Bijoutier de Nice : savoir raison garder

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Le bijoutier de Nice qui a abattu un de ses braqueurs recueille un soutien populaire sans précédent. Il convient pourtant de rester prudent.

Le bijoutier de Nice qui a abattu un de ses braqueurs recueille un soutien populaire sans précédent. Il convient pourtant de rester prudent.

Par Lysandre Lécuyer.

En contrepoint de Bijoutier niçois : le courage et la révolte.

Comme beaucoup de libéraux, je suis pour le port d’armes, pour le droit de se défendre. C’est la position libérale, mais c’est aussi une position raisonnable. C’est un droit complexe, son périmètre n’est pas forcément clair. Deux caractéristiques s’en détachent pourtant. Il intervient quand il s’agit de défendre sa vie ou celle d’autrui. Donc on ne peut pas blesser quelqu’un, et encore moins faire usage de la force létale, lorsque son simple bien est en danger. Selon la seconde, l’usage de la force doit être raisonnable et proportionnée. C’est dire que, par exemple, un simple voleur ne peut être responsable de sa vie. La complexité et le flou au sujet de son périmètre intervient lorsqu’il y a incertitude. Doit-on attendre d’être absolument certain qu’un cambrioleur s’introduisant chez soi soit armé pour utiliser la force ? À quel point la menace à son intégrité physique doit être imminente ? Ce sont des questions pratiques délicates pour lesquelles la théorie n’a pas de réponse précise, et pour lesquelles la jurisprudence et les coutumes sont nécessaires.

Dans le cas du bijoutier de Nice ayant tiré dans le dos d’un voleur alors que celui-ci était déjà à l’extérieur de son commerce, en fuite, il n’y a en revanche pas beaucoup de place pour l’ambiguïté. La vie du bijoutier n’était pas en danger, ou du moins elle ne l’était plus. Le droit à l’auto-défense n’autorise en aucun cas à poursuivre ses agresseurs dans la rue, quels que soient leurs torts, pour les exécuter alors qu’ils fuient. Le droit à l’auto-défense n’est pas le droit à la vendetta. D’ailleurs, il n’était plus question de défense. Le cas du bijoutier niçois est un meurtre.

Le procureur révèle dans Paris Match que le bijoutier prétend avoir d’abord tiré dans les pneus du scooter des assaillants à deux reprises. Puis, lorsque l’un des malfrats se serait retourné avec l’arme au poing, il aurait tiré sur lui par réflexe. Le procureur lui-même ne semble pas y croire, et soutient que l’événement est survenu à un moment où il ne craignait pas pour sa vie. Pour autant, cette version suggère-t-elle une défense légitime ? Difficilement. L’arme à feu est une arme létale, et ne doit pas être pointée vers une personne, et encore moins déchargée, pour autre chose que l’utilisation de la force létale. C’est la raison pour laquelle plusieurs États américains admettant très largement la légitime défense n’autorisent pas les coups de semonce, jugés trop dangereux. C’est aussi la raison pour laquelle les policiers ne peuvent pas utiliser leur arme « pour blesser » en tirant dans le genou ou l’épaule, comme au cinéma. L’usage d’une arme létale doit être réservé aux cas nécessitant la force létale. S’il y avait eu légitime défense, elle aurait été en faveur du voleur abattu. Pour être en faveur du bijoutier, cet usage de la force aurait du être défensif, alors qu’il était menacé par ses cambrioleurs.

Une situation d’insécurité, des agressions répétées, l’exaspération, ne peuvent pas justifier le fait de prendre la vie d’un autre homme. La société libérale est d’abord une société de droit, et commettre un vol et une agression, aussi odieux soient ces crimes, n’enlèvent pas le droit à la vie. Le seul usage de la violence qui soit libéral est celui de la violence défensive.