Légende urbaine : les salaires stagnent malgré les hausses de productivité

La rémunération horaire est étroitement liée à l’évolution de la productivité, n’en déplaise aux amateurs de complots capitalistes.

Par Kevan Saab.

On voit fleurir régulièrement, le long des discussions politiques ici et là, le graphique suivant produit par le Economic Policy Institute (think tank américain ancré à gauche) :

Productivité salaire
Figure 1: évolution « réelle » de la rémunération horaire (c’est-à-dire ajustée en utilisant l’IPC) vs évolution de la productivité horaire aux États-Unis.

Généralement, on cite ce graphique en référence quand on veut attaquer le principe économique de base qui lie l’évolution de la rémunération du travailleur à l’évolution de sa productivité. La plupart du temps, on voit accusés d’être responsables du curieux plateau de la courbe de la rémunération horaire les deux ennemis publics des temps modernes : j’ai nommé la finance et les inégalités, pardi !

Malheureusement pour les amateurs de complots bourgeois, ce graphique n’est ni plus, ni moins qu’une grossière manipulation, la trajectoire plate de la courbe de rémunération étant tout bonnement ridicule.

Reprenons les choses à zéro et reconstruisons ce graphique pour les États-Unis, en utilisant les données de l’OCDE (disponible ici) et en raisonnant en termes de croissance nominale pour les deux indices. En ce qui concerne la mesure de la productivité, la formule ne change pas :

Productivité horaire = PIB nominal / nombres d’heures travaillées

Si le PIB est d’habitude une donnée à utiliser avec parcimonie, il reste dans notre scénario la meilleure manière d’estimer la valeur moyenne des richesses produites en une heure de travail. Notons au passage sa tendance à être surévaluée du fait de la difficulté à mesurer la valeur réelle de la dépense publique. Ainsi, gardons en tête que la productivité horaire ainsi calculée aura tendance à être légèrement surévaluée elle aussi.

En ce qui concerne la rémunération horaire, prenons les statistiques de l’OCDE sur la question, et enfin, combinons le tout dans Excel, voilà le résultat :

Productivité salaire

Voilà qui devrait renvoyer dans les cordes les analphabètes économiques qui ont pondu le graphique précédent ! Comme prévu par la théorie économique, la rémunération horaire et la productivité horaire sont toujours bel et bien corrélées avec une hausse légèrement plus accentuée pour la productivité horaire comme prédit plus haut.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la supercherie du Economic Policy Institute, je vous invite à lire cet excellent billet du blogueur Le Minarchiste dans lequel il détaille les raisons pour lesquelles la conversion des données nominales en données ajustées pour l’inflation, en utilisant l’indice des prix à la consommation, aplatit artificiellement la courbe.