Grèce : Aube Dorée considérée comme une organisation criminelle

Manifestation d'Aube dorée (Crédits Steve Jurvetson, licence creative commons)

Des membres du parti néo-nazi Aube Dorée ont été arrêtés et accusés d’avoir participé à une organisation avec l’intention de commettre une infraction majeure.

Des membres du parti néo-nazi Aube Dorée ont été arrêtés et accusés d’avoir participé à une organisation avec l’intention de commettre une infraction majeure.

Par Athanasios Tsiouras, depuis Athènes, Grèce.

Le 18 Septembre les Grecs ont été choqués d’apprendre qu’un rappeur de gauche avait été tué et qu’un membre d’Aube Dorée, un parti néo-nazi originellement marginal mais alors troisième dans les sondages, avait avoué le meurtre. Quelques jours plus tard, au milieu du tollé général qui a suivi, le ministre de l’intérieur a fait passer les dossiers de 32 affaires pénales liées à Aube Dorée au Premier Procureur qui devait déterminer si le parti était une organisation criminelle. Le week-end suivant, les 28 et 29 septembre, le leader d’Aube Dorée Nikolaos Michaloliakos, quatre autres députés parlementaires d’Aube Dorée, et plus de 20 autres membres ont été arrêtés et accusés d’avoir participé à une organisation avec l’intention de commettre une infraction majeure. Le pourcentage d’opinions favorables à Aube Dorée dans les sondages est tombé presque instantanément d’un tiers.

Voilà une histoire que peu de gens auraient prédite il y a trois ans, quand Aube Dorée faisait sa première apparition à la télévision. C’était en Septembre 2010, ce qui parait aujourd’hui une autre époque, au cours du premier débat télévisé pour l’élection municipale d’Athènes. L’hôte du débat avait annoncé qu’il permettrait au leader d’Aube Dorée de faire une brève déclaration en dehors du format du débat. Aube Dorée avait été exclue des débats télévisés précédents en raison de son idéologie nazie, et son chef de file a été autorisé à paraître seulement après avoir menacé de poursuivre la télévision en justice.

C’était la première fois que la plupart des spectateurs voyait ou entendait parler d’Aube Dorée. Mais dans les quartiers les plus pauvres d’Athènes, où de nombreux immigrés sans papiers résidaient aux côtés de Grecs pauvres, Aube Dorée travaillait discrètement. En offrant une protection aux résidents grecs contre les criminels, réels ou perçus comme tels, en surveillant les aires de jeux pour les enfants grecs, en tenant les immigrés « à distance », ils étaient devenus une force informelle avec laquelle il fallait compter.

Pourtant, beaucoup de gens ont été surpris lorsqu’Aube Dorée a récolté 5,3 pour cent des votes lors des élections municipales d’Athènes en Novembre 2010 et qu’un membre de ce parti a été élu conseiller municipal. Ayant gagné en visibilité, Aube Dorée répandait désormais son message à travers toute la Grèce : la crise financière a été provoquée par des politiciens corrompus de tous les partis en tandem avec les requins de la finance internationale qui ont contribué à accumuler l’odieuse dette de la Grèce, et les emplois des Grecs ont été pris par les immigrés clandestins. Ce message trouve un écho dans une société à la recherche de boucs émissaires : les sans-papiers et la caste politique « traîtresse ». Au printemps et à l’été de 2011, des manifestations quotidiennes ont eu lieu à l’extérieur du bâtiment du Parlement, avec des citoyens se disant « indignés » et qui parfois menaçaient d’envahir le Parlement. Cela s’est avéré être un terrain fertile pour de nouvelles recrues d’Aube Dorée, et le parti a commencé à monter vers les 3 ou 4 pour cent dans les sondages d’opinion. Ses résultats aux élections de mai et juin 2012 ont approché les 7 pour cent.

Même après ses succès électoraux, le programme d’Aube dorée se composait de seulement deux ou trois slogans : les immigrés, les politiciens corrompus et les bailleurs internationaux sont la cause de la crise économique. Ainsi, selon le parti, les immigrés clandestins doivent être chassés de la Grèce en faisant usage de la force et la dette publique de la Grèce devrait être répudiée. Aube dorée a voté contre toutes les propositions de réforme et s’oppose à « virer les Grecs du secteur public », ainsi qu’à toute réduction de la taille de l’État. En fait, le parti a appelé à la « nationalisation » de tout ce qui bouge (pour mettre les entreprises sous le contrôle de la « nation », par opposition à l’État). En dehors de cela cependant, les politiques proposées par Aube Dorée manquaient de détails. On ne pourrait même pas dire comment il se positionnait sur l’Europe ou sur l’euro.

Des sièges et bureaux d’Aube Dorée ont commencé à apparaître dans toute la Grèce, et le nombre de ses membres s’est multiplié. Les membres du Parti distribuaient gratuitement de la nourriture, aux Grecs seulement. Dans l’intervalle, des histoires sur les membres d’Aube dorée harcelant les immigrés ont émergé. Ses députés  auraient dirigé des groupes de membres du parti qui auraient ordonné à des immigrés de leur montrer leurs papiers. Le porte-parole du parti a notoirement giflé une député du Parti communiste en direct à la télévision, et ses membres ont commencé à apparaître en uniforme du parti et en formations militaires. Ils ont perturbé les cérémonies publiques, en particulier lors des fêtes nationales ou lors de cérémonies du souvenir d’événements remontant à la Guerre civile grecque de 1946-1949. Des camps d’entraînement ont été organisés, et des cours d’autodéfense ont été proposés aux membres du parti, qui agirait plus ouvertement au mépris de la loi, parfois avec la complicité présumée de la police.

Puis vint le meurtre du 18 septembre et les arrestations ultérieures. Selon l’accusation, au moins 10 délits graves sont liés aux personnes arrêtées et à leur organisation criminelle, qui a même recruté des mineurs pour faire avancer sa cause. Si une organisation criminelle fonctionne effectivement comme un parti politique, alors l’arrestation de ses membres est en effet bienvenue. Mais puisque l’accusation a été lancée par un ministre en exercice contre les membres d’un parti politique adverse, l’application stricte de l’État de droit et des garanties constitutionnelles offertes à l’accusé sont cruciales. Ce sera le signal de la différence entre la répression venant d’un gouvernement arbitraire et la justice.