Marc Crapez : « Le libéralisme c’est avoir le courage de ses opinions » (2/2)

Marc Crapez (Crédits : Marc Crapez, tous droits réservés)


Marc Crapez est un habitué de nos colonnes. Cet entretien est l’occasion pour nos lecteurs de le découvrir. Pourquoi est-il libéral ? Le libéralisme a-t-il sa place en France?

Entretien réalisé par PLG, pour Contrepoints.

Première partie ici.

Quelle serait d’après vous la meilleure stratégie pour faire émerger ces idées politiquement ? 

La meilleure stratégie serait d’apprendre à penser contre soi-même. Historiquement, le libéralisme s’est opposé au traditionalisme. Mais il ne s’est pas opposé au traditionalisme en tant que tel et par bon plaisir. Il s’est opposé au traditionalisme dans la mesure où celui-ci faisait régner une chape de plomb sur la société. Le libéralisme estimait qu’il y avait mieux à faire que la reproduction à l’identique. A partir du moment où le traditionalisme est archi-vaincu, le libéralisme peut changer son fusil d’épaule.

 

« Il faut repenser la lettre du libéralisme si l’on veut rester fidèle à son esprit »

 

Dès lors que l’écrasante majorité arbore l’emblème du progressisme, il devient stérile de s’en réclamer. Sachant que le conservatisme est unanimement blâmé, il devient puéril de s’en démarquer. En effet, le libéralisme se défie du dogmatisme. Il s’élève contre toutes les formes d’oppression. Refuse de hurler avec les loups. Il est soucieux d’éviter la facilité et de rompre le consensus, puisque la concurrence est créatrice.

C’est la même chose au sujet du libre-échange, on ne peut pas invoquer Bastiat, dont le libre-échangisme fut développé dans un environnement fortement protectionniste, pour justifier un militantisme en faveur du libre-échangisme au sein d’une Union européenne qui le pratique déjà comme un dogme intangible. Semblablement, du temps de Ricardo, le problème de l’exil fiscal ne se posait pas car il n’aurait jamais ne serait-ce qu’effleuré des acteurs économiques dont l’économiste soulignait le patriotisme farouche. Il faut donc repenser la lettre du libéralisme si l’on veut rester fidèle à son esprit.

 

« Le libéralisme ne peut pas se permettre d’être sectaire ni susceptible »

 

Quel regard portez-vous sur les différents mouvements en révolte ? 

Beaucoup d’initiatives sont bienvenues. Le citoyen se réapproprie des questions qui le regardent. Cela dit, soyons lucides, la thématique du ras-le-bol du contribuable n’offre pas d’horizon politique constructif. Le libéralisme ne peut pas se permettre d’être sectaire ni susceptible. Par exemple, des internautes « contrepointistes » se sont scandalisés qu’un économiste hostile à Free ait cette formule : « Quand l’idéologie de la concurrence dessert l’économie ». Rien de choquant, pourtant, au fait qu’il existe une dérive idéologique de la théorie de la concurrence et qu’elle puisse (dans certains cas) desservir l’économie.

De même que la liberté est corruptible en licence et en permissivité, voire en une anarchie de particularismes, passions ou pulsions, il faut bien que le libéralisme puisse être déformé, qu’il existe une corruption intellectualiste de la nature du libéralisme. Ce serait un non-sens philosophique qu’il n’existe pas d’ultra-libéralisme. Pour d’aucuns, l’individu serait en droit d’adresser à la société des doléances illimités. Ils oublient que le libéralisme ne peut réclamer cette abolition des bornes puisqu’il repose sur le sens des réalités et des contre-pouvoirs.

Le libéralisme peut servir de rationalisation éthique à la sécession égoïste ou élitiste d’individus qui refusent catégoriquement de consentir à l’impôt. Ce libéralisme entraîné par l’ivresse de sa propre logique guette l’avènement d’un état final par assomption d’une harmonie utopique. Ce scientisme épouse l’intellectualisme de gauche, qui repose sur l’utopie du progrès en tant qu’impératif moral.

 

« Je combats les impostures intellectuelles et les cartels idéologiques »

 

Pour finir, quel message aimeriez-vous faire passer pour convaincre du bien-fondé de votre combat ? 

Je combats les impostures intellectuelles et les cartels idéologiques. On a frauduleusement baptisé « libéralisme » l’idéologie libre-échangiste qui guide les élites. Il a été perdu de vue que le libéralisme bien ordonné vise à éviter les situations de monopole. Que le libéralisme s’efforce de promouvoir une liberté loyale et réciproque. Qu’il s’emploie à assurer la pérennité du contrat social en sécurisant les transactions. Qu’il est, en principe, défenseur de la discussion libre et non biaisée.

Faire croire que la France est cernée par des professions de foi protectionnistes, au prétexte que le débat sur la modulation du libre-échange a enfin lieu, c’est oublier que cela ne s’est encore jamais traduit en actes et que le libre-échangisme reste triomphant dans l’Union européenne.

Si l’inflation et le protectionnisme sont des foyers d’effets pervers, autrement dit de conséquences indésirables, il est cependant préférable de garder l’option de mesures de rétorsion protectionniste. Renoncer d’avance à toute modulation du libre-échange est une abdication de sa prérogative politique. L’Europe a trop renoncé à disposer d’une puissance politique garantissant la concorde intérieure et la sûreté extérieure.

Première partie ici.

 

Suivre les articles de l’auteur sur Facebook

Dernier article de l’auteur