Qui remboursera la dette publique française ?

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La dette publique française se rapproche tranquillement des 2 000 milliards d’euros et va bientôt représenter 100% du PIB. A-t-on pour autant sonné le tocsin ?

La dette publique française se rapproche tranquillement des 2 000 milliards d’euros et va bientôt représenter 100% du PIB. A-t-on pour autant sonné le tocsin ?

Par Jean Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

C’était la vedette des médias il y a trois ans. Depuis, on l’avait un peu oubliée, mais elle se rappelle à notre bon souvenir : la dette française est toujours là. Elle continue à progresser, les mêmes causes produisant les mêmes effets et les déficits successifs entraînant de nouvelles dettes. Elle se rapproche tranquillement des 2 000 milliards d’euros et va donc bientôt représenter 100% du PIB. A-t-on pour autant sonné le tocsin ? Non, car on ne veut ni réveiller les Français, ni inquiéter les marchés. Et pourtant, la situation est très grave.

Une dette égale à 95% du PIB

Pour vivre heureux vivons cachés. Les ministres qui ont présenté le projet de loi de finance pour 2014 (le budget) ont été très discrets sur un sujet naguère au cœur des débats : la crise des dettes souveraines. Les grands malades s’habituent à leur mal, même quand ils le savent mortel. Certes, la France n’est pas le seul pays concerné : « ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Mais est-ce une consolation, sommes-nous rassurés en compagnie des Grecs et Portugais ?

Les derniers chiffres, annoncés par Le Figaro et rendus officiels quelques jours plus tard, indiquent une dette de 90,2% du PIB en 2012, de 93,4% cette année et de 95,1% fin 2014 : le mal progresse inexorablement. Pulvérisé le chiffre annoncé au printemps 2013 aux autorités de Bruxelles. C’est pire qu’on ne le pensait il y a moins de six mois.

Pour beaucoup de gens, le chiffre de 95 ou 100% du PIB ne signifie pas grand-chose, même s’ils comprennent que sa croissance n’est pas bonne. En fait, il frappe l’imaginaire, parce qu’il signifie que si l’État français veut rembourser sa dette il devrait engloutir toute la production de toute une année et les Français seraient privés du moindre pouvoir d’achat : pas un sou pour manger ni vivre ! Une telle éventualité est bien sûr théorique, mais elle mesure l’ampleur de l’effort qu’il faudra étaler sur vingt ou trente ans pour rembourser : cadeau aux jeunes générations !

30 000 euros par personne

Exprimés en milliards, les chiffres donnent le vertige : la dette sera de 1 950 milliards d’euros l’an prochain. Là encore, c’est abstrait, mais si on divise par le nombre d’habitants, cela fait 30 000 euros par personne. Pour une famille moyenne ayant deux enfants, cela fait une dette de l’ordre de 120 000 euros. Belle moralité que de léguer à nos petits-enfants nos impayés d’aujourd’hui.

Comment en est-on arrivé là ? Pour s’endetter, il faut dépenser plus qu’on n’a de recettes. C’est vrai pour un État comme pour une famille. Il y a donc emprunt, donc dette, dès qu’un budget public est en déficit. Dans le cas français, le dernier budget de l’État à l’équilibre remonte à 1974. Depuis, à des degrés divers, le budget de l’État a toujours été en déficit. 40 ans de déficits, donc 40 ans d’emprunts qui se rajoutent à ceux des années précédentes. On parle de déficit structurel, mais le terme est ambigu si l’on veut dire par là qu’il n’y a rien à faire. C’est un déficit durable, et volontaire, voulu par tous les gouvernements et les majorités successives.

Autres éléments de la dette « souveraine »

Veut-on être encore plus réaliste sur ce que les emprunts d’aujourd’hui signifient en remboursements demain ? Il faut pour cela ajouter à la dette de l’État celle de la Sécurité Sociale. Car notre chère Sécu est aussi déficitaire que notre cher État, puisqu’aucune réforme de fond n’a été réalisée depuis des décennies, chaque gouvernement ayant affirmé son désir de « sauver la Sécu » en empruntant encore un peu plus !

Pour être tout à fait réaliste et complet, il faut ajouter aux dettes de l’État et de la Sécu celles qu’ont accumulées les collectivités locales, elles se sont surpassées depuis qu’elles sont gérées par la gauche (mais des collectivités « de droite » ont également chargé la barque).

Des gens habiles, qui se prennent pour de grands financiers, objectent que le poids de la dette n’est pas en un instant donné si lourd qu’il y paraît, puisque cette dette sera couverte par des emprunts à 10, 15 ou 20 ans. Mais les intérêts de la dette continuent aussi à courir et quand 10 ans plus tard on doit rembourser une tranche, il faut emprunter encore à 10, 20 ou 40 ans pour honorer sa signature. Un honneur de plus en plus coûteux parce qu’à la longue la solvabilité des États s’épuise et les taux d’intérêt augmentent quand la « notation » se dégrade. En fait, ce qui est pratiqué actuellement c’est de la « cavalerie », de la fuite financière en avant : on rembourse en empruntant.

Les déficits ont bonne presse

Pourquoi accepter d’être en permanence en déficit ? Première raison avancée : pour investir. Les investissements publics sont durables et serviront aux générations futures ; autant les faire participer au financement. Raisonnement discutable, mais en l’occurrence hors sujet, car pour l’essentiel, les déficits actuels ne sont pas dus au poids des dépenses d’investissement mais au poids des dépenses de fonctionnement. Ce que nous demandons à nos enfants de financer ; ce sont nos dépenses de maladie, de retraite ou de salaires des fonctionnaires.

Il y a une autre raison avancée : le déficit sert à relancer l’économie. Voici la grande illusion keynésienne de la relance par les dépenses publiques. Que ces politiques de relance n’aient jamais rien relancé, sauf les déséquilibres intérieurs et extérieurs, n’a jamais fait fléchir les keynésiens dogmatiques. Jamais les déficits n’ont été aussi élevés et jamais nous n’avons connu telle récession. Nous mesurons chaque jour l’erreur de la relance keynésienne, qui est un simple prétexte pour étendre le domaine de l’État et des dépenses publiques.

Faire faillite ou réduire la taille de l’État

Il nous faudra un jour rembourser, ou nous déclarer en faillite, ce qui ruinerait tout crédit et constituerait le vol de ceux qui nous ont prêté. Nous pouvons aussi faire de l’inflation si la Banque Centrale Européenne le veut bien : alors on remboursera avec un euro devenu monnaie de singe ; c’est une autre forme de vol. Certes, nous n’en sommes pas à la situation de la Grèce ou de l’Espagne, mais si la confiance est lente à se construire, la méfiance peut être très rapide et nous ne sommes pas à l’abri d’un dérapage brutal des taux ; un point d’intérêt, sur l’ensemble de la dette, c’est 20 milliards.

En attendant, il faut payer les intérêts, devenus le premier poste budgétaire, plombant encore plus notre budget.

On dira que les gouvernants savent tout cela, que nous avons accepté la règle d’or européenne d’un retour à l’équilibre budgétaire, que nous avons pris des engagements de réduction des déficits, etc. Il suffit de regarder le projet de budget pour 2014 (sans parler de celui de la Sécu), pour voir que les engagements ne sont pas tenus, que nous avons deux ans de retard, que le déficit sera encore de 4% du PIB cette année et supérieur à 3% l’an prochain, donc que la dette poursuivra sa course folle. Cela est suicidaire et finira un jour dans un grand effondrement.

Il n’y a pas d’autre solution que de rétablir un excédent budgétaire et, pour cela, il faut massivement diminuer les dépenses publiques, ce qui ne peut se faire que si l’on réduit le domaine public, si l’on privatise tout ce qui peut l’être. Rien ne va dans ce sens dans le projet de budget pour 2014. La dette sera donc encore et toujours au rendez-vous.


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