1ère Guerre mondiale : commémoration risquée pour Hollande

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François Hollande se livre à un exercice politique risqué en voulant s’approprier la commémoration de la 1ère Guerre mondiale.

Par le Parisien Libéral

imgscan contrepoints 2013-2350 commémorationIl est toujours très risqué, pour un homme politique, par définition dans l’action et dans le présent, de convoquer l’histoire. Sarkozy en avait fait les frais (rappelez-vous de la lettre de Guy Môquet ou la tentative absolument désastreuse de coller le fardeau de la Shoah sur les épaules de gamins de 9 ou 10 ans). D’un autre coté, quand on est un ancien collaborateur de Mitterrand, il est dangereux de faire comme si l’histoire n’existait pas.

Ainsi, le président de la République a choisi de mettre un accent tout particulier sur la commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale, tout en traçant des ponts avec la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui.

Ce mélange entre passé lointain, passé récent et présent n’a pas manqué d’attirer les commentaires acerbes de la blogosphère. En effet, comment peut-on arriver à coller les expressions de « Justes qui cachaient des juifs » ou de « refus du racisme » dans un discours principalement consacré à la Première Guerre mondiale ?

Sans vouloir faire d’anathème ou d’anachronisme, ce n’est pas faire injure à l’Histoire que d’affirmer que la 3ème République, celle qui a lancé la France dans la Première Guerre mondiale, est précisément raciste. Faut-il rappeler ce que l’on lisait sur les Prussiens Boches Schleus Allemands en 1914 ? Le fond germanophobe des Français de l’époque ne doit pas être perçu avec nos lunettes d’aujourd’hui, mais il a été réel et conserve des traces chez certains. Qui plus est, les livres d’histoire et de géographie de la République n’apprenaient-ils pas qu’il existe une inégalité des races ? Les socialistes de l’époque n’ont-ils pas soutenu la colonisation (que les nationalistes ne voulaient pas) ? Hollande a t-il cherché à faire oublier le fait qu’il a réussi à rendre hommage à Jules Ferry, le jour de la Journée nationale de l’abolition de l’esclavage ?

soldatD’autre part, contredisons le président de la République qui a rendu un vibrant hommage au courage du poilu : Hollande se trompe. Le poilu n’avait pas que du courage, il avait avant tout des ordres. Il avait dans son dos les baïonnettes de ses supérieurs, les gradés de l’armée, qui appliquaient les ordres.

Le président Hollande nous dit qu’aujourd’hui, la paix suscite l’indifférence et les séparatismes montent en Europe, ce qui explique pourquoi il faut protéger l’idée et l’idéal européen. Voila un point de vue bien ethnocentrique. Est-ce que Hollande pense aux soldats flamands, qui pensent à tort ou à raison que les officiers wallons les ont enrôlés dans une guerre pour laquelle ils ont payé un prix élevé ? A-t-il en tête le fait que la Bretagne, elle aussi, a payé lourdement la Première Guerre mondiale ?

Pour certains aujourd’hui, le séparatisme, dans le cadre d’une Europe unie, c’est la volonté non pas de se replier, mais de vivre selon ses propres normes tout en rejetant le jacobinisme qui sévit dans certains pays comme la France à coup sûr, et l’Espagne peut-être. Sauf preuve du contraire, la Suisse, la Catalogne, la Bavière, la Flandre ou l’Écosse n’ont jamais lancé de guerres contre quiconque. Par contre, la France ou l’Allemagne ont lancé des guerres d’agressions contre leurs voisins petits et grands.

La mémoire ne divise pas, jamais ? Elle rassemble ? Rien n’est moins sûr, contrairement à ce que pense le président Hollande. Un pays comme la France, qui a encore un peu de mal à regarder la Seconde Guerre mondiale de manière dépassionnée et objective, en sait quelque chose.

Tenez, prenons deux exemples qui concernent directement le président de la République.

Les grands parents de Hollande ont été exposés à la guerre, aux balles et aux gaz de la Première Guerre mondiale, nous a appris le discours d’hier après-midi. Mais le père de Hollande ? Georges Hollande, médecin d’extrême-droite qui soutiendra l’OAS et les ratonnades du pont de Neuilly, le massacre de la station Charonne et le passé du préfet Papon, ce notable poujadiste de Bois-Guillaume, que faisait-il en 1943 (il avait 20 ans) ? Il s’agit d’une question ouverte, sans préjugé. Mais puisque le président de la République tient à nous parler de sa famille, pourquoi n’évoque-t-il pas son père ?

Deuxième exemple : admettre une différence de traitement entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite, entre le Front national et le Front de gauche. Pourquoi un pays comme la France ne peut pas reconnaître que le fait que les communistes ayant été en partie des collabos entre 1939 et 1944, puis des factieux à l’automne 1944, il conviendrait, en toute logique, de les traiter comme le sont les héritiers du Pétainisme aujourd’hui ?

Mais revenons à la Première Guerre mondiale. Le Président Hollande nous dit : « La république a triomphé, ainsi que la démocratie ». Cela signifie-t-il que le Royaume-Uni et la Belgique ne sont pas dans le camp des vainqueurs de la Première Guerre mondiale ?

En fait, toute cette mise en scène de la prise de hauteur du président de la République risque de tourner au lamentable flop, et tout ça parce que, manifestement, l’Élysée n’a pas pu s’empêcher d’appeler l’histoire à la rescousse de son propre agenda.

C’est vraiment dommage que les socialistes rallument la guerre des mémoires, que ce soit pour 14-18 avec Hollande, ou pour les déportations dans les camps nazis pour Pierre Aidenbaum, le maire socialiste du 3eme arr. C’est ça la France apaisée et rassemblée que Hollande promettait ?

Enfin, pendant que Hollande fait diversion avec 14-18, en lançant, disons-le, de ridicules appels à la mobilisation économique, la machine étatique, elle, progresse : hausse de la taxe sur les billets d’avion, accès aux comptes en banque des chômeurs par l’ANPE, mise en réseau des radars en Europe, voila tout ce qui se passe ces jours-ci….

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