La France va mal, pourvu que ça dure !

Publié Par Baptiste Créteur, le dans Économie générale

Pour Philippe Askenazy, la France ne va pas si mal ; le pessimisme ambiant relèverait d’un « France-bashing » infondé. Si infondé que ça ?

Par Baptiste Créteur.

Philippe Askenazy estime, dans Le Monde, qu’il faut arrêter le « France-bashing », la France n’étant pas si nulle. Face à une France qui va mal mais selon lui pas autant qu’on le dit, empêtrée dans une crise dont les causes sont mal identifiées, cet optimisme paraît sans fondements.

C’est le nouvel exercice à la mode : considérer que la France – ses gouvernants, son opposition, ses entreprises, ses travailleurs, ses partenaires sociaux – est nulle. Certes, les très libéraux Financial Times ou Wall Street Journal se sont félicités de l’accord national du 12 janvier entre le patronat et trois syndicats. Peut-être vont-ils enfin prendre conscience qu’une stratégie libérale, dont l’accord n’est qu’une étape renvoyant à de futures négociations, est poursuivie depuis plusieurs années, même si les manœuvres de Laurence Parisot pour se maintenir à la tête du Medef semblent relever d’une autre époque.

Considérer que la France est nulle serait sans doute faire preuve de bon sens mais ne semble pas être à la mode. Ceux que les Français ont élu ne semblent pas faire ce constat ; leur optimisme et leur foi indéfectible dans l’avenir radieux de la France les conduisent à penser que les Français auraient tort de partir et à tout faire pour que tous partagent le glorieux destin de notre beau pays, de gré ou de force. La stratégie libérale poursuivie depuis de nombreuses années a notamment amené l’État à accroître la part de la dépense publique dans le PIB, à s’endetter, à légiférer et réguler, à subventionner d’une main et taxer de l’autre, à redistribuer une partie croissante d’une richesse de plus en plus difficile à créer ; si l’action de l’État ces dernières années relève d’une stratégie libérale, elle a sans doute légèrement dévié de sa trajectoire.

La France a un des marchés du travail les plus flexibles. La rupture conventionnelle s’est imposée comme une gestion souple des « séparations » entre employeur et salarié. Près de 1,8 million de contrats d’embauche, et autant de fins de contrats effectives, sont signés tous les mois. Restons sur le marché du travail. On ne cesse de parler d’un niveau de chômage record. Il est surtout remarquablement… bas. En effet, la crise que nous connaissons aujourd’hui, imposée par le culte européen pour l’austérité, est exceptionnelle par sa durée. Le niveau du produit intérieur brut (PIB) français en volume n’a toujours pas dépassé sa valeur d’avant-crise, en 2007. Lors de la précédente récession majeure, en 1993, le PIB était revenu au-dessus de celui de 1992, dès 1994. […] La question scientifique ouverte est donc de comprendre pourquoi il y a si peu de chômeurs en France (c’est vrai aussi au Royaume-Uni) : bonnes politiques de l’emploi (par exemple, fin de la pratique des préretraites) ? Main-d’œuvre plus qualifiée grâce à la démocratisation scolaire ?…

Que la flexibilité du marché du travail puisse être considérée comme un atout pour la France est pour le moins audacieux. Sans doute les chefs d’entreprise n’ont-ils pas conscience de la chance qu’ils ont, ni même de la portée du récent accord trouvé qui viendra alimenter un code du travail que chacun d’entre eux peut appréhender en quelques minutes avant de se lancer. Signe encourageant, le PIB n’a pas dépassé sa valeur d’avant-crise en 5 ans ; c’est plutôt bon signe, cela signifie que s’il repart – et tout le monde y croit très fort – le chômage pourrait diminuer. La flexibilité made in France facilite le retour à l’emploi des trois millions de chômeurs français, qui trouvent le chômage remarquablement bas eux aussi et se posent très scientifiquement la question de comprendre pourquoi ils sont si peu nombreux.

La focalisation sur la désindustrialisation de la France peut être également renversée. Déjà, il convient de la modérer. Personne ne soulève le fait que les comptables nationaux allemands ne mesurent pas l’industrie manufacturière comme leurs homologues français. Si une entreprise a d’une part une activité de production d’un bien, et d’autre part une activité de commercialisation de gros de ce bien, l’ensemble de l’entreprise est, outre-Rhin, généralement comptabilisée dans le secteur manufacturier ; le comptable français, lui, considère que seule la première relève du secteur manufacturier, et la seconde du commerce. Grosso modo, si l’on appliquait les conventions comptables germaniques, l’industrie manufacturière française serait un cinquième plus vaste. Surtout, depuis le début du siècle, son déclin relatif à l’Allemagne serait divisé par deux.

Renversons modérément la focalisation sur la désindustrialisation de la France et intéressons-nous à la richesse créée. Si nous adoptions les mêmes règles comptables que l’Allemagne, nous nous trouverions deux fois moins mauvais ; notre industrie manufacturière serait un cinquième plus vaste mais notre commerce le serait d’autant moins. Nous ne serions pas plus riches, notre croissance ne serait pas plus élevée, mais nous aurions le sentiment qu’elle est plus industrielle. Youpi, la France ne crée pas plus mais comptablement, elle est plus industrielle !

Dans tous les cas, France et Allemagne connaissent, depuis la réunification, des croissances très proches. Partout, les entreprises manufacturières enrichissent leur offre de services. La désindustrialisation relative en France a pour pendant l’incapacité de l’économie allemande à se doter de services qui la mettraient à l’abri d’une stagnation, voire d’un retournement de ses marchés extérieurs.

À n’en pas douter, les différences comptables ne sont pertinentes que dans un sens ; il ne faudrait pas en déduire que, si l’Allemagne semble plus industrielle qu’elle ne l’est selon nos normes, elle serait aussi selon nos normes plus productrice de services…

On découvre un jeune génie de Strasbourg qui publie dans Nature mais annonce qu’il veut étudier à l’étranger. Parallèlement, il n’y a aucune publicité sur le nombre de jeunes qui viennent étudier en France ou sur l’attractivité des métiers de la recherche. Car jamais les organismes de recherche français n’ont eu autant de candidats étrangers : en 2012, un tiers des recrutés au CNRS sont des étrangers de classe mondiale, pour la plupart venant de pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, Japon ou États-Unis compris. Toute périmée qu’elle puisse paraître, la sécurité du statut de fonctionnaire de la recherche permet de compenser des rémunérations inférieures à celles pratiquées dans les grandes universités étrangères…

La France, en offrant moins de salaire mais plus de sécurité, attire évidemment les meilleurs chercheurs, ceux qui sont assez sûrs d’eux pour préférer un emploi mal payé qu’ils perdront difficilement à un emploi bien rémunéré mais risqué. Une évidence.

La satisfaction de voir la dette française financée et refinancée à des taux historiquement bas n’est ainsi que la partie émergée de l’iceberg d’une France solide, relativement au contexte macroéconomique européen. Certes, tout n’est pas parfait. Mais les espoirs sont réels, à condition que l’Europe parvienne à s’extraire de la gangue de l’austérité.

Le financement à des taux bas de la dette française n’est qu’un signe de plus de la confiance accordée à la France dans un contexte macroéconomique complexe. L’Allemagne nous confie son or ; The Economist souligne la lucidité qui règne en France et le vocabulaire précis qu’on y emploie, et va jusqu’à saluer Barack Obama d’un sympathique clin d’œil à notre magnifique pays quand il semble pris d’une folie collectiviste à la française ; tous les indicateurs sont au beau fixe ou presque, et les Français ont plus que jamais confiance dans la capacité de leurs dirigeants à avoir une action bénéfique. Certes, tout n’est pas parfait, mais les espoirs semblent réels ; pourquoi s’encombrer d’une réalité bien plus sombre ?

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  1. Héroïque, cet optimiste à la tronçonneuse !

    La France est un modèle de développement économique, et si ses paramètres sont tous lamentables, c’est simple coincidence avec les structures étatiques.

  2. Il est payé pour écrire ça, donc il écrit.
    Rien de neuf dans tout ça, sauf que moi je ne lis plus une ligne dans les journaux « officiels ». Et je pense que de plus en plus de gens et surtout des jeunes font la même démarche.

  3. Ce journaliste écrit un article déplorant le France bashing et le rédige en France praising, mode neu-neu…
    On manquerait de chômeurs ?
    On serait plus industriel et moins commerçant? (mais pas plus riche)
    On commence à accumuler les briques pour reconstruire le mur de Berlin pour que tous profitent obligatoirement du merveilleux avenir radieux qui se profile depuis trente ans?
    On nous prêterait de l’argent à pleins tombereaux sans s’inquiéter jamais du niveau de dette atteint?
    Et tout à l’avenant…
    Bel exemple d’article lucide issu d’une foi et attitude d’indépendance!
    Maintenant, quand on sait que cela vient des Izvestia made in France…

  4. Cet homme est un fonctionnaire du CNRS.
    Il est payé par le contribuable pour faire des « études » socio-économiques, c’est-à-dire qu’il n’est fondamentalement qu’un militant de gauche vivant grassement de la rente publique, tout comme des centaines de milliers, sinon des millions d’autres en France, et ce au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
    Sa tribune est relayé dans le journal français qui reçoit le plus de subventions de l’état.
    Tout tourne confortablement et en vase clos, et tant que l’état socialiste pourra emprunter et hausser les impôts, il n’y a aucun moyen que cela s’arrête.
    On remarquera quand même ce terme « bashing » repris en cœur par tous les médias afin de nier le concept de « critique ».
    On critique la droite mais on fait du bashing sur Hollande, la gauche, ou la France socialiste.

  5. Askenazy est passé sur Arte hier soir pour répéter sa litanie.
    A la décharge d’Arte, chaîne la plus obscurantiste du PAF, il avait pour contradicteur Pascal Salin.