L’État doit-il soutenir les industries stratégiques ?

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Quels sont le sens de l’action publique et sa capacité à prévoir le futur ?

Par Jean-Louis Caccomo.

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L’État doit-il soutenir les industries stratégiques ? Oui si l’action de l’État est efficace. Mais il y a de quoi se poser des questions quand on visite l’histoire moderne.

Cette question taraude en fait nos dirigeants depuis Colbert. Mais le grand Colbert lui-même avait averti son monarque : « si une entreprise subventionnée par l’Etat n’est pas rentable au bout de 3 ans, il faut couper les aides ».

Dans les années 60, Bull comptait parmi les dix constructeurs mondiaux du secteur informatique balbutiant. Bull décida de faire une alliance avec l’américain Honeywell. En effet, Bull était intéressée par la technologie US et l’émergence annoncée de la Silicon Valley tandis que la perspective du marché européen (traité de Rome) attirait Honeywell1. Les entreprises, qui ne sont pas seulement motivées par la compétition, savent aussi nouer des mariages d’intérêts croisés.

Mais, au nom de la sacro-sainte « indépendance nationale », le Général de Gaulle a cassé cette joint-venture en mettant en avant l’intérêt hautement stratégique du secteur. Après plus de deux décennies de subventions, au frais du contribuable, Bull fut définitivement exclu du marché informatique, en effet stratégique, qui explosa à partir des années 80 avec la miniaturisation.

De son côté, Honeywell attaqua le marché européen par des alliances croisées avec l’allemand Siemens et l’italien Olivetti, trop heureux de prendre de vitesse les Français.

Cela devrait inviter à faire réfléchir sur le sens de l’action publique et sa capacité à prévoir le futur.


Sur le web.

  1. Caccomo J.L., Innovation technologique et évolution économique, L’Harmattan, Paris.