En réponse à Gaspard Koenig sur Christine Lagarde

La lecture attentive d’un document officiel du FMI semble confirmer ses velléités d’encourager les pays d’Europe à taxer par surprise l’épargne privée pour éponger les dettes publiques

Par Nick de Cusa.

Christine Lagarde

Gaspard Koenig a répondu de façon critique à mon billet sur l’appel du FMI à saisir 10% de l’épargne des européens. Je lui suis reconnaissant d’avoir pris le temps de le faire. Je lui suis surtout reconnaissant d’avoir apporté au débat un nouvel élément, à savoir le passage exact qui a été incriminé par la presse, et par moi-même en réaction.

Gaspard a 100% raison que les sources primaires valent mieux que tout le reste, et c’est donc une bonne chose qu’il nous l’ait livrée ici.

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Pour plus de clarté, le mieux est de traduire le texte qu’il nous a soumis :


Encadré 6 : un prélèvement en une fois sur le capital ?

La détérioration aiguë des finances publiques dans de nombreux pays a ravivé l’intérêt pour un « prélèvement sur le capital », un impôt prélevé en une seule fois sur la richesse privée, comme mesure exceptionnelle pour ramener la dette à un niveau supportable. L’attrait est qu’un tel impôt, s’il est appliqué avant qu’il ne soit possible d’y échapper, et si la croyance existe qu’il ne sera jamais répété, ne crée pas de distorsion des comportements (et pourrait être vu par certains comme juste). Il a eu des fans illustres, y compris Pigou, Ricardo, Schumpeter et, jusqu’à ce qu’il change d’avis, Keynes. Les conditions de son succès sont fortes, mais doivent aussi être soupesées face aux risques des autres options, qui incluent de répudier la dette publique, ou de l’évacuer par l’inflation (celles-ci étant, à leur tour, une forme particulière d’impôt sur la fortune, sur les détenteurs d’obligations, qui tombe aussi sur les non-résidents).

Il y a une somme suffisamment vaste d’expériences sur lesquelles s’appuyer, vu que de tels prélèvements ont été largement adoptés en Europe après la Première Guerre Mondiale, et en Allemagne et au Japon après la Seconde Guerre Mondiale. Passées en revues par Eichengreen en 1990, ces expériences montrent que, bien plus que toute perte de crédibilité, l’échec à réduire la dette est largement due au retard dans l’introduction de la mesure, ce qui a donné de l’espace pour une importante évasion fiscale et une fuite des capitaux, et ce qui a fini par stimuler l’inflation.

De plus, les taux d’imposition nécessaires pour ramener la dette publique à des niveaux d’avant la crise sont importants : réduire les ratios de dette à des niveaux de fin 2007, par exemple, exigerait (pour un échantillon des 15 pays de la zone euro) un taux d’imposition d’environ 10% sur les ménages ayant une fortune nette positive.


Gaspard lit ce texte comme disant qu’il ne faut pas le faire. C’est tout sauf évident. De fait, ce qu’il dit, c’est que ça ne marchera pas si 1° vous ne le faites pas par surprise et très vite, et 2° vous n’appliquez pas un taux assez fort. Et pourquoi donc ne pas interpréter cela comme disant, plutôt, de le faire tout simplement vite et fort ?

À chaque lecteur de se faire sa propre opinion.

En ce qui me concerne, deux éléments vont dans le sens de me conforter dans ce que j’ai écrit auparavant sur ce sujet. Le premier c’est le problème moral de voler les économies des gens, et là il est très clair que le FMI de Mme Lagarde ne perçoit même pas l’existence de ce problème. Le deuxième, c’est que le FMI fait partie de la troïka qui a poussé Chypre à appliquer justement cette mesure. Et bien à l’appliquer par surprise, et au niveau punitif de 10% jugé nécessaire dans le passage que Gaspard a soumis à notre attention. Partant de là, comment donc croire que le FMI est contre ?

J’ajouterai juste une remarque pratique : puisqu’une des conditions du succès de cet impôt est la vitesse et la surprise, alors, il y a justement tout intérêt à lancer des avertissements aux gens sur la probabilité qu’il arrive. C’est ce que j’ai choisi de faire. Ce choix me semble le bon.

Au vu de ces deux éléments, je maintiens une confiance plus forte dans mon interprétation que dans celle de Gaspard.

Concernant Mme Lagarde, je ne discuterai pas de ses qualités humaines, il n’est nullement question ici de s’en prendre à la personne. Quant à sa capacité à exercer des responsabilités immenses, où elle a le pouvoir de causer des dégâts considérables, nous avons déjà abordé le problème, par exemple ici et . Et que dire du niveau délirant et grotesque de déclarations qu’elle est capable de lancer en public ?

Quoi qu’il en soit, les choses sont très simples. Mon petit billet qui a provoqué la réaction de Gaspard, sera sans doute très vite oublié. Et si, par malheur, il ne l’est pas, alors nous serons fixés : les faits l’auront d’ici là cruellement discrédité.

Ou pas.