Berlusconi et la rédemption italienne

Si le gouvernement actuel s’effondre et que l’Italie se lance dans une nouvelle joute électorale, à n’en pas douter, le Berlusconi Bashing battra de nouveaux records.

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Silvio Berlusconi (Crédits Roberto Gimmi, licence Creative Commons)

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Berlusconi et la rédemption italienne

Publié le 1 octobre 2013
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Si le gouvernement actuel s’effondre et que l’Italie se lance dans une nouvelle joute électorale, à n’en pas douter, le Berlusconi Bashing battra de nouveaux records.

Par Stéphane Montabert.

De ce côté des Alpes, l’affaire est entendue : Silvio Berlusconi est un monstre. Celui que l’on surnommait avec dédain il Cavaliere s’est récemment vu affubler de qualificatifs peu flatteurs dont « inconscient » et « fou » sont sans doute les plus honorables.

Tout est la faute de la démission des ministres de sa coalition du gouvernement, un geste apparemment décidé par Silvio Berlusconi lui-même. Le départ des ministres provoquera probablement l’effondrement de la coalition dirigeant actuellement l’Italie après cinq mois d’existence, donc des élections anticipées, une campagne électorale, une incertitude politique et tutti quanti.

Pourquoi ?

Pourquoi cette décision, ce chaos prévisible, cette remise en question d’une maigre stabilité acquise après d’âpres tractations ?

Pour les médias dont la posture anti-Berlusconi n’est plus à démontrer, la responsabilité est entièrement à chercher du côté de l’homme, son attrait pour le pouvoir, le rejet de sa dernière condamnation. Après des décennies de lutte judiciaire, il sacrifierait l’Italie entière pour une maigre chance de préserver son pouvoir. Selon un « spécialiste » de la vie politique italienne :

« Silvio Berlusconi est un homme qui n’a plus rien à perdre. On a sous-évalué son intelligence manichéenne. Il a une jouissance personnelle à voir qu’il peut conditionner l’avenir de l’Italie toute entière. Hormis dans les dictatures, qui a le pouvoir, par sa simple parole et son aura, de dicter la marche d’un pays ? […]

Le 4 octobre, le Sénat devait se prononcer sur sa destitution, qui le priverait de l’immunité parlementaire [et provoquerait l’exécution de sa peine de quatre ans de prison – ramenés à un seul par une amnistie – pour fraude fiscale]. Berlusconi se bat pour ne pas perdre cette immunité.

Il a l’arrogance de penser qu’il peut gagner cette guerre et que son parti, le Peuple de la liberté (PDL, droite), peut remporter la majorité lors d’élections anticipées et faire annuler cette question d’immunité. S’il y parvient, il aura gagné sur la politique et la magistrature. »

Le mal, vous dis-je. Le pari fou de Berlusconi serait de ravir la majorité actuellement détenue par le parti de gauche du Premier ministre Enrico Letta pour retourner en sa faveur les votes le concernant.

Le mal est une explication pratique. Il fait de Berlusconi une sorte de démon, ce qui n’est pas pour déplaire dans certains cercles. Il empêche de creuser la question davantage – qui serait pervers au point d’enquêter sur le mal ? – et permet de lancer des anathèmes à tout bout de champ.

Pourtant, plus sérieusement, les ambitions politiques d’un jeune homme de 77 ans paraissent limitées, quelle que soit l’issue de ses déboires judiciaires. Et la crise qui secoue l’Italie en ce début de semaine a peut-être une toute autre raison. Pour la comprendre, il faut examiner le point de vue du PLD, livré brut de forme pendant les premières heures de la crise, avant que la machine médiatique habituelle ne se mette en branle…

« [Les ministres membres du Peuple de la Liberté] ont tous suivi la consigne de Silvio Berlusconi qui avait jugé plus tôt inacceptable et irrecevable l’ultimatum d’Enrico Letta, a-t-elle précisé. Le président du Conseil avait demandé vendredi soir une clarification devant le Parlement à propos du soutien incertain du centre droit à son gouvernement de coalition droite-gauche. Dans l’après-midi, le Cavaliere avait invité, dans un message adressé à Angelino Alfano, les ministres PDL à évaluer l’opportunité de présenter immédiatement leur démission pour ne pas se rendre complices d’une ultérieure vexation imposée par la gauche aux Italiens.

La décision adoptée hier par le président du Conseil de geler l’action du gouvernement, entraînant de cette façon l’augmentation de la TVA, est une grave violation du pacte de gouvernement, avait argumenté Silvio Berlusconi. Le Conseil des ministres avait été convoqué vendredi par Letta afin d’ajourner l’augmentation prévue pour le 1er octobre de la TVA, mais, en raison de la crise politique, Enrico Letta avait repoussé toute décision. L’augmentation, de 21 % à 22 %, sera appliquée le 1er octobre. Cette hausse d’un point est redoutée par les milieux économiques car elle risque de peser sur la consommation et la reprise. »

Le Premier ministre de gauche aurait ainsi délibérément gelé l’action du gouvernement italien pour qu’une hausse automatique de la TVA ait lieu. La démission des ministres et la probable chute du gouvernement ne seraient pas dues à une revanche berlusconienne mais à une hausse de la TVA imposée à la hussarde contre le PLD et contre les accords signés entre les partis pour prendre part à la coalition dirigeante.

En démissionnant, les ministres du PLD ont pris leur responsabilité : plutôt dénoncer la mascarade qu’en devenir complices. Il en va de leur honneur et du sens d’un pacte gouvernemental. Bien entendu, c’est risqué, mais le blâme ne serait-il pas aussi à chercher du côté de M. Enrico Letta et de ses basses manœuvres ?

Si le gouvernement actuel s’effondre et que l’Italie se lance dans une nouvelle joute électorale, à n’en pas douter, le Berlusconi Bashing battra de nouveaux records. Mais le dernier mot vient des urnes. Or, le camp de Berlusconi est le seul à rester crédible lorsqu’il affirme s’opposer aux hausses des prélèvements.

Les électeurs pourraient s’en rappeler, peu importe la bile déversée par les médias contre un homme politique qu’ils détestent depuis si longtemps.


Sur le web.

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  • Berlusconi rend fou les gauchistes.

    Et rien que pour cela, il doit avoir notre sympathie.

    Mais il doit surtout avoir notre sympathie pour son côté Humanbomber, son payload, sa charge explosive : il peut en effet casser la pseudo « stabilité » de l’Italie, qui n’est en fait qu’un Potemkine géant organisé par tout l’appareil d’état avec la complicité active des Bruxellois.

    Car enfin… Monti… Letta… des portes flingues, que dis-je des porte savonnettes, du Système, corrompu, violent et veule.

    L’Italie est une gigantesque poutre (en raison de sa situation éco, de sa dette) dans le projet fou et mortifère des Bruxellois (Euro, dictature molle pan européenne, fédéralisme forcé dans la gueule des peuples).

    Donc, voilà pourquoi je soutiens Berlusconi.

    Pour une raison sentimentale, mais surtout pour une raison objective.

    De nouvelles élections pourraient plonger le pays dans un blocage encore plus profond, accélérant la chute de l’Etat italien et donc de l’Euro.

    Bref, Berlusconi pourrait être l’instrument -involontaire il va de soi- de notre libération.

    Viva Bunga Bunga !

    • Tout à fait d’accord.
      Le seul à s’opposer à « l’oligarchie », qui a fini par avoir sa peau pour des raisons « juridiques » certes, mais futiles.
      C’est un Monti qui devrait être traduit en justice pour « crime contre des compatriotes »

      • Ah bon ? C’est Monti qui est responsable de l’état du pays depuis une décennie ?

        • Monti est un « salaud » au sens Sartrien du terme, et est le résultat d’un coup d’état soft téléguidé par la commission européenne.
          C’est un haut nervi de goldman sachs :et de l’Europe : bravo le libéralisme avec des monstres de ce genre, qui ,entre parenthèses ne connaissent d’autres carrières que celles de fonctionnaires.

    • Les ennemis de nos ennemis ne sont certainement pas nos amis.

  • Il mérite notre sympathie. il utilise des prostituées mineures pour des soirées privées, c’est forcément un mec bien. D’ailleurs, Christophe, vous aussi…………..

    • on imagine une partie de bunga bunga avec il cavalieré, o’banana, nickcarla et sa charmante épouse ritalienne: dantesque

    • Argument qui, comme d’habitude avec les gauchistes, fait appel à la morale par la bande et qui comme d’habitude repose sur un mensonge : je n’ai jamais écrit que Berlu était sympathique CAR il couchait avec des prostituées mineures.

      Pour me mettre à votre niveau (collège ?) je peux vous répondre : « Et Dominique Strauss Khan ? » ou encore « Et les ballets bleus de certains ex ministres nanananère ? »

      Bref, ça ne mange pas de pain, cela satisfait l’égo des bobos et comble sans doute un manque d’amour maternel, mais ça ne fait pas avancer le débat.

      Cela vous rassure de voir en Berlusconi le diable en personne ? Soit.

      Mais, il est possible de reconnaître que Bunga Bunga est une crapule dans sa vie privée, tout en louant son action politique, pour les raisons que j’évoquais dans mon premier commentaire.

      Et on aimerait vous lire à… ce sujet.

      • Merci pour le niveau collège. En tant que collègien, voire peut-être même maternelle, je vais aller sur Wikipédia.
        Oh, mais que vois-je? Le gentil Berlu anti-gauchiste (ça c’est un programme!! je rappelle aux libéraux à 2 balles que l’UMP aussi est anti-gauchiste ), donc gentil-berlu a été président du conseil à 3 repirses (1994-1995 , 2001-2006 & 2008-2011) .
        Je passe sur les divers portefeuilles ministériels, ça ne compte pas.
        Mais comme c’est un anti-gauchiste, on peut louer son action, puisque l’Italie se porte parfaitement bien.
        Quand au mélange des genres, peut-être qu’un libéral m’expliquera ce qu’est le capitalisme de connivence, c ar ça n’ a pas court avec l’ami berlu, puisque c’est un anti-gauchiste.
        Le collège en profite pour saluer le primaire. Ciao

  • « Or, le camp de Berlusconi est le seul à rester crédible lorsqu’il affirme s’opposer aux hausses des prélèvements. »

    Mais vous ne pouvez écrire sérieusement cela après les longues années de clientélisme de la clique à Berlusconi. L’opposition à la taxe n’est qu’un prétexte et a effectivement plus à voir avec son retrait pour cause judiciaire de la vie politique.

    • Vous lisez dans les pensées?

      Ce n’est peut-être qu’un prétexte, mais qui est responsable de ce prétexte si ce n’est M. Letta?

      Ce que tous les médias passent sous silence c’est que la démission des ministres du PLD et la possible chute du gouvernement est une REACTION a une hausse de la TVA. On peut blâmer la réaction mais pas ignorer ce qui lui a donné lieu. Letta a donné le bâton pour se faire battre – fallait-il qu’il en ait envie de cette hausse de la TVA!

      • Si ce n’était pas un prétexte ils ne se contenterais pas de dénégation molle. Mais ils n’allaient pas tout de même pas dire : « nous démissionnons à cause d’une décision de justice qui est défavorable à notre leader ».

  • Deux grandes nouvelles pour ma liesse personnelle !

    Obama mis dans les cordes avec son budget délirant, ses engagements de fonctionnaires à la pelle, et son « Clinton Care » recyclé « Obamacare », qu’il a tenté de vendre sans prix ni mode d’emploi. Magnifique réaction démocratique : on efface tout, et on repart sur des bases plus saines.

    La seconde est évidemment Berlusconi, trainé dans la boue par ses adversaires, beau joueur venant au gouvernement de salut public, mais jamais écouté par ses partenaires, son retrait qui les a laissés pantois, et maintenant l’hypothèse qu’il pourrait les soutenir de l’extérieur … s’ils sont sages ! Comment ne pas adorer un tel homme qui, décrié et maltraité, reste le maître du jeu !

    Pas étonnant que notre presse subventionnée le déteste !

    • 1)Obamacare n’a pas été effacé et ne le sera pas (du moins pas avant la prochaine présidentielle). Il est toujours très difficile de se débarrasser de ce genre de législation.

      2) La question que je me pose c’est plutôt comment peut-on adorer Berlusconni ? C’est Sarkozy en pire. Qu’a-t-il donc fait de libéral quand il était au pouvoir ? Le simple fait d’être détesté par la gauche n’est pas une qualité en soi.

      • Vous découvrez le gauchisme de droite.

      • Il ne s’agit pas d’adorer Berlusconi, mais de rejeter l’oligarchie bureaucratique et des valets tels que Sarkozy et Merckel.
        Berlusconi, même et surtout si c’est un « Caesar », est un homme de vraie culture occidentale classique; les autres , non.

        • J’aurai tout lu sur Berlusconi.
          un homme de vraie culture occidentale ? Alors là c’est le bouquet
          La loge P2? C’est la culture occidentale
          La télé-poubelle ? c’est la culture occidentale
          Les lois d’amnistie me concernant? Les putes mineures (c’est vraiment la culture occidentale)? Les détournements de fonds? La fraude fiscale? La corruption? Les liens avec la Mafia? Les pots-de-vin? Les faux tépoignages? L’affaire David Mills?
          J’en ai oublié peut-être??
          ce qui grave, c’est que des soi-disant « libéraux » sont tellement anti-communistes qu’ils en perdent toute lucidité, et arrivent à écrire n’importe quoi

  • Franchement, ceux qui ont imaginé que l´euro pouvait marcher avec des grecs, des italiens et des corréziens ( version Hollande et Chirac) sont de sacrés couillons….

  • Les commentaires sont fermés.

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