La carte de François Hollande avant la chute finale

La tentation sera grande pour le Président de la République de laisser tomber l’objectif de réduction du déficit public pour faire adopter un plan de relance.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Hollande UE

« C’est une politique qui a été dégradée, ce n’est pas la France ». Cette phrase, prononcée par le candidat François Hollande à propos de l’abaissement de la note de la France par l’agence Standard & Poor’s en janvier 2012, c’est-à-dire à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, se retourne aujourd’hui contre lui tel un boomerang. Car la même agence de notation a abaissé encore la note de la France, cette fois-ci sous le quinquennat de Hollande.

Sauf que maintenant, François Hollande Président ne voit pas dans la nouvelle dégradation de S&P la sanction d’une politique, en l’occurrence la sienne. Non, il continue comme si de rien n’était et mise toujours sur une inversion de la courbe du chômage avant la fin de l’année pour prouver le bien-fondé de sa stratégie économique – laquelle se caractérise par une augmentation massive des impôts, et ce dans le but de réduire le déficit public, en accord avec Bruxelles, à 3% du PIB en 2015.

À n’en pas douter, l’atténuation du chômage finira par avoir lieu un jour, ne serait-ce que du fait d’un éventuel regain d’activité dans l’économie mondiale, lequel aurait par ricochet des effets bénéfiques sur l’économie française. Mais même dans un tel cas de figure, la faible compétitivité de la France est de nature à restreindre le profit qu’elle pourra tirer d’une telle reprise.

Certes, Hollande a fait adopter des mesures visant à redresser la compétitivité de l’économie française. C’est son fameux « choc de compétitivité ». Mais ces mesures sont trop timides et insuffisantes de l’avis d’institutions aussi diverses que la Cour des Comptes, S&P, l’OCDE et la Commission Européenne.

Le fait est que la France ne pourra pas échapper à des réformes structurelles en profondeur : libéralisation du marché du travail, réduction des dépenses de l’État, rationalisation du système des retraites et diminution des charges plombant le coût du travail. D’autres gouvernements de gauche en Europe ont mené ce genre de réformes, sans doute avec difficulté, mais aussi avec un indéniable succès. C’est le cas notamment de la Suède ainsi que de l’Allemagne du chancelier Gerhard Schroeder.

Mais François Hollande n’est pas en mesure de s’embarquer dans cette voie – si tant est qu’il l’eût envisagé. Contesté aujourd’hui de toutes parts et affaibli par ses reculs à répétition, il n’a pas, ou n’a plus, le soutien populaire et la cohésion de sa majorité nécessaires pour faire face aux remous de tout ordre, corporatistes et autres, que de telles réformes ne manqueraient pas de provoquer.

La réduction du déficit public se trouve à son tour dans une impasse. François Hollande ne peut pas pousser plus loin l’augmentation des impôts, car cela finirait d’étouffer et les investissements et la consommation. Mais il n’osera pas non plus tailler véritablement dans les dépenses publiques (il accepte tout au plus de ralentir leur accroissement) car, il le craint ou le sait, sa base politique exploserait dans ce cas.

La « remise à plat » de la fiscalité, que vient d’annoncer le Premier Ministre pour 2014, a tout l’allure d’être une entreprise destinée à calmer le ras-le-bol fiscal ambiant. Elle ne pourra pas toutefois changer les contraintes mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, le Premier Ministre lui-même a prévenu que la réévaluation fiscale qu’il a à l’esprit se ferait « à prélèvements obligatoires constants », autrement dit, sans modification du montant total des impôts.

Compte tenu de ces contraintes, la tentation est grande pour le Président de la République de laisser tomber l’objectif de réduire le déficit public – comme des membres de sa majorité et de la gauche en général proposent depuis un bon moment – et, en lieu et place, faire adopter un « plan de relance » basé sur l’augmentation des dépenses de l’État.

Le début de l’an prochain fournit l’occasion de prendre ce tournant. Hollande pourra alors prétendre que, l’inversion de la courbe du chômage n’ayant pas eu lieu, il reconnaît avoir sous-estimé l’impact de la crise et se doit de booster la demande pour réactiver l’économie.

Le tournant pourrait aussi intervenir plus tard, après la défaite cuisante annoncée pour le PS dans les élections européennes de mai prochain. Le Président pourrait alors prononcer un « Je vous ai compris » et se démarquer de Bruxelles en remettant en question l’objectif de réduction du déficit public fixé en accord avec la Commission européenne.

Il resterait à obtenir de Bruxelles un nouveau moratoire sur la réduction du déficit public de la France. Pour cela, Hollande pourrait arguer que la Commission ne peut pas refuser le moratoire demandé par la France tant qu’aucune mesure comminatoire n’est prise contre le maintien par l’Allemagne d’un excédent commercial dépassant le 6% du PIB – au-delà duquel Bruxelles est censé ouvrir une enquête approfondie.

Or, pour facile et attirante qu’elle soit sur le plan politique, une volte-face de cette nature est vouée à l’échec. Elle pousserait les marchés financiers à augmenter les taux d’intérêt sur les obligations d’État de la France. De sorte que, pour subvenir au renchérissement des emprunts d’État, le gouvernement serait obligé, soit d’augmenter encore les impôts, soit de réduire les dépenses publiques, ou les deux à la fois.

Autrement dit, Hollande se retrouverait dans une situation semblable à l’actuelle, mais en pire, car la France devrait alors payer des intérêts élevés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Pareille situation aurait au moins un effet pédagogique salutaire. Elle aiderait aussi bien la classe politique que l’électorat français à prendre conscience du caractère incontournable des réformes structurelles, celles-là mêmes que les partis politiques de gouvernement, de gauche comme de droite, n’ont pas eu jusqu’ici le courage de mettre en œuvre.