crise économique et budgétaire, est-il le meilleur allié ?

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Centrafrique : 9ème intervention militaire française simultanée

Publié le 15 décembre 2013
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Carte_République Centrafricaine

La République centrafricaine, chroniquement instable et pauvre, est à nouveau ravagée par un conflit armé et sa population en paie le prix fort. Même s’il y a un impératif moral à tenter d’aider la société centrafricaine, l’État français, dépourvu de stratégie claire en matière d’engagement militaire et en proie à une grave crise économique et budgétaire, est-il le meilleur allié ?

Les premiers renforts de l’armée française envoyés en République centrafricaine (RCA) se déploient dans le but de rétablir l’ordre après une prise de contrôle du pays par des rebelles. Quelques 200 soldats sont déjà  arrivés sur place, 500 autres devraient rapidement suivre. Dans le futur, 1 200 soldats français devraient épauler 3 600 soldats africains.

Une population victime de pillards violents

La situation est très préoccupante. Environ 10% de la population a fui leur habitation, 25% a besoin d’aide alimentaire, les forces rebelles sont en partie constituées d’enfants-soldats et la plupart des écoles et des hôpitaux en dehors de la capitale ont été pillés.

Ce conflit armé pourrait dégénérer en conflit religieux et ethnique, ce qui aurait de graves répercussions dans les pays voisins.

Un pays chroniquement instable et pauvre

La République centrafricaine est un État ​​en crise permanente, subissant sans cesse mutineries et rebellions. La dernière en date est le renversement du président centrafricain François Bozizé par une force rebelle connue sous le nom de Séléka en mars 2013, installant à sa place son propre commandant, Michel Djotodia, un ancien fonctionnaire ayant étudié 10 ans en URSS et devenu aventurier militaire au gré des coups d’État.

Des bandes armées, principalement d’anciens rebelles membres de Séléka et opérant maintenant plus ou moins indépendamment, pillent les provinces de ce pays comptant seulement 4,6 millions d’habitants et aussi grand que l’Ukraine. Certains sont des mercenaires issus des pays voisins comme le Tchad ou le Soudan.

Des décennies d’instabilité ont miné l’économie centrafricaine. Le pays est riche en bois, diamants et autres minéraux mais cette importante source de revenus est devenue le ferment de toutes les rivalités. La Centrafrique est ainsi devenue le sixième pays le plus pauvre d’Afrique.

Ce pays enclavé est la proie facile des débordements de violence des pays voisins : le Sud-Soudan, le Darfour, le Tchad et la République démocratique du Congo tentent de se sortir d’années de conflit et restent extrêmement instables.

L’État français entre dans sa 9ème mission militaire simultanée

Comme ce fut le cas lors l’intervention au Mali en janvier 2013, le ministre français de la défense, Jean- Yves Le Drian, a déclaré que les troupes françaises seraient déployées pour « une courte période, de l’ordre de 6 mois ». Mais 1 000 soldats français sont toujours déployés et combattent au Mali après 10 mois d’opérations sur place et il est officiellement admis qu’ils resteront sur place en 2014.

On estime que l’intervention militaire au Mali a coûté aux contribuables français 400 millions d’euros en 2013. Admettons que l’intervention en Centrafrique ait un coût équivalent. L’État français a-t-il les moyens de s’engager dans une 9ème opération militaire simultanée [*] sachant qu’il est endetté à 90% de son PIB ?

Une victoire militaire rapide en Centrafrique est possible, mais elle ne conduira pas à un pays stable et ne créera pas les fondements de l’État de droit et de la démocratie libérale. Un régime démocratique corrompu et kleptocrate ou une autocratie militaire instable sont les régimes les plus susceptibles d’émerger de ce conflit.

Sans compter que, comme on l’a vu en Libye et au Mali, une intervention militaire dans un pays étranger déclenche toujours une cascade de conséquences imprévues.

[*] Listes des opérations militaires françaises en cours :

  1. Liban (depuis 1978, 900 militaires actuellement)
  2. Tchad (depuis 1986, 950 militaires actuellement)
  3. Golfe de Guinée (depuis 1990, environ 100 militaires actuellement)
  4. Kosovo (depuis 1999, 300 militaires actuellement)
  5. Afghanistan (depuis 2001, 500 militaires actuellement)
  6. Côte d’Ivoire (depuis septembre 2002, 450 militaires actuellement)
  7. Anti-piraterie dans le Golfe d’Aden (depuis décembre 2008, moins de 180 militaires actuellement)
  8. Mali (depuis janvier 2013, 1000 militaires actuellement)
  9. Centrafrique (depuis octobre 2002, renforcé en mars et novembre 2013, 500 militaires actuellement, 1200 planifiés)

À noter que les opérations militaires françaises ci-dessous viennent de se terminer :

  1. Jordanie (depuis août 2012, 80 militaires jusqu’à décembre 2013)
  2. Pays Baltes (depuis avril 2013, 80 militaires relevés par un détachement belge en septembre 2013)


Publication de l’article original sur 24hgold.com.

Voir les commentaires (18)

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  • il faut armer les civils et leur apprendre à se défendre ; au moins ils seraient à égalité face à leur bourreau qui eux sont armés jusqu’au dent et possèdent donc droit de vie ou de mort sur n’importe qui ;

    • Je suis d’ accord sur le principe, mais la-bas, ils vendraient les armes pour acheter a manger. Les locaux sont loin d’ avoir une mentalite de cow-boys fiers qui ne se laissent pas marcher dessus… c’ est meme tout l’ inverse ! Et de toute facon ils ne possedent rien a defendre, en plus la notion de propriete individuelle la-bas est tres floue (tout ce qu’ ils gagnent doit etre donne a « la famille »).

      La RCA et certains pays autour, je connais. Vous ne changerez pas les mentalites en une generation…

      La colonisation a la Boer est encore le meilleur modele.

      •  » la colonisation à la boer est encore le meilleur modèle  »

        et ou allez vous trouver les volontaire pour faire les boers ? dans l’afrique sud saharienne , depuis 25 ans, on est surtout en présence d’une colonisation à la peul, ou à la quatarchiote…

    • c’est en tout cas tout le contraire que l’on fait en ce moment en désarmant systématiquement toutes les populations qui sont controlés par des soldats francais. Le temps que les francais restent sur place, tout va bien, mais si par malheur cette protection s’en va, j’ose à peine imaginer ce qui se passera quand des miliciens de la faction adversaire leur tomberont dessus.

      • quand on voit la politique suivit par les élites française depuis 25 ans, on peut s’atendre à ce qu’en centrafirque, l’armée française  » désarme  » les chrétiens pour preparer une st barthélémy sahellienne.

    • Il faut les aider à faire du business. Pas les diamants ou l’uranium, mais la nourriture, l’habillement, l’agriculture, l’artisanat. C’est ça qui leur donnera les moyens de se payer des « sept samouraïs » qui protégeront leur business sur le long terme une fois les Français partis (ça aurait pu éviter de les faire venir, aussi). Désarmer les factions et les milices, c’est un fantasme de Parisien, il faut que le rapport rendement/risque du pillage devienne bien inférieur à celui du petit business honnête. Ca veut probablement dire aider à lyncher les miliciens, et défendre les petits commerçants quelles que soient leurs idées, sans états d’âme…

      • l’afrique subsaharienne ne peut pas faire de business tant que la guerre de civilisation qui s’y déroule ( offensive systèmatique des peuples pauvres et musulman du nord, soutenus par la péninsule arabique, contre les chrétiens et animistes à habitat fixe du sud n’a pas été règlé.

        • Les uns sont soutenus par le fric islamiste, les autres par les armes laïques. Ce que je dis, c’est : « Et si on essayait le fric laïque, en s’arrangeant pour qu’il aille dans les mains du peuple ? »

      • « Il faut les aider à faire du business. »

        Vous partez du principe que le business est toujours propre et a toujours des effets bénéfiques. Mais si le business est fait chapeauté par des warlords, les règles du libéralisme ne s’appliquent plus.

    • N’a-t-on pas, depuis des années, formé leurs militaires ? Où sont-ils ces fiers officiers africains sortis de St-Cyr ? Comment diable armer des civils serait-il plus efficace ?

  • Toujours cette même illusion qui consiste à penser que ces pays sont en mesure de mettre en place une démocratie libérale.
    Lisez le blog de Bernard Lugan.

  • Quel coût cela représente et combien cela rapporte?

  • Il y a toujours eu une présence militaire française en Côte d’Ivoire indépendamment des événements qui ont eu lieu ces dernières années liée aux accords liant les deux pays. c’est donc un peu HS à mon sens.
    Le Tchad et la Centrafrique sont dans in no man’s land. Depuis l’indépendance, il y a toujours eu des troupes françaises présentes (pour ne parler que du Tchad, je signale simplement les opérations Tacaud, Manta et Epervier). La Centrafrique a connu, depuis le déclenchement de l’opération Epervier, une relative indifférence. On en voit les résultats aujourd’hui. Maintenant, notre pays a -t-il toujours les moyens de jouer les matamores dans les ex-colonies, je n’en suis pas du tout certain surtout quand on voit comment les forces armées sont traitées par le pouvoir politique. Ah, les fameux dividendes de la paix!!!

  • Juste un petit point de détail:
    Parmi les opérations militaires que vous citez, il y en a une particulière. Celle des pays baltes.
    Elle est très différente en cela que c’est un tour OTAN assuré par les pays membres de l’alliance dont le but est la souveraineté de l’espace aérien balte face aux intrusions récurantes russes. Celle-ci ne peut être conduite par les états bénéficiaires.
    De plus, il faudrait voir la réalité de ses coûts. Le personnel de l’armée de l’Air y est soldé comme en France et non avec les indemnités OPEX. Peut être que les états baltes prennent une partie des dépenses à leur charge.

  • Voilà ! Ça, c’est du journalisme ! On apprend quelque chose de concret : les neuf interventions simultanées. Soudain, le réel est plus clair. J’ignorais totalement que nous étions toujours enlisés au Kosovo, et j’ignorais plus encore que nous paradions dans les golfes de Guinée et d’Aden. Merci !

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