50 ans de la mort de Kennedy : Kennedy, un président surfait ?

La réputation de John Fitzgerald Kennedy 50 ans après son assassinat est tout sauf justifiée.

Par Gene Healy.

Un article de Reason

John Fitzgerald Kennedy (Crédits Cecil Stoughton, White House Libre de droits)Ce 22 novembre marque le cinquantième anniversaire de l’assassinat du président Kennedy à Dallas en 1963. Mais à moins que vous ne vous soyez coupé de tout média, vous le saviez déjà.

Politico remarque l’imminence d’une « marée médiatique » à ce sujet, avec plus de cent nouveaux livres sur Kennedy, des dizaines d’émissions spéciales et plusieurs nouvelles applications iPad pour accompagner le triste anniversaire.

Dans une interview de décembre 1963, la veuve du président a donné un nom à cette mystique Kennedy, racontant au journaliste Theodore White le goût de son époux pour les paroles de la comédie musicale de Lerner et Loewe sur le Roi Arthur : « Il y avait autrefois un endroit, brillant un moment, connu sous le nom de Camelot ».

Davantage qu’un « moment », Camelot s’est avéré un mythe persistant.

JFK se place dans le top 10 de la plupart des études d’historiens destinés à classer les présidents américains, et dans un sondage de Gallup en 2011, les Américains l’ont placé devant George Washington dans une liste des « plus grands présidents américains ».

Le meurtre de Kennedy était une tragédie nationale, c’est certain, mais une évaluation honnête de son œuvre montre que le trente-cinquième président, sans foi ni loi et imprudent, est vraiment surfait.

Peu après que celui qui était encore sénateur démocrate du Massachusetts ait annoncé sa candidature, Kennedy donna un discours remarquable, intitulé « La présidence en 1960 », dessinant une vue remarquablement étendue des devoirs et des pouvoirs présidentiels.

« Aujourd’hui, une conception restreinte de la présidence ne suffit pas », avançait JFK. La présidence doit être « le centre du leadership moral », « nous devons doter cette fonction d’une force et d’une vision extraordinaires. »

Et le président « doit être préparé à exercer l’ensemble des pouvoirs de sa fonction, tous ceux qui sont spécifiés, et certains qui ne le sont pas ».

En effet, JFK a rarement laissé des détails juridiques limiter son exercice du pouvoir présidentiel. À sa demande en 1961, le fisc a mis en place une « force de frappe », le Ideological Organizations Project, pour cibler les groupes qui s’opposaient à son gouvernement.

En 1962, outragé que les aciéristes américains aient augmenté leurs prix, il ordonna des écoutes téléphoniques, des contrôles fiscaux et des raids du FBI au petit matin au domicile de leurs dirigeants.

En 2011, Thomas E Ricks, journaliste, spécialiste des questions de sécurité et récipiendaire d’un prix Pulitzer, a émis l’avis que JFK « était sans doute le pire président américain du [vingtième] siècle ».

En politique étrangère, ajoute Ricks, « il a passé ses 35 mois à la Maison Blanche à aller de crise en fiasco ».

C’est vrai, après avoir lancé la désastreuse opération de la Baie des Cochons sur le conseil de la CIA, Kennedy a permis au monde de se retrouver au bord de la guerre thermonucléaire lors de la Crise des Missiles – non parce que les missiles soviétiques à Cuba altéraient l’équilibre stratégique du pouvoir (ce qui n’était pas le cas), mais parce que, comme l’a plus tard admis le Secrétaire à la Défense Robert McNamara, les missiles étaient « politiquement inacceptables » pour le président.

Qui plus est, l’aura de vitalité et de vigueur de Kennedy reposait sur des mensonges délibérés quand à son aptitude médicale pour la fonction : « Je n’ai jamais eu la maladie d’Addison […] Ma santé est excellente », affirmait JFK à un journaliste en 1961.

Comme le note Richard Reeves, biographe de JFK, ce dernier, qui « a reçu les derniers sacrements de l’Église Catholique au moins quatre fois étant adulte », était « une sorte de miracle médical, gardé en vie par des combinaisons complexes de pilules et d’injections », y compris un cocktail psychologiquement dangereux d’antidouleurs et d’amphétamines régulièrement administré par le médecin vedette Max Jacobson, dit « Dr Feelgood ».

En même temps, l’homme qui qualifiait la présidence de « centre du leadership moral » en Amérique a montré une promiscuité quasi-pathologique avec une ribambelle de starlettes et d’hôtesses de l’air, tâtonnant durant tout son mandat avec toute la délicatesse de Bob Filner, le maire de San Diego, quoi qu’il est vrai, avec davantage de succès [Bob Filner a démissionné en août dernier après plusieurs accusations de harcèlement sexuel, NdT].

Vu de près, sans la gaze de la sensiblerie, l’image n’est pas jolie : le « prince de l’Amérique » ressemble davantage au Dorian Gray de la présidence impériale.

Le jugement peut sembler dur, mais cinquante ans après son décès, il n’est pas trop tôt pour exercer un droit d’inventaire sur l’héritage de JFK.


Traduction Benjamin Guyot.

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