La solution par le système : souvenons-nous de Maggie

Maggie, issue du système, a été la solution à la pire des situations. Son pragmatisme a eu raison des dogmatismes.

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La solution par le système : souvenons-nous de Maggie

Publié le 6 septembre 2013
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Maggie, issue du système, a été la solution à la pire des situations. Son pragmatisme a eu raison des dogmatismes.

Par Francis Richard.

À la fin des années 1970, la Grande-Bretagne est considérée à juste titre comme « l’homme malade » de l’Europe. Tous les clignotants économiques sont passés au rouge vif au cours des années 1970 :

  • Le pourcentage d’augmentation annuelle des prix est à deux chiffres (26% en 1975).
  • La croissance est nulle.
  • Le nombre de chômeurs passe la barre du million en 1972, puis celle du million et demi en 1976.
  • Les dépenses publiques atteignent 60% du PIB en 1975.
  • Les grèves se multiplient et des millions de journées de travail sont perdues chaque année.

Comment la Grande-Bretagne en est-elle arrivée là ? Dans les années d’après-guerre, le parti travailliste, par idéologie, met en œuvre le socialisme. Les principaux secteurs économiques sont nationalisés : Banque d’Angleterre, mines, aviation civile, téléphone, chemins de fer, électricité, sidérurgie. La santé est étatisée (NHS). L’État finance, à parts égales avec les employeurs et les employés, les assurances maladie, chômage et invalidité, les allocations sociales, les pensions de retraite. Des centaines de milliers de logements sont construits par l’État et mis en location à petits prix. Pour financer cette politique coûteuse, l’État recourt bien entendu à l’imposition des hauts revenus, des successions, du capital, etc. Comme cela ne suffit pas, il recourt à l’emprunt pour combler les déficits… Pendant 25 ans, cette politique n’est pratiquement pas remise en cause par les gouvernements successifs, qu’ils soient travaillistes ou conservateurs. Et les prélèvements obligatoires atteignent 48% du PIB en 1975…

Toute ressemblance avec la situation actuelle d’autres pays européens serait purement fortuite.

En tout cas, c’est dans ce contexte que Margaret Thatcher, Maggie, est d’abord élue chef du parti conservateur le 11 février 1975, puis nommée Premier ministre le 4 mai 1979. Une femme – et quelle femme ! – est choisie comme remède à « l’homme malade » de l’Europe… En octobre 1975, au congrès du parti conservateur à Blackpool, elle prononce un discours où se trouve  exprimée sa vision des choses, qui revient à restaurer les droits de propriété au sens large et à réduire le périmètre de l’État :

Permettez-moi de vous exprimer ma vision : le droit d’un homme de travailler quand il veut, de dépenser ce qu’il gagne, d’être propriétaire, de considérer l’État comme un serviteur et non comme un maître sont notre héritage.

Une fois au pouvoir, comme Maggie & Co ne peuvent pas immédiatement réduire les dépenses publiques, seulement les maîtriser, pour réduire le déficit, ils augmentent dans un premier temps les impôts indirects et baissent les impôts directs. Le contrôle des changes est progressivement supprimé. Ce qui est pourtant contradictoire avec leur volonté de contrôler la masse monétaire…

Les résultats ne sont au rendez-vous qu’au bout de 18 mois. C’est long. Et c’est court.

La production industrielle repart après avoir baissé fortement (- 17%). Les hausses de prix finissent par être moindres. Le chômage baisse enfin à son tour, après avoir augmenté fortement, mais seulement au bout de sept ans. Ce qui est le douloureux prix à payer pour avoir vécu au-dessus de ses moyens et tué l’initiative individuelle.

Peu à peu, Maggie & Co réduisent le rôle des syndicats, favorisent la liberté contractuelle aux dépens des négociations collectives. Leur victoire dans le bras de fer qui les oppose au syndicat des mineurs est décisive dans la réduction de l’influence des syndicats d’une manière générale. Les privatisations qu’ils effectuent, après assainissement des entreprises publiques, sont dans l’ensemble des réussites (celle calamiteuse des chemins de fer a été faite par John Major…). Les prélèvements obligatoires baissent significativement. Si l’État-providence n’est pas démantelé (le NHS et les dépenses sociales représentent toujours 33% du PIB, comme du temps des travaillistes), sous son mandat les quatre derniers budgets annuels sont excédentaires. Enfin les propriétaires de leur logement passent de 51 à 68% en dix ans.

Maggie & Co, issus du système, ont été la solution à la pire des situations. Leur pragmatisme a eu raison des dogmatismes. Ce qui ne satisfera pas les purs et durs, de quelque bord qu’ils soient, qui s’obstinent dans leur pureté et n’obtiennent pas de résultats…

Certes Maggie & Co n’ont pas tout réussi, loin de là, d’autant que la solution par le système est un travail de Sisyphe : il faut remettre indéfiniment l’ouvrage sur le métier… Mais une chose a changé de manière plus pérenne, en dépit des nouvelles vicissitudes que connaissent les Britanniques, c’est leur mentalité. L’esprit d’entreprise et les droits de propriété ont retrouvé leur place. Dans leur imaginaire et dans la réalité, l’État n’est plus ce qu’il était.

Maggie n’avait-elle pas dit lors d’un congrès de son parti : « La méthode, c’est l’économie. L’objectif, c’est l’âme. »?


Sur le web.

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  • Qui est notre Maggie à nous?

  • On critique l’UMP – et on a raison, le bilan sur 10 ans est pitoyable et rien de moins liberal – mais je suis quand même enthousiaste par le virage ideologique qu’on observe depuis quelques mois. Ils n’ont que la Liberté à la bouche, la baisse de la fiscalité et des réglementations, réduire le champ d’activité de l’Etat. Evidemment, tout ça est grandement dû au fait qu’ils sont dans l’opposition et que les socialistes sont au pouvoir, mais il n’empêche que marteler ce discours sur la Liberté pendant 5 ans et vous verrez que les français en auront soif… alors peut-être seront-ils un minimum contraint de faire ce qu’ils auront prêché une fois au pouvoir, et en tous les cas, il y a une chance que les mentalités aient évolué vers un esprit plus libéral en France, ce que l’auteur de l’article note en Angleterre comme primordial avec l’ascension de Thatcher, changer les mentalités est la base, c’est la graine planté. Les leaders UMP ne croient peut être pas un mot de ce qu’ils disent, mais leurs discours vont imprégner les français, et peut-être bien, enfin, ancrer le peuple de droite dans une logique plus liberal qu’il ne l’a été depuis fort longtemps. Je crois que nous avons beaucoup a gagner de cette stratégie UMP portée par Fillon et maintenant Copé, car même s’ils ne faisaient pas ce qu’ils disent ou ne le feraient qu’a minima, peu importe, la graine sera planté et ils auront bien du mal, eux ou les autres parti, à l’enlever de la tête des français. Alors, nous aurons notre Thatcher.

    • Et bien je n’y crois pas à l’UMPS (mais j’espère me tromper)

      Ils étaient aux affaires, ils n’ont rien fait du tout.
      Ils n’ont rien libérer rien du tout, ils n’ont réformé rien du tout, et n’ont surtout pas touché à leurs propres intérêts (niches fiscales, fonction publique pléthorique, mille feuille administratif, etc…) et se sont couchés devant nos syndicats marxistes.

      Pourquoi cela changerai si ils retournent aux affaires? 5 ans de plus, encore?

      • Exact. Cinq ans de Chirac et 5 de Sarkozy pour que dalles. Rien n’a bougé dans la mousse des annonces et petits réglages à la marge.
        Et la Dette a explosé !

    • Le mot le plus important est « pragmatisme », je ne l’ai pas entendu chez Copé, la liberté est nécessaire, mais à elle seule elle ne construit rien. Jusqu’à preuve du contraire, je considérerai la liberté de Copé comme un simple masque pour ses ambitions personnelles. Son soutien à un choix solitaire du président dans les affaires de politique extérieure me paraît bien plus inquiétant que ses promesses ne sont rassurantes.

  • Le royaume uni a une tradition historique très différente du royaume de France ( résistance celte et saxonne à la romanisation, magna carta etc..)
    Aux alentours d’Henri VIII, la puissance des bourgeois annonçant le protestantisme monte…….le triomphe de cette bourgoisie d’éthique « protestante » ( pour simplifier) trouvera son expansion sous Elisabeth Ière ( qui consacre la vicntoire post mortem de la roturière Anne Boleyn sur la catholique légitimiste espagnole « Bloody Mary ».
    Le cadre est donc d’ores et déjà largement ébauché.
    Bémol cependant: cette « démocratie d’épiciers »,très parlementariste, dure au travail, austère, répond bien à la définition du mot « négoce » ( en latin: otium=loisir, oisiveté; neg=négation), avec plusieurs tentatives de répression légale de ce qui pouvait s’apparenter à des lieux de « débauche » ( y compris les théâtres, ce dont s’est plaint Shakespeare), répression sexuelle ( d’où le côté coincé de pas mal de British) favorisant les valeurs obsessionnelles d’ordre, parcimonie, obstination si chères à l’éthique protestante.

    Mais au total, je suis agréablement surpris de l’esprit de liberté ( jamais loin d’une distance aristocratique volontiers imitée par le peuple) et de non conformisme qui subsiste encore ( mais pour combien de temps??) au Royaume Uni.

  • Etonné et ravi de retrouver l’excellent Francis Richard sur ce support où je ne viens pas assez souvent.
    Bien sûr que le système secrète par lui-même le poison du déclin. Le nôtre sélectionne nos dirigeants au milieu du panier, ce qui construit une « médiocratie » inférieure au niveau requis par la complexité des défis d’aujourd’hui. La seule qualité requise est l’habileté « démocratique », la ruse, aucun amour-propre, le succès (l’élection) lavant plus blanc tous vices et défauts.
    Imaginez un homme supérieur et volontaire pour faire profiter ce pays de ses capacités. Au hasard, un Gallois. Il sera vite pulvérisé par la presse d’urinoir qui tient les kiosques et les lucarnes et qui lui cherchera des poux dans la tête, le moquera sur des particularités de comportement et s’intéressera si peu à ce qu’il peut nous apporter de meilleur.
    La recension des capacités des 38 ministres en place dans une période absolument critique pour l’avenir de ce pays en dit long sur l’inadaptation du système politique français aux réalités incontournables.
    Thatcher avait attaqué au fonds, aucun homme politique français n’en est capable. C’est là le drame.

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