Productivité, que de crimes…

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En France, nous sommes les champions mondiaux de la productivité ! Mais faut-il s’en réjouir ?

En France, nous sommes les champions mondiaux de la productivité ! Mais faut-il s’en réjouir ?

Par Philippe Alouates.

Avertissement : certains éléments (termes et raisonnements) de ce texte pouvant heurter, voire choquer un public de lecteurs non avertis n’ayant pas le niveau requis, nous leur recommandons de se faire assister dans sa découverte par une personne les maîtrisant, leur permettant ainsi de le comprendre et de l’assimiler en toute sécurité.

La productivité du travail est mesurée en rapportant la richesse créée au facteur travail, pendant la même unité de temps (l’année, par ex.). Au numérateur, on indique la richesse créée (la production de biens et services), et au dénominateur le nombre d’heures de travail fourni pour la produire. On parle alors de «productivité horaire» : ce rapport (ou ratio) sert alors à la comparer d’une année sur l’autre, ce qui est bien pratique. Dans les entreprises, on met par exemple le CA au numérateur. Pour un pays, on met le PIB.

En France, nous sommes les champions mondiaux de la productivité : plus de 45 € par heure travaillée, contre 41,5 aux États-Unis – battus, les yankees ! – et 37 pour la zone euro. En plus, le temps de travail dans la zone euro est de 45,5h, et chez nous de 41,2. Je vous dis : on est les meilleurs !

Louis Gallois, auteur du rapport sur la compétitivité des entreprises françaises, avait déjà lancé une première alerte l’année dernière : « La productivité horaire française reste forte, le problème, c’est qu’elle ne croît plus au rythme souhaitable« . Olivier Berruyer a publié un article décapant sur le sujet, dont je tire ces deux excellents tableaux, propres à remettre en place les idées de ceux de nos politiques qui se glorifient à chaque débat de cette place de premier de la classe.

Revenons donc au menu de base : il y a deux manières (et deux seulement, qui existent depuis la plus haute antiquité) d’augmenter un ratio :

  • ou bien on augmente le numérateur : en l’occurrence la production de richesses,
  • ou bien on diminue le dénominateur : en l’occurrence les heures de travail fournies.

L. Gallois a raison, l’augmentation du PIB en France a une tendance fâcheuse à stagner : le taux de croissance annuel diminue depuis de nombreuses années, inéluctablement. En revanche, il est beaucoup plus facile de diminuer le temps de travail : par exemple en faisant une loi pour ça (ouvrez la bouche et dites « 35 »).

Ce n’est pas tout. Prenons une société qui délocalise sa production et ne garde qu’un siège social avec quelques personnes en France. Sa productivité fait un bond gigantesque. Le Sénat l’avoue d’ailleurs : «on peut rappeler que les délocalisations exercent un impact favorable sur la productivité». Encore plus fort : la contribution au PIB de l’administration était d’environ 240 milliards à la veille du passage au 35h. Le lendemain, sa productivité a été d’un coup de baguette magique améliorée de 12%. Si en plus vous augmentez le salaire des fonctionnaires, vous augmentez leur productivité ! C’est pas beau, tout ça ? Je vous le dis : le monde entier nous envie notre administration ! Plus subtil, cette fois : un pays décide de faire appel à l’emprunt pour répondre à ses besoins sociaux, s’accordant un déficit de 3% l’an. Il aura mécaniquement droit à une hausse générale de sa productivité. Tout cela vous dit bien quelque chose ?

J’écoutais ce lundi sur Europe 1 un débat entre Sophie de Menthon et Gérard Filoche (membre du bureau national du PS et de la CGT) : celui-ci a (encore) remis en avant cet argument péremptoire et décisif : « La France est le pays qui a le taux de productivité le plus élevé au monde ». Il ajoutait également qu’il fallait diminuer les dividendes (200 milliards, vous vous rendez compte ! Le budget de la France en fait 300…). Je pense surtout qu’il songeait à mettre la main sur ce pécule, s’agissant à l’évidence d’un gisement de recettes insuffisamment exploré. Autrement dit : un « manque à gagner » pour l’État ! Peut-on faire comprendre à ces «experts» que «pas de dividendes = pas d’actionnaires = pas de capital = pas d’entreprises = pas de richesses produites» ? La réponse est non.


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