Attaque de Nairobi : un retour de manivelle

Le groupe islamiste qui a commis l’attentat contre le centre commercial ne serait probablement pas au pouvoir sans les interventions des États-Unis.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Attaque de Nairobi : un retour de manivelle

Publié le 27 septembre 2013
- A +

Le groupe islamiste qui a commis l’attentat contre le centre commercial ne serait probablement pas au pouvoir sans les interventions des États-Unis.

Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis.

Nairobi : le centre commercial Westgate, attaqué par les Chebab.

La prise d’otages et l’assassinat d’au moins 61 personnes au centre commercial de Westgate à Nairobi au Kenya le week-end dernier trouve ses racines dans l’intervention du gouvernement des États-Unis en Somalie, qui a débuté dans les années 1990. Bien qu’il n’existe absolument aucune justification au meurtre d’innocents, il faut souligner que les Chebab, le groupe islamiste qui a commis l’attentat contre le centre commercial et qui contrôle des régions entière de la Somalie, ne serait probablement pas au pouvoir sans les interventions des États-Unis.

Comme Scott Horton, l’animateur d’une émission de radio nationale américaine spécialisée dans la politique étrangère, souligne dans le numéro de Septembre de Future of Freedom (dont je suis le rédacteur en chef), le gouvernement américain est intervenu directement en Somalie et a soutenu les invasions répétées  de la part d’États africains voisins, y compris le Kenya. Au passage, un gouvernement relativement modéré a été renversé, la résistance aux envahisseurs a été radicalisée et les Chebabs liés à Al-Qaïda ont gagné un contrôle partiel, chose qui aurait été peu probable sans cette intervention américaine.

Horton, en s’appuyant sur des rapports de première main du journaliste Jeremy Scahill, note que, après les attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush a compilé une liste de pays « mûrs pour un ‘changement de régime’ », incluant la Somalie, « dont aucun n’avait d’implication dans les attentats ou des liens réels avec ceux qui les avaient perpétrés. (…) Et par bonheur pour le Pentagone et la CIA, il n’était pas très difficile de trouver d’impitoyables seigneurs de la guerre prêts à accepter leur argent pour perpétrer des assassinats et des enlèvements ciblés contre ceux qu’ils accusaient d’être des islamistes – ou n’importe qui d’autre qu’ils souhaiter cibler ».

Un retour de manivelle était inévitable. L’Union des tribunaux islamiques (UTI) de Somalie, une coalition d’une douzaine de groupes, déposèrent les seigneurs de la guerre et le Gouvernement fédéral de transition soutenu par les États-Unis. « L’UTI déclara alors le règne de la loi islamique » écrit Horton . « Cela, bien sûr, n’était pas les affaires des États-Unis, et même si cela l’avait été, le régime somalien n’avait pas le pouvoir de créer un État religieux autoritaire comme, par exemple, l’Arabie Saoudite, l’allié américain. (…) Et les croyances musulmanes traditionnelles de la Somalie étaient beaucoup plus libérales et tolérantes que celles d’Arabie ».

Mais cela était inacceptable pour l’administration Bush, donc à la fin 2006, elle fit envahir la Somalie et renverser l’UTI par l’Éthiopie, cet État « client » des États-Unis, chrétien et vieil adversaire de la Somalie, « des agents de la CIA et des opérations spéciales menant l’attaque ». En 2008, cependant, les somalis boutèrent les éthiopiens hors du pays. Dans cet effort on trouvait , selon les mots de Horton , « le groupe le plus jeune et le moins influent dans l’UTI, les Chebabs (‘la jeunesse’) ». Alors qu’elle allait quitter le pouvoir, l’administration Bush, cherchant à sauver la face, obtint des « vieux de l’UTI » un accord pour « accepter la forme du gouvernement fédéral de transition ». Cela rendit les Chebab furieux, ces derniers accusant l’UTI d’être devenus des agents américains.

« Ce n’est qu’alors, seulement, des années après que le chaos avait commencé, que les Chebabs déclarèrent leur loyauté à Al-Qaïda. Il commencèrent d’ailleurs à agir comme Al-Qaïda, appliquant des lois et des châtiments à la saoudienne dans les zones qu’ils dominaient, comme le fait de couper les mains de ceux qui étaient accusés de vol », selon Horton.

Malheureusement, l’équipe d’Obama a continué sur la même voie désastreuse :

Après que les Éthiopiens se sont retirés, [l’administration américaine] envoya les armées de l’Ouganda et du Burundi sous les auspices de l’Union africaine pour traquer et détruire les Chebabs. Puis vinrent les Kenyans, qui furent apparemment pris de panique après les attaques de luxueuses stations touristiques près de la frontière. En 2011, les Éthiopiens envahirent  à nouveau le pays. Les forces kenyanes prirent la ville portuaire de Kismayo aux Chebabs en 2012 et crièrent bruyamment victoire quand les rebelles furent dispersés. Mais une insurrection tenace continue la lutte.

Les Américains, de leur côté, continuent de soutenir les forces d’invasion, ainsi que ce qui passe pour le « gouvernement » de Mogadiscio, avec des centaines de tonnes d’armes et des dizaines de millions de dollars.

La CIA et l’armée américaine continuent de prendre une part directe, non seulement en aidant le gouvernement officiel, mais aussi en attaquant les Somaliens avec des hélicoptères, des missiles de croisière et des drones et, selon Horton, « en supervisant au moins deux centres de torture ».

L’attaque abominable de Nairobi a mis les médias en effervescence quant à de possibles menaces terroristes contre des « cibles vulnérables » comme des centres commerciaux, non seulement en Afrique mais aussi aux États-Unis. Alors que nous réfléchissons à ce sujet, nous devons comprendre qu’il s’agit d’une menace « made in Washington ».

Combien de fois devrons nous faire l’expérience de ce que la CIA appelle des « blowback » (retour de manivelle) avant que le peuple américain ne crie son ras-le-bol ?


Cet article a paru initialement en anglais sur le site de la Future of Freedom Foundation. Traduction : Libre Afrique.

Voir les commentaires (6)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • La liste est tellement longue Irak, Liban, Syrie? Afghanistan, Iran, Libye, Israël (d’une manière différente mais ô combien violente) et j’en oublie, les amérindiens auraient leur place d’une certaine manière: le constructivisme américain tout permis au dessus de tous les droits fondamentaux! Le rêve américain en perfusion!
    J’ai quand même un immense respect pour cette nation mais il devrait parfois se méfier de leur bonté d’âme…
    Merci pour l’article

    • C’est pas faux, on sait aussi que es Chebab sont largement la cible des assassinats impersonnels américains, grâces à des drones qui ne défendent aucune loi, mais appliquent une charia moderne.

      Bref chaque camp respecte bien les droits humains (après).

  • Je note que ce genre d’articles amènent des conclusions et des commentaires du style : USA = Shebabs ou USA = terroristes.

    Il faudrait quand même que Contrepoints fasse attention à ce qu’il publie et ne se trompe pas d’adversaire. C’est très limite ce genre de texte.

    Est-ce que la Somalie actuelle, pays presque sans Etat, serait le vrai modèle des libertariens ? Je le pense vraiment.

    • « USA = Shebabs ou USA = terroristes »

      relisez attentivement, avec le doigt s’il faut, personne ne dit ca.

      L’article souligne juste un phénomène observé depuis plus de 30 ans au Moyen-Orient:
      intervention U.S > radicalisation /islamisation des partis engagés > formation de groupe para-militaire fondamentalistes (ex: Talibans…)

  • je conseille vivement la découverte d’un site de géopolitique qui traite bien de ces questions et de l’interventionisme US:

    http://www.dedefensa.org/

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Si la réalité du terrorisme est ancienne, le mot français est un héritage de la Révolution française. La Première République est née dans et par la Terreur.

La monarchie à peine renversée, une première Terreur pousse les révolutionnaires à massacrer dans les prisons de Paris plus de 1000 détenus considérés comme des « ennemis de l’intérieur » prêts à égorger les « patriotes » en septembre 1792. La plupart des victimes étaient de banals détenus de droit commun. Les éléments radicaux ne cessent de faire pression sur les organismes offici... Poursuivre la lecture

En 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait affirmé que son adversaire n’avait pas « le monopole du cœur. » Les démocrates d’aujourd’hui et leurs supporteurs auraient grand intérêt à méditer sur cette phrase. En effet, ils adorent pointer du doigt la moindre faute de leurs adversaires – le raisonnement fût-il fautif – mais esquivent plus vite que le Flash quand on tente de leur appliquer la formule.

Prenons la triste fusillade d’un suprématiste blanc présumé à Buffalo récemment. Très vite, les laquais médiatiques des démocrates ont pointé ... Poursuivre la lecture

Par Dora Triki, Alfredo Valentino, and Anna Dimitrova.

Bien que le nombre de décès dus au terrorisme ait diminué de 14 % en 2021, le nombre d’attentats terroristes dans les pays de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (MENA) reste élevé, et en conséquence, le terrorisme demeure une menace importante dans ces pays. Encore récemment, un attentat revendiqué des forces rebelles Houthis du Yémen a eu lieu à quelques kilomètres du site du Grand Prix de Formule 1 d’Arabie saoudite, qui réunissait fin mars l’élite du sport automobile inte... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles