Affaire Dekhar : le strabisme des médias

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Sur l’affaire Dekhar, l’avis des internautes diverge de celui de certains médias qui refusent de balayer devant leur porte.

Par Marc Crapez.

Abdelhakim DekharAux dires des médias, Abdelhakim Dekhar aurait des motivations floues, incohérentes, confuses (Le Monde, Libération), délirantes (Le Parisien, L’Express) ou énigmatiques (L’Express, Le Figaro). Un journaliste du Figaro affirme même que, contrairement à l’affaire Merah, nul n’a « accusé sans preuves une personnalité publique ou une famille de pensée de porter une responsabilité morale ».

À contre-courant, Marianne, sous la plume d’Éric  Conan, rappelle que des « bavards imprudents se sont précipités » pour accuser la droite. Une Mariannaute déplore aussi leurs propos assez « méprisants » à l’égard d’Internet et conclut : « il faudrait penser à balayer devant sa porte avant de… critiquer négativement les Français ».

Deux poids et deux mesures

Que les intellectuels obsédés par l’antifascisme balayent devant leur porte, c’est ce que demandent beaucoup d’internautes, fatigués de la succession d’affaires où les soupçons ont été immédiatement orientés vers l’extrême-droite alors que l’agresseur s’est avéré être du bord opposé. Ce n’est pas un hasard si, dans sa lettre, Dekhar évoque ses « coreligionnaires » musulmans et les jihadistes « volontaires en Syrie et le malheureux C. Méric » (cité dans Libération du 23 novembre).

Le journal Le Monde défend, bec et ongles, ceux qui ont parlé trop vite, dans un article intitulé « l’affaire Dekhar cristallise les doutes et les rumeurs ». Dans une rubrique baptisée « la mobilisation de l’extrême-droite », se trouvent qualifiés de « remarques très partisanes et militantes » le parallèle avec l’affaire Méric ou ce commentaire d’un internaute : « Comme il est d’extrême-gauche et issu de l’immigration maghrébine, on peut être certain que Valls va nous dire qu’il est un déséquilibré. Il aurait été d’extrême-droite et Français de souche, à coup sûr on nous aurait parlé du retour de la menace fasciste. Le théâtre habituel de la gauche quand elle est en difficulté ».

img006 contrepoints tireur fouOn constate, en fait, que beaucoup de commentaires d’internautes sont recevables. Telle internaute souligne que Dekhar est « un monstre d’extrême gauche et là personne n’en parle mais si cela avait été de l’extrême droite on en aurait fait une affaire d’État » (Le Point). Tel autre observe que quand Dekhar « s’est attaqué à BFM TV il n’y a pas eu de réaction en particulier côté gouvernement. Par contre lorsqu’il s’est attaqué à Libé les réactions y compris de Jean-Marc Ayrault n’ont pas manqué expliquant avec grandiloquence que la presse (de gauche) était visée et que c’était dramatique pour la démocratie » (Les Échos). On trouve sur Contrepoints des remarques similaires sur ce deux poids, deux mesures.

Certes, il arrive parfois sur Internet que, comme dans une AG étudiante ou un débat télévisé, les plus hâbleurs monopolisent la parole. Mais les intellectuels ont tort de faire la fine bouche parce que d’autres s’expriment de manière abrupte. Il n’est pas rare qu’un commentaire d’internaute ait davantage de pertinence qu’un article insipide. Malgré ses défauts, notait Raymond Boudon, le web expose l’internaute à une pluralité de points de vue, gêne les pratiques d’occultation des faits et incite par son côté foisonnant à l’exercice de l’esprit critique.

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