French bashing, incohérence et sens de la vie

Pierre Moscovici n’aime pas le french bashing, pourtant mérité quand l’incohérence règne et que la liberté périt.

Pierre Moscovici s’est prononcé contre le France-bashing : l’économie française est forte et il faut lui faire confiance. Mais ce n’est pas en la France que les Français ont perdu confiance, mais en ceux qui la dirigent.

Par Baptiste Créteur.

Pierre Moscovoci a défendu son budget 2014. On comprend que ça n’a pas été facile ; la pause fiscale est une blague, la baisse des dépenses un mensonge, et le gouvernement une cible facile.

Les députés UMP ne s’y trompent pas et n’hésitent pas à faire part de leur haine du gouvernement, encouragés par des sondages qui n’ont rien de rassurant, oubliant un peu rapidement qu’ils ont perdu les élections qui ont amené le président et le gouvernement actuels où ils sont.

Les partis français sont calamiteux au gouvernement et mauvais dans l’opposition. La critique ne fait pas mouche, l’attaque ne porte pas, alors qu’il y a tant à dire ; les réformes économiques vont dans le mauvais sens, les réformes sociétales rassemblent de nombreux Français contre elles. Les mouvements de contestation ne naissent pas du néant ; ils rassemblent ceux qui ne trouvent personne pour les représenter, personne pour mener leur combat.

Lutter contre le french bashing

Le combat de Pierre Moscovici, quoi qu’il en soit, c’est de lutter contre le french bashing.

Je ne supporte plus le french bashing. Nous avons une économie forte, puissante, résiliente, qui mérite qu’on lui fasse confiance. J’ai milité pour la stabilisation des prélèvements obligatoires cette année. Mais permettez-moi de rappeler que l’impôt reste le principal levier d’une politique économique, un principe cardinal, un outil pour permettre de réduire les inégalités. Le choix de la stabilisation des prélèvements obligatoires, avec une seule hausse de 0,15 point de PIB, est un signal essentiel.

Le gouvernement en est réduit à ne plus même comprendre les signaux qu’il envoie. La stabilisation des prélèvements avec une hausse de 0,15 points de PIB, c’est une belle stabilité à 0,15% de 2 000 milliards. On parle quand même de 3 milliards de hausse, soit une stabilité toute relative. D’autant plus relative que la dépense, elle, continue de croître et d’aggraver le déficit budgétaire. Un beau signal.

Un beau signal aussi, l’impôt ; cet outil de réduction des inégalités est une formidable fabrique à inégalités, notamment entre la classe politique et les citoyens qu’elle est censée représenter. L’impôt est le principal levier de cette chose qui n’aurait jamais dû exister qu’on appelle politique économique, cette tentation qu’ont les politiciens de toucher avec leurs sales doigts la richesse créée par les citoyens. L’impôt qui sert normalement à financer les fonctions régaliennes que l’État français est aujourd’hui incapable de remplir. L’impôt qui, à la place, paie les Assedic d’un homme politique bulgare qui n’y a aucunement droit.

Mais évidemment, évoquer une situation à risque pour le pays et l’incompétence crasse de ses dirigeants, c’est pratiquer le french bashing. Toute critique des choix faits en haut lieu par des politiciens bas du front, tout constat qui préférerait le réalisme à l’optimisme relèvent nécessairement d’un instinct français de dévalorisation ; ne sommes-nous pas le pays des droits de l’homme, une terre d’accueil, un phare pour le reste de l’humanité et, désormais, un pays précurseur qui indique aux autres la voie et le sens de l’histoire ?

L’impasse du gouvernement

Soyons sérieux. On ne peut pas affirmer simultanément que la situation est grave pour justifier plus d’impôts et que la France va bien, rendant toute critique serait infondée. Il faut choisir. Mais ici, le choix suppose soit d’inquiéter les Français et ne pas leur donner la confiance dont ils ont tant besoin, soit de se priver d’un argument phare selon lequel l’accélération de la spoliation légale est le seul moyen d’éviter la faillite.

C’est la situation difficile dans laquelle le gouvernement se trouve : il doit à la fois donner confiance aux Français mais leur communiquer aussi le sens de l’urgence. Il doit satisfaire son électorat en diminuant les inégalités par la redistribution, mais aussi éviter l’effondrement du pays et la faillite de l’État. Malheureusement pour lui, en politique, la cohérence est clé. Pas seulement en politique, d’ailleurs ; l’ensemble des champs de la pensée humaine, donc de la vie, requiert la cohérence.

La cohérence est clé

Il ne peut exister de contradiction. Un atome est lui-même, l’univers aussi ; aucun des deux ne peut être en contradiction avec sa propre identité, ni une partie être en contradiction avec le tout. Aucun des concepts que forme l’homme n’est valide tant qu’il ne l’a pas intégré, sans contradiction, avec la somme de ses connaissances. Arriver à une contradiction, c’est confesser une erreur de raisonnement; maintenir une contradiction, c’est abdiquer avec son esprit et s’évincer du domaine du réel. (Ayn Rand)

Si le spectre politique français s’est déplacé à gauche, c’est parce que la morale altruiste n’a pas été réfutée. Si il se polarise aujourd’hui et voit gauche et droite tendre vers leurs extrêmes, c’est parce que le conservatisme de la droite initié par le FN n’a pas été réfuté non plus.

Le gouvernement ne pourra pas gagner en popularité, en dehors des quelques attaques de pays étrangers qu’il lance occasionnellement : sa seule politique, c’est la pause, et il n’y parvient même pas. Pause fiscale, sortie de la récession, inversion de la courbe du chômage révèlent simplement l’objectif, simple mais inatteignable, qu’a le gouvernement de ralentir la chute. En l’absence de direction, le pays glisse, le gouvernement freine – sans succès.

La vie, un mouvement et un but

Il est impossible de freiner. La seule issue, c’est de donner une direction, une cohérence. Et les possibilités ne sont pas infinies ; il faut une cohérence, de la métaphysique à l’épistémologie, de l’épistémologie à l’éthique, de l’éthique à la politique.

Soit on considère que les individus sont capables d’appréhender le réel, de se fixer des buts et de se donner les moyens de les atteindre ; qu’ils ont leurs propres aspirations ; que le fruit de leur travail doit leur revenir afin qu’ils puissent en disposer librement.

Soit on considère que les individus sont incapables de comprendre le monde qui les entoure, de faire face aux menaces et qu’il faut les en protéger ; qu’ils ne sont pas aptes à décider quoi faire et comment ; qu’ils sont un loup l’un pour l’autre, que leur coopération est un jeu à somme nulle et que le seul enrichissement possible pour eux est de s’entredévorer ; qu’il faut donc orienter leur action, empêcher qu’ils décident entre eux, et assurer une « juste » redistribution des fruits de leur travail.

On a, en dernière analyse, le choix entre un système fondé sur le pouvoir et un système fondé sur la liberté ; entre une pyramide, au sommet duquel certains décident pour les autres, et une sphère, où chacun est à équidistance du centre parce que tous ont les mêmes droits et la même responsabilité – celle d’eux-mêmes ; entre penser l’individu comme une partie de la société, ou la société comme la somme des individus qui la composent.

La vie, c’est un mouvement et un but. Les partisans de la liberté considèrent qu’on ne peut être pleinement vivant que si on est libre de vivre selon ses propres valeurs et ses propres principes, de suivre ses propres aspirations, de jouir de ses libertés individuelles, de sa propriété et de sa sûreté. C’est notre but ; rejoignez le mouvement.