Comment éviter la formation de cartels ?

Les cartels ou ententes d’entreprises peuvent être évitées, voilà comment.

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Comment éviter la formation de cartels ?

Publié le 9 septembre 2013
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Les cartels ou ententes d’entreprises peuvent être évitées, voilà comment.

Par Guillaume Nicoulaud.

Quand plusieurs entreprises se mettent d’accord pour éviter de se faire concurrence entre elles – accord sur les prix, la qualité… – on appelle ça un cartel. La logique économique qui préside à la signature de cet accord, c’est qu’en instaurant des règles qui limitent la concurrence entre elles, ces entreprises peuvent augmenter leurs marges sans risquer de réduire leurs ventes ; c’est-à-dire qu’elles peuvent faire plus de profits sans améliorer leurs offres.

Mais les cartels ont deux grandes faiblesses.

Le premier, c’est le dilemme du prisonnier : à chaque instant, chacun des membres du cartel a intérêt à trahir les autres. S’ils se sont mis d’accord sur les prix, il a tout intérêt à trahir en baissant unilatéralement les siens pour rafler des parts de marché. S’ils se sont mis d’accord sur une standard de qualité (i.e. obsolescence plus ou moins programmée), il a tout intérêt à trahir en améliorant ses produits et en dénigrant ses concurrents. C’est pour cette raison que, dans les faits, peu de cartels se forment : tous savent que si l’un d’entre eux trahit, ils y laisseront des plumes.

Mais admettons qu’un cartel voit le jour et que, pour une raison ou une autre, aucun des membres du cartel ne cède à la tentation.

Il reste un autre danger : le nouvel arrivant. Celui-là n’a pas signé l’accord et, parce qu’il a étudié le marché, sait qu’il peut produire pour moins cher et/ou de meilleure qualité. Bien sûr, sa marge ne sera pas aussi élevée que celles des membres du cartel mais, en leur sifflant leurs clients, il peut tout de même réaliser de confortables bénéfices. C’est pour cette raison que les quelques cartels durables dont l’existence est avérée (le Cartel Phœbus par exemple) ont fini par exploser : parce qu’un petit malin est venu rafler le magot.

Bien sûr, les membres du cartel ont toutes les meilleures raisons du monde de protéger leur pré carré. Lorsqu’un nouvel arrivant se présente, ils font en général feu de tout bois pour lui mettre des bâtons dans les roues ; il y a, pour ce faire, trois méthodes :

(i) Les membres du cartel font appel à quelques gros bras, des types peu recommandables, pour rendre une petite visite au nouvel arrivant sur le thème « nous savons où tu habites ». C’est pour éviter ce genre de choses que nous avons besoin d’une justice et d’une police : pour interdire l’usage de la violence ou de la menace (principe de non-agression) ;

(ii) Les membres du cartel s’allient pour faire faire faillite au nouvel arrivant. Typiquement, on appelle les fournisseurs et les distributeurs et/ou on vend à perte jusqu’à ce qu’il lâche l’éponge. Seulement voilà : tout cela coûte très cher et, à un moment ou un autre, on finit par réaliser que l’entretien du cartel coûte plus cher que ce qu’il rapporte ; c’est ce qui est arrivé au cartel de De Beers ;

(iii) Les membres du cartel, faisant valoir l’« intérêt général », en appellent aux pouvoir publics pour écarter l’indésirable. Cette méthode présente le double avantage d’être peu onéreuse (un peu de lobbying, quelques bakchichs…) et d’être d’une redoutable efficacité : raisons pour lesquelles c’est la plus usitée. Pour faire tomber le cartel, il n’y a pas d’autre moyen que de convaincre les pouvoirs publics – et donc, dans une démocratie, les électeurs – de sa nocivité ; ce qui peut, expérience de Free Mobile à l’appui, prendre un certain temps.

En conclusion, si nous voulons éviter la formation de cartels, nous avons besoin (a) d’un État qui assume pleinement ses fonctions régaliennes en protégeant, notamment, les droits des nouveaux arrivants et (b) d’un État strictement limité à ses fonctions régaliennes qui, notamment, ne se mêle pas d’économie. Dans l’option inverse (non-a et non-b), soyez certains que vous aurez des cartels et qu’un certain nombre d’individus – ceux qui ont l’oreille des puissants – sauront se constituer de considérables fortunes à vos dépens.

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  • J’ai une bien meilleure idée, cesser de s’occuper des cartels, pourquoi pas les fusions non plus !

    En revanche on peut supprimer le privilège de risque limité (SA, SAS, EU, etc…) ce qui ne manquera pas de réduire la taille des entreprises les plus grandes, d’en augmenter le nombre et donc la concurrence.

    La « concurrence pure et parfaite » n’est pas destinée à servir de modèle normatif.

    • En supprimant le risque limité vous allez juste tuer l’économie. Ils sont nombreux les actionnaires qui sont prêts à financer, à investir et donc à mettre en jeu leur argent. Mais en enlevant la responsabilité limitée, concrètement, ça veut dire que l’actionnaire peut perdre plus (ses économies, sa liberté) alors qu’il ne serait pas le responsable.

      • En quoi l’actionnaire ne serait-il pas responsable ? Dans actionnaire il y a le mot action, il fait donc partie des acteurs de l’entreprise. C’est lui qui actionne les manettes, qui commande (par son investissement, son vote, son retrait) les grandes actions de l’entreprise.
        La gabegie et l’incurie actuelles sont très certainement aussi liées à cette déresponsabilisation presque totale des actionnaires qui pourtant par leur exigence de rentabilité à tout prix (de leur investissement) et généralement à court terme conduisent des entreprises à la faillite ou fabriquent de l’argent à partir de l’argent.

        S’ils ne sont pas prêts à accepter les responsabilités inhérentes à leur actionnariat, qu’ils s’abstiennent ou se retirent des entreprises. Personne ne les force à investir dedans.

  • http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/displayArticle.php?articleId=223

    « Le monde des politiques de concurrence rappelle celui d’Alice au Pays des merveilles : tout semble à la fois être mais en même temps, semble-t-il, n’est pas. […] C’est un monde où la législation est si vague que les entrepreneurs n’ont aucun moyen de savoir si telle ou telle action sera tenue pour illégale tant qu’ils n’auront pas entendu le verdict du juge — bien après les faits. » Alan Greenspan

  • Cartel, trust, syndicat, association, ordre, coopérative, amicale… ces groupements se présentant pour le bien de l’humanité ne représentent finalement que l’égoïsme coalisé, le plus dangereux pour l’égoïsme individuel et le bonheur de l’individu qu’ils oublient. – l’Homme oublié de William Graham Summer
    « Sitôt que A remarque quelque chose qui lui paraît aller mal et dont X est gêné, il en parle longuement avec B, puis A et B font ensemble une proposition de loi afin de porter remède à ce mal et de secourir X. Leur proposition de loi s’efforce toujours de déterminer ce que C fera pour X, ou dans les cas les meilleurs, ce que A, B et C, feront pour X… Ce que je veux, c’est considérer C… je l’appelle « l’Homme qu’on oublie »… Il est celui auquel on ne pense jamais. C’est lui cependant la victime des réformateurs, des penseurs sociaux et des philanthropes, et j’espère vous démontrer, avant d’en avoir terminé, qu’il mérite votre attention à la fois par ce qu’il est, en soi, et à cause des charges dont on l’accable. »
    Ce n’est pas la moindre ironie de l’histoire que, lorsque l’on redonna vie, aux environs de 1930, à
    « L’Homme oublié », on pensa non à C mais à X, et C, à qui on demandait d’aider plus de X que jamais, était plus complètement oublié que jamais. C’est toujours C, l’Homme oublié, à qui l’on fait appel pour étancher le cœur saignant du politicien en lui faisant payer les frais de ses générosités par procuration. (Hazlitt)

  • Quelques cartels scandaleux à dénoncer vivement :
    – les buralistes qui s’entendent sur le prix du tabac
    – les pharmaciens qui s’entendent sur le prix des médocs
    – les taxis qui s’entendent sur le prix des courses
    – …

  • Vous oubliez les économies d’échelles

  • dans la liste des cartels, ajoutez les depositaires de fonds dans la gestion d’actifs. phenomene recent, consequence de l’exces de reglementation

  • Jusqu’à nouvel ordre la plupart des cartels en France ont été organisé par l’état (SNCF, EDF, la POSTE, la sécurité sociale, les banques, le nucléaire, l’informatique (bull), les taxis, les notaires…

  • L’intervention de Greenspan est admirable, comme d’habitude. Je révise mon jugement sur les trusts.

  • Bonnes explications. A noter que les scénarios (i) et (iii) ne sont pas fondamentalement différents. Il s’agit de scénarios « gros bras », i.e. maintien du cartel par la violence vis-à-vis de tiers.

    Par ailleurs, il y a d’autres scénarios concevables:

    (iv) le cartel persiste, n’est pas dissolu sous la pression d’autres concurrents, parce qu’il apporte quelque chose de plus, du point de vue des acheteurs du produit (cf. Salin sur les cartels soutenables en marché libre et Rothbard sur le cartel comme étape vers une fusion qui peut tout à fait être la réponse adéquate aux priorités des consommateurs grâce par exemple à des économies d’échelle)

    (v) le cartel était une bonne solution du point de vue des acheteurs mais des gros bras -avec ou sans badges gouvernementaux- vont l’empêcher au bénéfice de certains vendeurs (typique de l’application des législations antitrust.

    Finalement, le problème est de considérer a priori qu’une certaine configuration du marché est meilleure qu’une autre alors que c’est justement le rôle social de la libre concurrence que de dégager au cas par cas dans chaque secteur la meilleure solution possible du point de vue des acheteurs.

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