La Hongrie sur la voie du collectivisme conservateur radical

Le Fidesz est le seul parti qui a réussi à construire un programme sur les attentes contradictoires de la population.

Le Fidesz est le seul parti qui a réussi à construire un programme sur les attentes contradictoires de la population.

Par Zoltán Kész de la Free Market Foundation, et Attila Juhasz de Political Capital.

Viktor Orban

Après huit ans de règne socialiste controversé, le peuple hongrois avait de grands espoirs il y a trois ans, quand un parti s’autoproclamant conservateur, ou de tradition d’État limité, est arrivé au pouvoir avec une majorité des deux tiers des voix. Il s’avère malheureusement que ce parti au pouvoir, le Fidesz, et son chef, Viktor Orban, favorisent un État encore plus imposant que ses prédécesseurs.

Le Fidesz est le seul parti qui a réussi à construire un programme sur les attentes contradictoires de la population. Depuis la transition de 1990, les Hongrois ont demandé toujours davantage de politiques paternalistes. Une majorité d’entre eux sont insatisfaits de l’économie de marché, ne voyant que ses inconvénients, comme par exemple l’absence d’une garantie de réussite personnelle. Les gens n’aiment pas la concurrence et souhaitent que l’État assure la sécurité. En bref, ils veulent une forte présence de l’État au sein du marché, même si, paradoxalement, ils se méfient des institutions étatiques.

Le collectivisme du Fidesz est de fibre populiste et nationaliste. Le parti glorifie la nation et l’État. Il appelle à une transformation radicale de la société par le biais d’une forte interférence dans le processus de marché. Et il en a été ainsi depuis les élections de 2010, à commencer par la nationalisation des fonds de pension. Peu de temps après que le nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir, il a annoncé que dans le but de réduire le déficit public et la dette, l’État prendrait le contrôle des fonds de retraite privés.

Depuis, le gouvernement a adopté des politiques à l’encontre des entreprises multinationales, qui représentent pourtant une source importante d’investissements étrangers. Il a mis en place des taxes supplémentaires, sélectives et punitives (taxe sur les télécommunications, taxe sur les transactions) et ordonné aux entreprises privées de réduire les coûts de leurs services d’infrastructure.

Le Fidesz est également en train de remplir les poches de la nouvelle classe moyenne avec de l’argent public, généralement par le biais de projets financés par l’Union européenne. Il parle de la construction d’une « classe moyenne nationale » qui lui est redevable, suggérant qu’il a déjà lancé sa campagne pour les élections de l’année prochaine .

La rhétorique du gouvernement proclame les intérêts de la « nation » et de son « peuple » comme étant supérieurs à l’État de droit ou à la liberté individuelle (ce qui est en réalité une fausse dichotomie). C’est ainsi que toutes les critiques de l’opposition et de la communauté internationale sont condamnées comme participant à une conspiration contre la nation.

Alors que de nombreux éléments du parti au pouvoir viennent de l’extrême droite, qui est en faveur de la propriété d’État sur une grande partie de l’économie, les politiques du Fidesz transféreraient en réalité la propriété aux « copains » d’affaires de la direction du parti (le « capital national »). Le Premier ministre a ouvertement déclaré que l’expansion de la propriété d’État et le fait de favoriser certaines grandes entreprises font partie d’une stratégie globale de l’État. Voilà qui fait écho à la rhétorique politique nationaliste qui critique les investisseurs étrangers tout en promettant de protéger les intérêts quotidiens du « peuple hongrois ». La propriété publique et les monopoles d’État, dit-on, serviront mieux le peuple que la concurrence.

Ce programme est très populaire. Les gens sont heureux que l’État renfloue les entreprises et qu’il y ait eu récemment des réductions de prix décrétées.

Le Premier ministre a également précisé qu’il avait l’intention d’augmenter la propriété de l’État dans les banques à hauteur de plus de 50%. L’État a déjà accru son influence dans les caisses d’épargne, faussé le marché en imposant des taxes supplémentaires sur les banques internationales. Les Hongrois trouveront ces politiques attrayantes parce qu’ils critiquent les grandes banques pour l’augmentation des taux d’intérêt, leur endettement et la crise hypothécaire.

Dans d’autres secteurs, nous voyons une intervention similaire. Les pharmacies, par exemple, doivent désormais être détenues par des chimistes, obligeant de nombreux propriétaires sans diplômes en chimie de vendre des actions de leur entreprise.

Le gouvernement a donné des concessions de vente au détail de tabac principalement aux personnes ayant des liens politiques avec le parti au pouvoir au niveau local. Les activités de jeu comme les machines à sous ont été interdites, tandis que d’autres (y compris les jeux en ligne) ont été autorisées pour ceux ayant des liens avec le pouvoir.

Dans le secteur de l’énergie, le gouvernement a eu recours au contrôle des prix dans une tentative malavisée de réduire les coûts des services publics. Il s’agit d’une politique populaire, mais puisque les contrôles des prix menacent la viabilité des entreprises de l’énergie, il ne serait pas surprenant que l’État leur mette bientôt la main dessus.

Même les taxis sont désormais réglementés. Comme tous les contrôles des prix, cela va desservir et non servir les intérêts des consommateurs.

Ces « innovations » collectivistes ont été introduites par un parti qui était autrefois le plus radicalement anti- communiste et le plus libéral des partis. Mais c’était il y a 25 ans. Il est difficile de dire ce que réservent les 25 prochaines années, à moins que le peuple hongrois ne découvre la puissance de la liberté.


Traduction : Emmanuel Martin.